Frédérick sigrist revient sur une comédie romantique, "Un jour sans fin" (avec Bill Murray) – et la nécessité d'apprendre de ses erreurs dans une situation qui se répète inlassablement.

Bill Murray dans "Un jour sans fin" un film réalisé par Harold Ramis en 1993.
Bill Murray dans "Un jour sans fin" un film réalisé par Harold Ramis en 1993. © Columbia Pictures

Ce matin, je veux vous parler du romantisme, le vrai ! Et quoi de mieux pour présenter ce film que cette chanson :

La chanson culte de Sonny and Cher, Bande Originale d’un film qui l’est tout autant : Un jour sans fin d’Harold Ramis.

Alors évidemment, vous me voyez venir. Je trouve que le film "Un jour sans fin" entretient de nombreuses similitudes avec la manière dont on peut percevoir cette incroyable année 2020.

Année 2020 à qui on peut reconnaître une certaine constance, un côté opiniâtre, j’irais même jusqu’à dire jusqu’au-boutiste pour nous offrir, chaque jour, notre ration quotidienne de mauvaises nouvelles.

J’ai l’impression que 2020 a ouvert une faille spatio-temporelle qui mène directement dans l’inconscient de Michel Houellebecq. J’ai connu des chansons de Damien Saez plus gaies que cette année (pour celles et ceux qui n'auraient pas vu le film, rassurez-vous, vous allez avoir deux bons mois pour le faire).

Bill Murray se retrouve coincé par une tempête de neige dans une petite ville de Pennsylvanie qui fête, comme chaque année, le Jour de la marmotte. Le lendemain en se réveillant, il découvre qu'il est coincé dans une boucle temporelle et qu'il va revivre la même journée, inlassablement, pendant des années. 

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Et effectivement, difficile de ne pas avoir le sentiment de vivre la même journée depuis quelques mois. Car notre routine, désormais, c'est. 

  • Les gens attrapent le covid,. 
  • Les urgences se remplissent. 
  • Les soignants préviennent que le système va craquer. 
  • Un médecin qui ressemble à un Gandalf pouilleux dit que c'est pas bien grave. 
  • D'autres expliquent que le covid, c'est comme Franck Michael, ça ne touche que les vieux. 
  • Un extrémiste tue un innocent. 
  • On fait une minute de silence. 
  • Emmanuel Macron donne des règles qu'on ne comprend pas. Faut pas sortir, sauf pour partir en vacances. L'École à la maison, c'est du séparatisme. Mais il faut opter pour le télétravail. Tu es confiné, sauf si tu travailles, que tu vas à l'école, que tu fais de la livraison à domicile, que tu vas voir ta mamie dans un Ehpad, que tu bosses dans les transports, dans la santé, l'Éducation nationale, chez Amazon, Carrefour, Auchan, Leclerc, que tu veux enterrer ton papy au cimetière, que tu as entre 6 et 43 ans, que tu as une dérogation écrite par ton employeur ou par toi-même, que tu as vu le film "Tenet" et que tu as compris, que tu chausses du 42, que tu as une tache de naissance au-dessus de la fesse gauche. 
  • Le lendemain, Jean Castex vient t'expliquer ce que tu n'as pas compris, au cas où ça n'aurait pas été assez clair. 
  • On ferme les théâtres et les cinémas. 
  • Les enseignants apprennent les réformes de Jean-Michel Blanquer en regardant BFMTV. 
  • Un islamiste tue un innocent. 
  • On fait une minute de silence. 
  • Les rayons de pâtes et de papiers des magasins sont dévalisés. 
  • Sur Facebook, les gens sont dépités de voir des rayons de pâtes et de PQ dévalisés. 
  • Après deux jours de confinement, en regardant le petit Garance courir sous la glycine du jardin de la maison de campagne, les écrivains français se sentent le devoir d'écrire un journal de confinement, tandis que Sophie fait un tuto pour apprendre à faire du pain au levain sur sa chaîne YouTube. 
  • Et Olivier, humoriste au chômage, fait des vidéos rigolotes sur le confinement. 
  • Emmanuel Macron reparle et dit que les jours heureux sont de retour et qu'il faut relancer l'économie. 
  • On ouvre les cinémas et les théâtres. 
  • Les soignants préviennent que le système va craquer. 
  • Les gens attrapent le covid. 
  • Les urgences se remplissent. 
  • Un islamiste tue un innocent. 
  • On fait une minute de silence. 
  • Les enseignants apprennent les réformes de Jean-Michel Blanquer en regardant CNews. 

Bref, ça n'en finit pas. 

Mais s'il y a une leçon à retenir du film "Un jour sans fin", c'est que même si Phil Connors, le personnage interprété par Bill Murray, connaît cette journée par cœur, il ne peut fondamentalement rien changer au cours des événements. Ce qui doit arriver arrivera. 

Le seul levier d'action qu'a Bill Murray sur une journée qui ne change pas, c'est de se changer lui-même, changer sa vision du monde, ses habitudes, son mode de pensée. Changer, et seulement là, il y aura des lendemains différents. 

La morale d'"Un jour sans fin", c'est qu'il n'y aura jamais un monde d'après avec des humains d'avant. 

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