Inclassable figure de la chanson, il se raconte dans "William", son autobiographie parue hier. Un récit sans complaisance et très détaillé, l’histoire d’un destin qui lui a échappé et d’une vie de partitions, de mélodies et d’accords. William Sheller est l'invité d'Augustin Trapenard.

L'auteur compositeur interprète et pianiste francais William Sheller
L'auteur compositeur interprète et pianiste francais William Sheller © AFP / LECOEUVRE PHOTOTHEQUE / COLLECTION CHRISTOPHEL

Tout le monde se souvient de son Carnet à spirales, de son Homme heureux, de son Nicolas ou de son Symphoman. Pourtant, il entretient un rapport particulier voire conflictuel avec la chanson. Devenu chanteur presque par hasard sur les conseils de son amie Barbara, il dit en avoir fini avec cet art avec lequel il a fait rêver des millions de Français. Faut-il le croire ? Son autobiographie, William vient de paraitre. On revient sur un parcours d'excellence et une vie rocambolesque placée sous le signe de l'excès et de la musique. William Sheller est dans Boomerang. 

Extraits de l'entretien :

Augustin Trapenard : Ecrire des chansons pour vous c’est raconter des histoires, c’est un art qui se perd  ?

William Sheller : "Oui, cet art de conter s’est perdu face à la course du temps, le téléphone mobile, Netflix, etc."

La chanson m’a apporté une vie confortable mais beaucoup d’ennuis… ça m’a nourri au sens propre mais pas au sens figuré…

A. T. : Au sujet des chansons, ce n’est pas facile de faire simple lorsqu’on a été éduqué à faire savant, écrivez-vous...

William Sheller : "J’avais un désir de faire la musique mais tout le monde faisait de la musique extrêmement chiante autour de moi. J’étais poussé vers un prix de Rome et je me voyais mal faire des musiques contemporaines qui font fuir tout le monde. Je ne m’imaginais pas non plus chanter."

A.T. : C’est Barbara qui vous a soufflé l’idée de chanter ?

William Sheller : "Oui,  je lui ai objecté, enfin chérie je n’ai pas de voix ! Elle m’a dit moi non plus, on s’en fout, tu n’es pas un chanteur, tu es un diseur… Elle m’a dit ça en claquant d’un geste son poudrier… elle avait un certain sens de la mise en scène."

Je ne regrette pas d’avoir suivi le conseil de Barbara en me mettant à chanter.

Quand je me suis mis à la chanson, je n’avais pas envie des sempiternelles trois accords qu’on entendait partout, ça m’ennuyait, alors j’ai composé en donnant l’impression d’une simplicité."

A.T. : Et le piano, comment a-t-il fait son entrée dans votre vie ?

William Sheller : "Le piano est entré dans ma vie grâce à ma voisine de 13 ans qui faisait ses gammes, tous les jours à la même heure et mettait en rogne ma grand-mère. Elle enchainait La lettre à Elise et le début d’une valse de Chopin en s'arrêtant à la deuxième page, parce qu’après cela devenait trop difficile. J’ai peut-être commencé le piano pour terminer cette fameuse valse de Chopin restée inachevée. "

A.T. : A 15 ans vous rencontrez un professeur qui va changer votre vie, un certain Yves Margat, ancien élève de Gabriel Fauré…

William Sheller : "A 15 ans, je voulais comprendre l’harmonie, j’ai essayé tout seul, mais je ne comprenais rien du tout, alors j’ai pris rendez-vous avec le maître à qui j’ai joué Chopin, Schubert et une de mes compositions ébouriffées… Il m’a posé beaucoup de questions et m’a accueilli comme précepteur. Il m’apprenait la musique, le latin, la littérature, il est devenu une sorte de grand-père, il m’emmenait en vacances avec lui. Je l’aimais tellement que j’ai sciemment raté l‘entrée au Conservatoire pour continuer avec lui."

A.T. : Vous racontez de nombreuses rencontres dans votre livre : Barbara, Catherine Lara, Nicoletta, Joe Dassin… Vous les aimez les autres ?

William Sheller : "Ceux qui valent le coup, oui !"

A. T. : Vous évoquez quelques zinzins aussi…

William Sheller : "Oui, des zinzins il y en a pas mal… mais de toute façon je ne dis du mal que de moi."

A.T. : Qu’est-ce qui vous rend heureux, aujourd’hui ?

William Sheller:  "Le fait d’avoir pris la décision d’arrêter de chanter et de jouer. J’arrive à 75 ans cet été. Maintenant je vais vivre ma vie à moi, il ne me reste pas tant d’années à vivre, l’équivalent de la vie d’un chien quoi. Je ne vais pas aller mettre ma truffe n’importe où."

A.T. : Votre autobiographie s’ouvre sur une scène saisissante : Vous êtes au chevet de votre mère mourante et elle vous annonce que votre père n’est pas votre père.

William Sheller : "Ma mère était sous morphine, elle était confuse et m’a lâché quelques bribes peu claires, son prénom, Colin ou Thomas, son métier de matelot et son origine du Michigan. "

A.T. : Quels souvenirs avez-vous des États-Unis ou vous avez vécu après-guerre et où vous êtes retourné enregistrer à la fin des années 70 ?

William Sheller : "Des images joyeuses, l’après-guerre en France était plus triste que là-bas. L’Amérique, c’était le royaume des gosses, les grosses voitures… ma mère, une blonde attifée comme à New-York, a débarqué avec un visa touristique dans un trou paumé de l’Ohio, on l’a prise pour une collabo. Elle a fini par revenir en France, cette emmerdeuse m’avait pour ainsi dire kidnappé. "

A.T. : C’est en France que vous découvrez le monde du spectacle grâce à votre grand-mère, ouvreuse au théâtre des Champs Elysées

William Sheller : "Ce théâtre pour moi, c’était mieux que Disneyland, j’y ai vu les plus grands pianistes, des opéras, des ballets africains, espagnols…des spectacles incroyables. Plus âgé, je m’y suis fait engager pour m’acheter un poste radio, je gardais la porte d’entrée du plateau et je voyais les spectacles depuis les coulisses.  A 14 ans, j’entends pour la première fois jouer Le Sacre du printemps de Stravinsky, c’est génial, j’ai la tête qui explose ! Je me plonge dans les partitions, il fallait que je comprenne… au niveau rythmique, c’était la grande liberté. Boulez m’a confié avoir dirigé la création comme on dirigeait une œuvre impressionniste, sous sa direction c’était vraiment moderne."

A.T. : C’est un besoin chez vous la musique, vous la mettez plus haut que tout ?

William Sheller : "Bien entendu, la musique c’est ce qui me fait vivre." 

J’étais musicien, maintenant je suis redevenu mélomane. Je n’ai jamais été un bon pianiste de toute façon, j’ai fait de la belle esbroufe.

A.T. : La musique, vous la mettez au-dessus de l’amour ?

WS : "Oh oui, heureusement ! A 75 balais, l’amour c’est terminé. Je place la musique au-dessus de l’amour, "cet échange de salive, qui trouve son absolu dans la misère des glandes", comme dit Cioran. Je préfère la musique. Même si j’ai été amoureux et aimé."

A.T. : Lire votre autobiographie donne envie de se replonger dans votre discographie pour traquer les messages cachés… il y en a ?

William Sheller : "Oh oui il y en a !"

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