Retour sur la success-story de Queen B : des Destiny’s Child à sa carrière solo, jalonnée de tubes et de récompenses à tout va. Mais il sera aussi question de l'engagement politique de Beyoncé, son féminisme qui fait débat, et son militantisme désormais clairement affiché pour la cause noire américaine.

Performance de Beyoncé lors des MTV Video Music Awards du 24 août 2014, à Inglewood, Californie.
Performance de Beyoncé lors des MTV Video Music Awards du 24 août 2014, à Inglewood, Californie. © Getty / Kevin Winter

185,5 millions de disques vendus dans le monde ! À cela s’ajoute 65,5 millions d'exemplaires vendus avec le groupe Destiny's Child

Beyoncé de son nom complet Beyoncé Giselle Knowles-Carter, est la deuxième artiste la plus récompensée au monde juste après Michael Jackson ! En 2010, le magazine Forbes classe Beyoncé à la deuxième place de sa liste des 100 célébrités les plus puissantes et influentes dans le monde ! 

Le clip qu’elle a tourné au Louvre avec son mari Jay-Z affiche 180 millions de vues ! Des chiffres qui donnent le vertige tant la carrière de Beyoncé, cette diva du RnB, accumule les succès et les récompenses comme rarement une artiste ne l’avait fait jusqu’à maintenant !

D'où vient Beyoncé ?

Beyoncé a grandi à Houston au Texas, elle en parle d'ailleurs beaucoup dans sa discographie en faisant référence à la « H town ». Elle prend des cours de danse et rapidement sa professeure va découvrir qu'elle pousse la chansonnette : en plus de savoir danser, cette enfant a une voix. Après plusieurs auditions elle intègre le groupe « Girl's Tyme » avec une amie d'enfance, et deux autres jeunes filles. Ces quatre-là vont former la base des Destiny's Child en 1996. Et le premier album du groupe sort en 1998.

Ce qui l'a aidé à devenir l'artiste qu'elle est aujourd'hui c'est qu'elle a eu tout de suite le soutien de ses parents. Son père est devenu son agent avant même les Destiny's Child et sa mère fabriquait les costumes du groupe. Finalement Beyoncé a commencé à chanter toute petite, vers 7 ans, et dans son album éponyme (de 2013) elle utilise plusieurs archives de cette époque-là, de son enfance.

Si on met côte à côte les trois premiers albums des  Destiny's Child, on voit l'évolution de Beyoncé. Au début, sur les pochettes elle est sur le côté, puis elle est progressivement mise devant, et sur le dernier album elle brille littéralement. 

– Naomi Clément

En se lançant en solo elle a quitté l'image très lissée qu'elle avait avec les Destiny's Child : le titre Crazy In Love elle s'affiche avec un rappeur de RnB. D'ailleurs les autres membres du groupe Destiny's Child ont appris l'arrêt du groupe seulement après la sortie du single Crazy In Love...

L'intronisation de Queen B

Ce qui a réussi à l’imposer sur cette scène RnB et pop c’est son côté hip-hop. Dans Say My Name elle a quelque chose de très saccadé dans sa manière de chanter, c’est presque du rap. Idem pour le titre APES**T, elle vole la vedette à Jay-Z alors que c’est un grand rappeur.

– Naomi Clément

Elle est très versatile, elle parvient constamment à s'adapter. En 20 ans de carrière, elle continue d'apporter quelque chose de nouveau dans chaque nouvel album.

– Kiyémis

Elle a une prestance et une aura de confiance en elle qui émane... On a l'impression qu'elle ne remet jamais en question sa légitimité. C'est une femme noire et elle dit c'est moi la reine, et je suis sur scène, et c'est moi que vous allez regarder car c’est moi que vous voulez.

– Lucie Niekrasz

Le féminisme de Beyoncé

Beyoncé est extrêmement scrutée et son féminisme est justement remis en cause par certaines de ses chansons, dont Cater 2 U avec les Destiny's Child mais aussi Single Ladies, qui n'est pas vraiment un hymne féministe...

Pourtant Beyoncé propose une porte d'entrée dans le féminisme et elle a notamment été l'une rares pop star à mettre en avant une féministe africaine. Si aujourd'hui on connaît le nom de Chimamanda Ngozi Adichie c'est grâce à elle.

De toutes façons quand tu es féministe tu ne peux jamais gagner : soit tu es en bodyshort à paillettes et on te dit que tu n'es qu'un objet sexuel, soit tu es en pantalon et on te dit que tu es une féministe poilue ! 

– Kiyémis

Le militantisme black de Beyoncé

Lemonade a été un album tournant : elle y revendique ouvertement ses origines noires, y parle des violences policière... ce qui a fait polémique. C'est avec cet album qu'elle a vraiment commencé à s'affirmer politiquement.

Lorsqu'elle a fait le mouvement du poing levé des Black Panthers en pleine performance pour le Super Bowl aux Etats-Unis, il y a eu un énorme mouvement de boycott. 

– Louiselle Wessbecher

Que la prise de position récente de Beyoncé pour la communauté afro-américaine soit une opération de communication, qu'elle soit sincère dans ses propos ou pas... il faut retenir les conséquences, les effets concrets de ses discours. Elle a initié des jeunes filles au discours féministe d'autrices noires-américaines et mais aussi noires-africaines.

Finalement c'est simplement l'expression de sa liberté gagnée, après quinze ans de carrière. Elle est arrivée à un stade où elle est reconnue, elle est aimée, elle fait de la bonne musique et où elle peut totalement assumer son identité et se permettre de cliver. 

– Louiselle Wessbecher

Elle a également reproduit le meurtre du jeune afro-américain Trayvon Martin, dans le clip Formation, de l'album Lemonade. Elle a invité la mère de ce jeune noir, tué par un policier, sur le tapis rouge des MTV VMAs. Pour le festival Coachella elle a fait un casting pour ne recruter que des danseurs et des musiciens afro-américains...

Récemment Beyoncé a sorti un album pour le reboot du Roi Lion, où elle chante avec les chanteurs les plus engagés de la scène américaine : Childish Gambino, Kendrick Lamar, mais également énormément d'artistes africains, en particulier nigérians : Yemi Alade, Burna Boy, M. Eazi... Elle permet à ces artistes d'avoir une aura plus internationale et toucher de nouveaux publics. Elle cherche ainsi à mettre en lumière et à sublimer les cultures afro-descendantes dans toute leur diversité, chose qu'elle avait d'ores et déjà initié avec l'album Homecoming.

Pour son clip Run The World, elle voulait également s'inspirer d'un pas de danse qu'elle avait vu sur une vidéo, d'un groupe du Mozambique. Mais ni elle, ni son chorégraphe n'arrivaient à reproduire le mouvement, alors ils sont allés chercher le groupe directement : Tofo Tofo et ils ont intégré le clip !

– Lucie Niekrasz

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Les invités
  • Kiyémisautrice et poétesse afroféministe
  • Naomi Clémentjournaliste responsable de la section musique pour le magazine Antidote et spécialisée dans le RnB
  • Louise Wessbecherjournaliste, responsable du service culture au Huffington Post
  • Lucie Niekraszrédactrice pour le webzine Madmoizelle
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