Retour sur la création de cette série, son casting et surtout l'autrice-productrice des premières saisons : Constance M. Burge, qui a su distiller à travers la sorcellerie un propos féministe, tout en utilisant des mythologies peu connues du grand public. Cela avant que Brad Kern ne reprenne la série et la transforme.

"Les sœurs Halliwell" Alyssa Milano, Shannen Doherty et Holly Mary Combs ont lutté contre les forces du mal dans la trilogie du samedi soir à la fin des années 90
"Les sœurs Halliwell" Alyssa Milano, Shannen Doherty et Holly Mary Combs ont lutté contre les forces du mal dans la trilogie du samedi soir à la fin des années 90 © Getty / Hulton Archives

En 1998, surfant sur le succès de Buffy contre les Vampires, Warner Bros décide de lancer Charmed, l'histoire des trois sœurs Halliwell, trois sœurs aux personnalités très différentes, qui vont se retrouver investies de pouvoirs magiques faisant d'elles des sorcières d'un genre nouveau. Protégeant les innocents des démons, guidées par des êtres de lumière et autres entités spectrales, tout en conciliant cela avec le quotidien d'une jeune fille de la fin du XXe siècle, pendant 178 épisodes Charmed a longtemps représenté la plus longue série, tous genres confondus, à mettre en scène des femmes dans les rôles principaux.

La genèse de “Charmed”

Dans Charmed, les sœurs Halliwell ne savent pas tout de suite qu'elles sont des sorcières. Leurs pouvoirs évoluent avec elles, en fonction de leurs émotions et de l'intensité de leurs liens fraternels.

C'est une série avec un épisode à chaque fois bouclé sur l'arrivée d'un nouveau démon dans le quotidien des sœurs, et qu'elles vont devoir vaincre. En même temps, l'intrigue était mêlée d'histoires de famille et d'histoires d'amour.

La créatrice de la série, Constance M. Burge, voulait vraiment faire une série sur la sorcellerie, pas sur les histoires de famille. Mais la chaîne WB (The WB Television Network) s'y est opposé, a voulu se calmer sur le côté “sorcières” et a vraiment voulu développer le concept de série familiale, avec les trois sœurs.

Féminisme ou pas ?

On a tendance à dire que cette série n'est pas féministe, mais elle n'est pas féministe au sens où on l'entend aujourd'hui, or il y a eu différentes phases de féminisme.

– Alexis Pichard

Il y a eu les suffragettes, puis dans les années 1960, des féministes misandres et dans les années 1990, au moment où Charmed se développe, c'est l’événement d'une génération post-féminisme. Cette génération de post-féministes ne se reconnaît pas dans les idées des années 1960 qui veulent créer un mouvement collectif entre femmes, très virulent... Les post-féministes des années 1990 veulent concilier des aspirations indépendantes, à l'échelle individuelle, avec une certaine félicité domestique, le mariage, la maternité... C'est vraiment la théorie du girl power ! Charmed est donc une série féministe pour les années 1990 mais pas pour les années 1960.

Le retournement de la série

Le personnage de Léo – l'être de lumière dont le rôle est de protéger les sorcières Halliwell et de les guider vers les innocents à sauver – a longtemps été la principale figure masculine de la série. Il faut attendre la saison 3 pour que Cole – qui est à moitié démon – arrive, au moment où Brad Kern prend la direction de la série.

Il a voulu insister pour intégrer une nouvelle figure masculine et créer une histoire d'amour avec Phoebe.

– Marie Turcan

Et c'est là que vient la dissidence : Charmed était une série familiale, sur des femmes entre elles, puis Brad Kern est arrivé et a fait basculer la série dans les relations amoureuses... en se focalisant beaucoup moins sur le pouvoir des trois et les relations des sœurs entre elles. La série est ensuite restée dans des cases très conformes, des schémas très patriarcaux, où toutes les sœurs aspirent à trouver l'amour, se marier et avoir des enfants.

On appelle cela le male gaze : c'est-à-dire produire quelque chose qui est pensé pour le regard masculin. Et en général, cela est souvent produit par un regard masculin en prime.

– Marine Catalan

Penny, la grand-mère des sœurs Halliwell, illustre d'ailleurs très bien le féminisme beaucoup plus radical et misandre des années 1960 : elle déteste les hommes et a du mal à accepter son petit-fils au départ.

La mythologie dans “Charmed”

À ses débuts, Charmed faisait référence à des créatures rares et inconnues, le « wendigo », la « banshee »... à une sorcellerie « wiccan » et au paganisme. Cette mythologie a évolué avec le changement de show runner. L'univers de la série s'est ouvert vers plus de références populaires : des déesses grecques, des amazones, des contes et du merveilleux.

Il y a vraiment eu une cassure, ressentie, par exemple, sur les costumes : avec l'arrivée de Paige, les costumes se sont rétrécis... Mais tout cela correspond à l'époque qui était à l'hyper-sexualisation. La série était très sombre auparavant et les audiences avaient baissé, la chaîne a donc voulu faire un coup double et renouveler la série avec l'arrivée d'un nouveau personnage et une atmosphère plus fantaisiste. L'idée était de rendre la série plus grand public. Aux États-Unis elle changea même de case, passant du vendredi au dimanche, le dimanche étant vraiment le jour de la case familiale, en télévision.

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