Comment la manière dont chaque époque et chaque créateur a dépeint ces mutants en dit long sur notre manière de percevoir les minorités ? On revient sur les sagas cultes à découvrir sur ces personnages et on s'attarde sur le bouleversement qui touche cette série outre-Atlantique : l’événement House of X et Powers of X.

Plongée dans l'univers des X-Men en BD
Plongée dans l'univers des X-Men en BD © AFP / STEFAN HEUNIS

En 1963, Stan Lee et Jack Kirby, lassés d’avoir à trouver des origines aux super pouvoirs des super héros Marvel, ont une idée de génie : la mutation ! En effet, Lee a l’idée d’un gène X qui confère à certains individus des pouvoirs surhumains qui se déclarent en général à l’adolescence. 

Problème : certains de ces pouvoirs sont incontrôlables et constituent autant un handicap qu’une bénédiction...

Scott Summers projette des rafales optiques par les yeux et ne peut plus regarder qui que ce soit sous peine de le tuer. Hank Mac Coy est un génie, a des pieds et des mains qui lui permettent de se déplacer avec l’agilité d’un singe mais il est perçu comme un monstre, quant à Jean Grey, elle peut lire dans l’esprit des gens même quand elle n’en n’a pas envie.

C’est alors que le professeur Xavier crée une école pour ces marginaux afin de leur apprendre à contrôler leurs pouvoirs et à défendre un monde qui les craint et les haït.

Extraits de l'émission ci-dessous

Les X-men, bien plus que des super héros

Ce sont des mutants  : ce qui les différencie des autres superhéros tels que les Vengeurs ou les Quatre Fantastiques, c'est que eux, c'est leur identité même qui est en jeu. 

Jérémy Manesse : "ils n'ont pas acquis leurs pouvoirs par un accident cosmique ou que sais-je ? Ils sont nés avec un gène qui les rend différents et qui, à l'adolescence, se réveillent et leur donne des pouvoirs extraordinaires. Ce qui veut dire aussi qu'ils ne sont pas forcément voués à devenir des héros justes. Ils sont voués à devoir vivre avec des pouvoirs qui ne sont pas toujours faciles à porter. 

Les X-Men ont toujours été une parabole sur la différence et sur l'adolescence. 

Les premiers numéros de Jack Kirby ne trouvent pas leur public

Arnaud Tomasini : 

"Je pense que Stan Lee n'avait pas encore saisi tout ce qu'il y avait à faire avec le concept de ces super héros

Il y avait quand même les bases : Xavier, Magneto, les sentinelles, mais il n'arrivait pas vraiment à différencier ses personnages. 

C'est une série qui a même connu une période où Marvel ne sortait plus de nouveaux numéros, et se contentait de réimprimer des histoires qui avaient déjà été éditées. Il faudra attendre 1975, douze ans après la création des X-Men, pour qu'il y ait vraiment une relance et que la magie opère, avec un monsieur qui s'appelle Chris Claremont, mais surtout d'avoir la publication d'un numéro dont la lecture est encore aujourd'hui fantastique : Giant Size X Men de Len Wein and illustrated by Dave Cockrum".

Len Wein a créé les mutants les plus connus du grand public : Wolverine, Tornade, Colossus... Et il a été, en un numéro, déterminant dans la pérennité de cette aventure.

Que représente le professeur Xavier pour les X-Men ?

Robert Hospyan : 

Le Pr Xavier, c'est un peu Martin Luther King. La série est créée en pleine période de lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis. 

C'est vrai qu'il y a pas mal de choses qui manquaient dans les premières aventures des X-Men, mais les bases, c'est-à-dire cette opposition entre les gentils mutants et la confrérie des mauvais mutants menée par Magnéto, étaient déjà là. 

Ce qui fait le cœur de cette franchise, c'est cette ode à la différence.

Inévitablement en prenant des héros qui sont des adolescents et en leur donnant une école et un guide, Stan Lee se permet d'avoir une approche un peu pédagogue sur le sujet. Parce qu'en plus, des comics, s'il est vrai que nous-mêmes ici aujourd'hui autour de la table, sommes des adultes et apprécions encore les comics, s'adressaient à un public jeune. Le fait de réussir à leur apprendre par le biais de la figure du professeur Xavier, ces sujets-là d'actualité étaient véritablement pertinent à l'époque".

Que représente Magnéto ?

Quand Chris Claremont reprend les X-Men, il développe l'un des personnages qui avait été effleuré jusque là : Magnéto. Il en fait un rescapé de la Shoah, ce qui explique qu'il n'a absolument pas confiance dans cet idéal de coexistence humains et mutants, vu que lui-même a connu les pires horreurs dont l'humanité est capable. 

Benjamin Parent : "C'est quelqu'un qui connaît la noirceur des hommes. Il s'oppose à Xavier qui lui a espoir".

