On retrace aujourd'hui l’histoire des "Mystérieuses cités d’or", cet âge d’or de l’animation franco-japonaise !

Les Mystérieuses Cités d'or, série de dessins animés très appréciés des enfants
Les Mystérieuses Cités d'or, série de dessins animés très appréciés des enfants © CLT/NHK

Il y a des dessins animés que tout le monde connaît : Dragon Ball, Olive et Tom, Tom et Jerry... Et puis il y a des dessins animés que tout le monde aime ! Albator, Ulysse 31, Cobra... et la série qui nous intéresse aujourd’hui : Les Mystérieuses cités d’or !

En 1983, grâce à l’émission Récré A2, la France découvre les aventures d’Esteban, Tao et Zia, 3 enfants à la recherche d’une Cité d’or sur fond de conquête espagnole du XVIe siècle. 

Fruit d’une collaboration franco-japonaise (comme Ulysse 31), Les Mystérieuses Cités d’or sont l’œuvre de 2 hommes, Jean Chalopin et Bernard Deyriès, qui étaient loin d’imaginer que leur création deviendrait 37 ans plus tard un objet de culte qui a même continué sa vie avec de nouvelles saisons...

Pour revenir sur cette madeleine de Proust :

  • Jean-Luc François, réalisateur des saisons 2, 3 et 4 des Mystérieuses cités d'or. 
  • Eric-Paul Marey, scénariste. Il a écrit les arcs narratifs (et pratiquement tous les scénarios) des saisons 3 et 4 des Mystérieuses cités d'or
  • Alexandre Letren, journaliste série. Il raconte la fabrication des séries et des dessins animés dans chaque épisode de la Loi des séries.

Les mystérieuses citées d'or en quelques lignes

Esteban est un jeune garçon qui vit à Barcelone au XVIe et qui a la réputation d'avoir un connexion avec le soleil, puisqu'on dit qu'à chaque fois qu'il pleut, sa présence suffit à ramener le soleil. Il est entraîné par Mendoza sur les routes de la conquête de l'Amérique du Sud par les conquistadors. Sur le bateau qui les emmène en Amérique du Sud, Esteban rencontre une jeune fille qui a été enlevée à son peuple, Zia. Plus tard, ils croisent un troisième petit garçon sur une île des Galapagos : Tao. Ce dernier est un héritier de l'Empire de nuages, qui est justement cet empire de Mû qui a donné naissance, lors de son affrontement avec l'Atlantide, à la création de ces Mystérieuses Cités d'Or 

Une coproduction franco-japonaise

Alexandre Letren : "Au Japon, six chaînes peuvent diffuser des programmes, donc il y a beaucoup d'espace. Des chaînes se lancent même dans la production de dessins animés. Le studio NHK décide de se démarquer des autres (qui produisaient plutôt des séries avec des petites filles comme héroïnes), et lancent des séries avec des petits garçons, des récits initiatiques.

En France, à l'opposé, l'ORTF a éclaté et il y a très peu de créneaux pour diffuser des programmes. Les Français n'ont pas les moyens de produire tous seul des dessins animés. Donc, ils décident de s'associer avec des producteurs japonais". 

Frédérick Sigrist précise : "

Ils agiront de la même manière pour Jayce et les Conquérants de la lumière, mais avec des Américains cette fois-ci, pour pouvoir vendre des jouets

Une série singulière

Frédérick Sigrist : "Dès les premiers épisodes, on voit des personnages d'adultes ambigus, ce qui est assez rare à l'époque. Chaque épisode se termine par un documentaire avec des images réelles "On a l'impression finalement de ne pas voir un dessin animé, mais d'avoir une sorte de fenêtre vers le monde des plus grands".

Eric-Paul Marey : "Je trouve qu'avec les Cités d'or, on se rattache à une certaine littérature pour la jeunesse du XIXe siècle : ces enfants qui devaient se frayer un chemin au milieu d'adultes qui n'étaient pas toujours sympa (Dickens, Dumas...)

Frédérick Sigrist : Il y a aussi les sujets : "la colonisation, l'impérialisme, la conquête espagnole, l'envie de s'accaparer les richesses des gens, les enlèvements, (Zia a été enlevée et élevée à la cour d'Espagne). Il y a aussi cette dimension très polémique et qui est encore assez peu visitée dans les dessins animés contemporains." 

Alexandre Letren :

Quand on regardait Les Mystérieuses Cités d'Or (comme Lady Oscar ou Cobra), on avait l'impression qu'on avait l'air un peu plus intelligent quand on en ressortait. C'est vraiment une série historique dans le sens noble du terme, telle qu'on n'en voit plus. 

Jean-Luc François : "On a essayé d'être dans la réalité, dans l'Histoire, pour qu'on ait vraiment quelque chose qui soit tangible et sur lequel on puisse poser nos histoires. Quand on a fait l'exposition au musée Guimet, les conservateurs étaient étonnés de toute la documentation qu'on avait et comment on était aussi près que possible des constructions qu'il y avait à l'époque (en Chine au XVIe siècle), de l'habillement, etc." 

Le rôle prépondérant de la musique

Haim Saban, c'est quelqu'un que deux générations d'enfants connaissent : les plus jeunes le connaissent parce que c'est lui qui a importé les sentai du Japon et qui lance les Power Rangers, les Bioman, etc. 

Et puis avant : Haim Saban vient d'Israël ; il est venu en France s'occuper d'un jeune garçon qui s'appelle Mike Brandt. Surtout, il va produire le 45 tours du deuxième générique de Goldorak, chanté par Noam. Et puis, avec son partenaire Shuki Levy, ils vont prendre la tête d'une grosse boîte de production et faire beaucoup de génériques en France. C'est à eux qu'on doit les génériques français de "Pour l'amour du risque", de "Starsky et Hutch","Ulysse 31". Ils vont être appelés pour composer la musique des "Mystérieuses cités d'or" - version française seulement parce qu'il y a eu un gros désaccord entre les Japonais et les Français sur la majesté que devait prendre la musique. Et du coup, il y a une bande originale différente au Japon et ici"

Des personnages

Jean-Luc François : "Bernard Deyriès me disait que il y avait déjà des designs qui avaient été préparés, travaillés au Japon et pour que ça "passe mieux" à la télévision française, d'après lui, il essayait de raboter un petit peu les mentons (très pointus) , rétrécir les yeux pour faire des yeux un peu plus froids à la française, alors qu'à cette époque là, même encore maintenant d'ailleurs, les dessins animés japonais ont toujours des personnages, ont toujours des yeux énormes. 

Solaris et le grand Condor

Le vaisseau dans "Ulysse 31", les voitures dans "Mask", "Tonnerre mécanique", "K2000"… : une grande partie des années 1980 tournaient autour des véhicules, un vrai fétichisme ! C'est vraiment une époque où on n'était pas encore complètement dans une forme de décroissance en termes de moyens de transport ; les véhicules, c'était sacré.

Alexandre Letren : "Dans les Cités d'or, il y Solaris, une espèce de grand bateau solaire, et le grand Condor, qui est en fait même une sorte d'avion : en fait, c'est parce qu'on est en 1983 et qu'il y a un petit film qui est sorti quelques années auparavant qui s'appelle _Star Wars_... Et il faut dessiner ici et là dans les productions des éléments de SF, c'est ni plus ni moins que ça. C'est presque un élément un peu opportuniste, mais ça fonctionne, c'est à dire que c'est ça aussi qui fait rêver les gamins".

Le reste à écouter :)

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