David Bowie est icône de la musique ! Il a bercé des générations, changé à multiples reprises de styles : glam rock, pop rock, new wave, et de personnages sur scène : Ziggy Stardust, Aladdin Sane, Halloween Jack... Un caméléon qui est rentré dans la légende !

 David Bowie, le 07 juin 1987 pour le concert "Rock am Ring" près de Nürburg en Allemagne
David Bowie, le 07 juin 1987 pour le concert "Rock am Ring" près de Nürburg en Allemagne © AFP / HARALD MENK / DPA

David Robert Jones, Ziggy Stardust, David Bowie ! Derrière tous ces noms, un même artiste de génie qui n’a eu de cesse de se réinventer sur scène et dans la vie, au fil des années ! Tellement protéiforme qu’on aurait pu le penser immortel ! Passant tel une comète à travers les modes musicales, David Bowie a laissé une trace indélébile dans l’histoire de la musique. On ne compte plus les artistes qui doivent quelque chose à Bowie. Frédérick Sigrist et ses invités retracent le parcours de David Bowie : de ses débuts à la création de ses avatars scéniques, ses influences et son influence dans le monde musical d'aujourd'hui !

David Bowie et le gène de la folie

Jean-Baptiste Toussaint :

David Jones naît le 8 janvier 1947 à Brixton dans le sud de Londres. Et si certains se demandent d’où il tient cette singulière force créative qui a symbolisé sa carrière, sachez qu’il existe dans son enfance quelques éléments de réponse. Sa mère tenait un théâtre, une discothèque, sa belle-mère chantait dans un night-club et son demi-frère féru de musique l’initie très jeune au jazz. A 12 ans il se met au saxo, à 15 ans il joue dans son premier petit groupe The Konrads et décide quelques années plus tard de changer de nom. Il existe déjà un David Jones dans le groupe The Monkeys alors il opte pour Bowie, en hommage à un héros de la conquête de l’Ouest James Bowie. La gloire arrivera en 1969 avec son fameux titre « Space Oddity » qui deviendra quelques jours après sa sortie le générique d’une émission de la BBC, narrant les exploits d’Apollo XI et de Neil Armstrong. Et tout ça, ça ne représente que 1% de la vie de Bowie.

Arnaud Ducome :

Le premier héros de David Bowie c’est son frère : Terry. Ils ont dix ans d’écart et Terry l’initie à la littérature. Il lui fait découvrir les auteurs de la beat generation, il le fait sortir, il lui fait découvrir les lives, les concerts, la vie londonienne… Il est extrêmement important pour lui. Mais le problème de Terry c’est que c’est un jeune homme malade, un jeune homme schizophrène et tout ça va aussi avoir une influence énorme sur David, qui va tout d’abord questionner sa propre santé mentale et ça va être une source d’influences extrêmes pour lui.

Violaine Schütz

Il avait des tantes folles, des tantes schizophrènes dont une qui a subi une lobotomie. Il a vraiment une peur d’attraper ce gène de la folie et c’est pour cela qu’il organise après avec tous ses personnes une espèce de schizophrénie avec tous ses personnages pour ne pas la subir, et ça va le hanter toute sa vie : musicalement et aussi dans les looks qu’il va créer. 

Jean-Baptiste Toussaint :

Au début des années 70 il traverse une période assez sombre : il est à fond dans ce personnage de Ziggy Stardust, lui-même ne sait plus vraiment qui il est. Il tombe dans la cocaïne, ça devient très compliqué pour lui, il ne se souvient plus avoir écrit certaines chansons… et il tombe dans la démence. Il ne sait plus s’il est Ziggy Stardust ou David Bowie. Il faut rappeler qu’à cette période-là, il ne se nourrissait que de poivrons et de lait. Il a failli mourir parce qu’il était beaucoup trop maigre. Il devenait complètement fou, il mettait son urine au congélateur car il avait peur que des magiciens lui volent son urine… 

Les débuts de David Bowie

Arnaud Ducome :

Son tout premier 33 tours, sortir le 1er juin 1967, qui s’appelle très sobrement « David Bowie » a été un échec total. Le problème c’est qu’en face sort le « Sgt. Pepper » des Beatles.

Matthieu Thibault :

Ce qui explique qu’il ne va pas faire d’album l’année suivante, en 68, il va réfléchir à son image et opérer sa première transformation : il va se laisser pousser les cheveux, prendre des vêtements d’un style bohème et intégrer complètement la culture folk, hippie progressive qui naît dans ces années-là. On est dans les années post-psychédéliques : il y a un retour aux années folk et blues donc il va surfer sur tout ça… Et ensuite seulement il trouvera sa voie pop seventies. Donc on a ces années de flottement où on a un Bowie qui n'est pas complètement lui-même. Et c'est là tout le paradoxe chez Bowie c'est que même quand il sera lui-même, finalement ce ne sera qu'une cristallisation de toutes ses influences donc ça ne sera jamais finalement que lui.