Initialement, les deux personnages étaient juste opposés, mais Chris Claremont imagine leur amitié passée, beaucoup plus tôt, avant qu'ils ne se séparent. Benjamin Parent :

La figure centrale des films, c'est sur cette opposition des amis, des meilleurs ennemis.

Les X-Men, une manière de représenter des nationalités qui n'avaient pas véritablement voix au chapitre à l'époque dans le comic books

Jérémy Manesse : "C'est sans doute ce qui a vraiment déclenché le succès des X-Men : c'est vrai que la première équipe des X-Men, était très blanche. Et quand il y a eu Tornade, ou même Wolverine (canadien), et toute l'équipe venaient des quatre coins du monde... Eh ben, il y avait quelque chose de très international qui participaient encore au thème de la différence"

Arnaud Tomasini rappelle néanmoins qu' "il y avait quand même un calcul éditorial et commercial derrière : Marvel se rendait aussi compte que ce concept était vendeur à l'international et qu'il fallait que les lecteurs puissent s'identifier à ce qu'ils disent. Ce n'est pas non plus l'idée la plus incroyable du monde. Mais fallait le faire".

Les X-Mens, série féministe avant l'heure

Frédérick Sigrist : "C'est une des séries qui m'a marqué pour sa mise en avant des personnages féminins : le chef des X-Men, à un moment donné, c'est Tornade. Et en plus, c'est une Tornade punk avec une crête d'Iroquois qui a complètement quitté son aspect un peu sexualisé qu'elle pouvait avoir, et elle prend la direction des X-Men sans pouvoir. Et c'est quelque chose qui est passé comme une lettre à la poste à l'époque, parce qu'on n'était pas dans ces temps, dans ces débats, de dire 'Oui, vous voulez féminiser une audience'"

En tant que lecteur, tous ceux qui ne se sentaient pas forcément à leur place trouvaient une place au sein des X-Men, c'était une famille.

Les X-Men, melting pot religieux aussi

Il y a le personnage de Diablo, qui a une apparence de démon mais qui est quelqu'un qui a une foi de confession catholique, qui a une foi en Dieu, qui va à l'Église, qui va se confesser. Kitty Pryde est juive. Il y a eu aussi une musulmane dont on n'a jamais vu le visage, qui s'appelle Dust et qui est apparue au sein des X-Men. 

Il y a vraiment toujours cette envie de communauté qui transcende toutes les communautés

Chris Claremont

Quand Claremont reprend, reprend la série et qu'il est rejoint par John Pearl, on a droit quand même à une succession d'arcs scénaristiques absolument incroyable: Days of Futrue Past, la saga du Phénix noir...

Robert Hospyan : "Claremont a clairement défini les X-Mens. C'est lui qui était l'auteur a avoir travaillé le plus longtemps sur la licence. "

L'événement "House of X" - la fin d'un rêve

Il faut bien penser que pendant très longtemps, les X-Men ont été la locomotive de Marvel. Puis, avec l'avènement du cinéma et tout ça, c'est une franchise qui a été mise de côté. Là, dernièrement, on a l'impression que Marvel a décidé de se ré-intéresser à cet univers des mutants et a lancé "House  of X", où les mutants font vraiment sécession. On en a fini du rêve de coexistence. Désormais, ils ont un pays, ils ont des échanges commerciaux avec le reste du monde, une possibilité aussi de faire pression politiquement et culturellement sur le reste du monde. 

Xavier Fournier : "C'est comme si Frédérick Sigrist et moi, qui avons l'honneur d'être chauves, on décide daller sur une île vivre avec Benito Mussolini. Là, c'est un peu ça. Il y a plein de subtilités et de personnages qui disparaissent. Ils rentrent tous dans le même discours. C'est un peu le truc qui est surprenant. Je ne doute pas qu'au bout de 40 épisodes, on découvrira qu'il y a sans doute un loup dans l'utopie.... Pour l'instant, c'est un peu étrange." 

Jérémy Manesse : C'est Jonathan Hickman qui a repris les séries X-Men : c'est quelqu'un qui fonctionne avec des schémas et des plans sur six ans (Je ne veux pas voir les murs de sa chambre parce que ça doit être assez flippant. Pour lancer cette période, il a fait deux séries en parallèle, qui sont à "House of X", qui est vraiment dans le présent, et "Powers of ten" ("Powers of X"), qui voit trois ou quatre périodes de la mutanité. Les deux se recoupent".

Frédérick Sigrist : "C'est extrêmement difficile à appréhender pour quelqu'un qui ne connaîtrait même pas les X-Men. Je peux juste vous dire que les livres sont accessibles. Lisez-les, c'est une vraie relecture intéressante de l'univers des X-Men, même si effectivement, il y a des choses en termes d'écriture, de personnages qui peuvent surprendre."

Aller plus loin

La saga continue, avec cette année sur les écrans un nouvel opus :

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