Retour sur la création d'“Akira, en quoi la bande dessinée européenne a influencé Katsuhiro Ōtomo, ce que le phénomène Akira a représenté au niveau mondial dans la popularité du manga, en quoi c'est une œuvre politique anti-système… Et le film d'animation qui fut une claque monumentale dans l'histoire du dessin animé !

Les mangas de science-fiction "Akira", écrist et illustrés par Katsuhiro Ōtomo.
Les mangas de science-fiction "Akira", écrist et illustrés par Katsuhiro Ōtomo. © AFP / Brendan Smialowski

Si, en 1982, le manga Akira s’ouvre sur une explosion nucléaire en plein cœur de Tokyo, la publication du manga lui-même fait effet d’une bombe dans le milieu de la bande dessinée mondiale. Avec un sens du dessin, du détail et de la mise en scène hallucinant, Katsuhiro Ōtomo a su créer une œuvre de science-fiction culte aussi influente que Blade Runner ou 2001 L’Odyssée de l’espace. Cyberpunk sous bien des aspects, anarchiste sur d’autres, Akira et le film d’animation qui l’a accompagné, sont encore aujourd’hui considérés comme les éléments déclencheurs qui ont fait découvrir la richesse du manga au monde.

Qui est Katsuhiro Ōtomo ?

Katsuhiro Ōtomo est un mangaka qui a commencé dans les années 1970. Il écrit des one-shot, des petites histoires, axées sur la science-fiction avec souvent des personnages qui sont des enfants dotés de pouvoirs psychiques. Puis l'éditeur Kōdansha lui commande une série, ce sera Akira qui fait un carton plein et qui va être dix fois plus longue que prévue.

Katsuhiro Ōtomo est féru de cinéma, cela se retrouve dans la scénographie de ses mangas. C'est très proche du cinéma, il y a un côté western, science-fiction et même 2001 L’Odyssée de l’espace, un film qui l'a beaucoup marqué, comme tous les amateurs de SF. Cela se retrouve dans la composition de ses cadres, très cinématographique.

Une révolution dans le manga et l'animé !

Dans le monde des mangas, il y a les mangas classiques, plutôt adressés à un public d'enfants et d'adolescents, et les gekigas qui sont destinés aux adultes : sur le chômage, le divorce, le prolétariat... Alors que la science-fiction est un genre réservé aux mangas, soit aux enfants, Katsuhiro Ōtomo a prouvé qu'on pouvait faire un mélange de SF, de fantastique, de polar et de complot.

L'animé, qui est arrivé peu de temps après le manga, a lui aussi été révolutionnaire dans sa discipline. Il a totalement été réalisé sous l'égide de Katsuhiro Ōtomo, il a voulu gérer la totalité de l'écriture et de la réalisation, chose qui était assez rare dans le monde de l'animé. Ce sont deux récits mais avec des trajectoires très différentes. 

Les techniques d'animation étaient très innovantes pour les studios japonais de l'époque. Il y avait un grand souci de réalisme : des acteurs jouaient les personnages, enregistraient leur voix, et cette dernière était calquée ensuite sur les images de l'animé. C'était une véritable nouveauté dans l'animé, au Japon qui, jusque-là, préférait utiliser les images de l'animé et demander ensuite aux acteurs de s'adapter pour les voix.

Il y a un degré de perfectionnisme impressionnant. C'est un film sur la lumière, dans chaque plan il y a une lumière qui passe. 

– Philippe Bunel

“Akira” et l'Histoire du Japon

Il y a une dimension très subversive dans Akira : Katsuhiro Ōtomo est un vrai amoureux des marginaux et des rebelles... En 1968, il y a eu de grosses émeutes étudiantes au Japon, bien plus grandes que celles que l'on a vécu en France au même moment. La jeunesse nippone se dressait contre le pouvoir en place, qui n'a pas hésité à faire appel à des yakuzas et à la pègre pour rétablir l'ordre. Cet épisode a particulièrement traumatisé Ōtomo.

Akira parle également de Troisième Guerre mondiale, d'explosion nucléaire... C'est véritablement une réécriture de la reconstruction du Japon, après les épisodes d'Hiroshima et de Nagasaki.

Ambassadeur des mangas en Europe

Très inspiré par Jean Giraud, alias Mœbius, Katsuhiro Ōtomo a un style de manga très carré, très géométrique... En ce sens, cela ressemblait beaucoup aux bandes dessinées françaises et belges. Ainsi, l'exportation en France du manga Akira a très bien fonctionné, grâce à ces codes de BD très européens. Et, relation de cause à effet, le travail de Katsuhiro Ōtomo est ainsi devenu un très bon ambassadeur pour les mangas, face au marché européen. Il a contribué à l'exportation grandissante de ce genre en Europe.

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