David Bowie et la force du travail

Matthieu Thibault :

David Bowie avait très tôt des dessins de costumes et des plans de stratégie commerciale. Bowie le dit clairement : il veut devenir une superstar pop. Donc il y a cette construction de soi, qui est en fait un concept qu’il doit aussi à Oscar Wilde. Il y a vraiment cette construction de soi dans cette idée de dandy mais qui va être aussi star et en qui les adolescents peuvent s’identifier.

Violaine Schütz :

La période berlinoise c’est la meilleure : Bowie disait que c’était son ADN, qu’il avait été vraiment en lui pendant cette période-là : de 1976 à 1979. Il part complètement cramé par Los Angeles et il veut se renouveler. Il est complètement épuisé, il tourne à la cocaïne et à l’héroïne… il ne sait pas où aller, il reste un peu à Paris et se retrouve à Berlin car il adore ce qui se passe là-bas. Et il a aussi envie de ne plus être célèbre. Il vient de faire « Fame », son plus grand succès à l’époque (en 1975) et il a envie d’être un peu anonyme. Il se sépare de ses biens dans un esprit tibétain, car il a failli devenir moine tibétain quand il était plus jeune et garde juste des chemises et des jeans. Et il essaye de se réinventer avec les synthétiseurs, il fait des morceaux en langues inconnues, il vit avec Iggy Pop dans un appartement, et il se réinvente totalement musicalement.

Matthieu Thibault :

Il cherche à redevenir anonyme et à être plus sobre dans son style de vie. Et avec son ami Iggy Pop l’idée c’est on s’enferme en studio pour travailler et sortir les albums les plus difficiles de notre carrière.

Les messages politiques de David Bowie

Violaine Schütz :

A cette époque-là l’homosexualité en Grande-Bretagne est dépénalisée en 67 et 67 c’est le premier album de 69. Lorsqu’il pose pour la pochette de “The Man Who Sold The World” on est en 70, il pose en robe, allongé… ça fait un peu scandale et c’est juste trois ans après que l’homosexualité a été dépénalisée. Et la première apparition de Bowie en 64 à la télévision : il est avec les cheveux longs, donc on est avant la dépénalisation, en train de défendre les hommes aux cheveux longs…

David Bowie et la spiritualité

Violaine Schütz :

Il s'est penché vers le Tibet, vers le bouddhisme. Mais il a eu aussi de délires mystiques, il croyait aux sorcières, il voyait des cadavres tomber des étages... C'était comme quand il s'inventait des personnages, c'est parce qu'il voulait plus que sa vie et sa morne vie de quartier de bourgade de Brixton quand il était petit.

Arnaud Ducome :

Avec "Blackstar" David Bowie a réussi à vivre au-delà de son vivant. C'est vraiment l'album direct, franc, pudique, qui aborde directement sa mort. On est dans un album plus humain.

L'héritage laissé par David Bowie

Matthieu Thibault :

Avec 50 ans de carrière a forcément influencé beaucoup de scènes : la période glam a influencé le punk par la simplicité des compositions et le look. La période berlinoise a influencé le post-punk et la new wave avec les sons de batterie futuristes et les synthétiseurs. Et de manière générale c’est la vision d’un artiste qui ne se repose pas sur ses acquis, qui à chaque nouvel album va s’inventer un nouveau personnage et un nouveau style musical. On a ça chez Prince par exemple et même chez des gens plus populaires comme Madonna, Lady Gaga… ça vient aussi de Bowie. Même si musicalement ça n’a pas grand-chose à voir, on a cet esprit de renouvellement.

Arnaud Ducome :

Bowie c’est un truqueur génial : c’est quelqu’un qui sait s’inspirer. On parlait de ses enfants, mais il les a dévoré aussi : il les invite mais il se nourrit d’eux. C’est cela qui fait que Bowie est toujours aussi passionnant. On dirait maintenant un digger : c’est quelqu’un qui va chercher et qui s’imprègne de ces influences pour renouveler sa musique. Donc effectivement, il y a quand même un côté truqueur génial chez Bowie.

Références

Larsen ou "noise gate", David Bowie un maître des expérimentations sonores, article de Sciences et Avenir en 2016

A l’origine était Ziggy , article de Télérama en 2016

La mort de Bowie, sa dernière œuvre d'art, article de Télérama en 2016

Bowie ou les vertiges de la mue, article de Télérama en 2016

Bowie, de la sexualité considérée comme une œuvre d'art, article de Libération en 2016

La douce folie d'un androgyne génie, article de Libération en 2016

De Ziggy à Lazare, l'art de se réincarner, article de Libération en 2016

La dernière mort de David Bowie, article de Libération en 2016

[ + ]

Retrouvez le livre de Matthieu Thibault  : David Bowie – l'avant-garde pop (paru en 2016 aux éditions Le Mot et le Reste)

La chaîne youtube de Jean-Baptiste Toussaint : Tales From The Click

Et Arnaud Ducome & Violaine Schütz en critiques musicaux dans les émissions "Chaos sur le ring" de Radio Néo

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