En raison des circonstances exceptionnelles liées au Covid 19, "Boomerang" vous propose de redécouvrir certains de ses plus beaux entretiens. Aujourd'hui, le poète Yves Bonnefoy, que recevait Augustin Trapenard en mai 2016, quelques mois avant sa disparition.

Yves Bonnefoy en mai 2009
Yves Bonnefoy en mai 2009 © Getty / Leonardo Cendamo

Poète et traducteur, ancien professeur au Collège de France, son œuvre monumentale est l’une des plus importantes de ce siècle. Augustin Trapenard le recevait à l'occasion de la parution de son recueil de poème Ensemble encore. Il y poursuivait sa quête intranquille et inachevée du sens, et tentait, par les mots, de rendre toujours plus intense notre présence au monde. Yves Bonnefoy était dans Boomerang.

Le mot d'Augustin

Je me souviens que, pour lui, la poésie était la reconquête de la présence de l’autre dans notre vie. Comme s’il s’agissait de combler ou de rattraper quelque chose qu’on avait perdu. Il était assis devant la table de la salle à manger, dans un petit appartement délicieusement désuet, et j’avais l’impression, effectivement, qu’il comblait des béances. Les silences de ses parents, les blancs de son enfance mais aussi les ombres de l’histoire qu’il s’agissait pour lui de toujours transfigurer. C’est que la poésie était autant un art de vivre qu’une pratique aux fondements de la démocratie. Chaque fois qu’il racontait la genèse d’un texte, on comprenait d’ailleurs le désir intime et politique qui l’avait animé. Un désir de lumière, essentiellement, puisqu’il demandait aux mots, de la faire revenir. Je me souviens qu’on entendait les mouches voler dans ce drôle de studio improvisé dans une salle à manger. Tout le monde retenait son souffle, moi le premier. Quand il avait lu à voix haute l’un de ses poèmes, ses mots intenses et tremblants faisaient vibrer les murs. Je me souviens que, pour lui, la poésie ranimait les mots et intensifiait le monde

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