Il est l'un des premiers à avoir allié dans ses spectacles humour et politique. En plus de soixante ans de carrière, son irrévérence et son goût pour le commentaire politique sont restés intacts. "Je me souviendrai de tout", son nouveau livre (Fayard), recouvre ainsi plus d'un an et demi d'actualité.

Guy Bedos, qui allie humour et politique dans ses spectacles
Guy Bedos, qui allie humour et politique dans ses spectacles © AFP / Joël Saget

AUGUSTIN TRAPENARD : Vous écrivez effectivement que ces carnets, vous n'aviez pas l'intention de les publier. Alors, pourquoi vous l'avez fait ?

GUY BEDOS : Pour ne pas mourir d'ennui. J'ai besoin d'avoir des projets et de travailler et je me suis mis à écrire ce livre qui est un livre maintenant, mais dont je ne savais pas ce qu'il allait devenir. J'ai griffonné dans mon carnet de notes, spontanément.

C'est aussi parce qu'une petite voix dans votre tête doit vous dire que votre parole, elle, compte un peu. Non ?

Oui, j'en ai eu l'information par tous les gens que je rencontre et qui me disaient des choses très encourageantes.  

A votre avis pourquoi i? Parce qu'elle est libre ? 

Oui, il y a même des gens qui voudraient que je me présente à la présidence de la République. Ce qui serait une catastrophe pour la France en pleine crise financière et économique. Je ne suis même pas capable de gérer mon budget, alors celui de la France.... !

L'événement qui vous a le plus marqué cette année et demie dont vous parlez dans votre livre, c'est quoi ? 

Oh, c'est sûrement l'attentat de Charlie. Bon, c'est un peu banal maintenant de parler de ça, mais ça m'a ravagé. J'ai pleuré comme un gosse devant la télé en voyant les images de Wolinski, de Cabu. Moi je connaissais Charlie avant que ce soit Charlie. J'étais très proche de Cavanna et du journal Hara-Kiri à l'époque. C'est ma famille. 

L'humour est la politesse du désespoir. 

Dans ce livre, vous vous en prenez un peu à toute la classe politique, tous bords confondus. D'ailleurs, vous avez cette formule intéressante. Vous vous dites politiquement orphelin. Ça veut dire quoi, ça ? Parce qu'on est orphelin de quelque chose qu'on a eu. 

Très franchement, on a beaucoup critiqué Mitterrand, mais sous Mitterrand, j'étais parfois là. J'aimais cet homme, je faisais de grosses réserves. Quand il m'a proposé la Légion d'honneur. Bon, il était quand même le type qui avait eu les relations avec René Bousquet.

Quelles valeurs défendez-vous aujourd'hui ?

Je suis un antiraciste absolument obsessionnel. Venant d'où je viens - d'Algérie - j'ai entendu tellement de choses. J'ai assisté à tellement de choses dégueulasses que je passerais ma vie jusqu'à ma mort à me venger et à les venger, tous ces gens-là. Ça s'appelle de la résistance.

C'est quoi un résistant pour vous aujourd'hui ? 

C'est quelqu'un qui n'accepte pas ce qu'on veut lui imposer, et qu'on veut imposer au peuple. 

On ne vous a pas beaucoup vu au cinéma. C'est quelque chose que vous regrettez ? 

Mais non, puisque c'est souvent de ma faute, je ne tourne pas n'importe quoi. Je ne tourne que des films que j'aurais envie de voir. Donc, on me propose parfois du cinéma, mais je laisse ça à d'autres. Quant au cinéma que je veux faire, que j'ai eu la chance de faire, j'ai fait un film il y a trente ans. Deux films avec Yves Robert, écrit par mon ami Jean-loup Dabadie. Plus récemment, j'ai fait ce film qui s'appelait Si on vivait tous ensemble avec Claude Rich, Pierre Richard, Jane Fonda et Geraldine Chaplin. 

Vous dites souvent que l'écriture et le théâtre vous ont sauvé, mais de quoi ils vous ont sauvé ? De votre enfance encore ? 

Je suis partie de chez moi, j'avais 17 ans et demi. J'étais quasiment clochard et je m'en suis sorti avec ce métier, qui m'a sauvé. 

Barbara

Guy Bedos a partagé la scène de Bobino avec Barbara en 1966

J'adorais cette femme. Elle m'avait écrit. Je venais de faire ce film important pour moi, qui s'appelait Dragées au poivre que j'avais présenté à Venise, à Londres, New York. Elle m'a demandé d'être sa co-vedette. Ça a été un enchantement. Grâce à elle j'ai connu Brel, j'ai connu Brassens. Je suis devenu leur filleul. C'est ma famille. 

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Les années 60

Quel souvenir gardez-vous  de ces années-là ? Quelle image ? Quelle musique ? Un vent de liberté ? 

C'était très excitant ces années-là, à tous égards. Pour moi aussi, un souvenir personnel, c'est ma rencontre avec Sophie Daumier, qui a été ma femme et pour qui j'ai écrit. Nous avons été en tandem à partir de ces années-là. Je la pleure encore. 

Il y a des fantômes dans ce livre. Guy Bedos je pense notamment à la bande à Bébel, par exemple, que vous formez avec Belmondo, Marielle, Rochefort, Brasseur, Cremer. En lisant ce livre, je me suis dit que vous étiez un type de bande. 

Il y a des moments où j'aimerais partir avant eux. J'en ai marre d'aller au Père-Lachaise. Moi, j'ai demandé, en pensant à ceux qui viendront sur ma tombe, une tombe à Lumio sur une colline corse au dessus de Calvi, face à la mer. 

Simone Signoret

C'est ma grande sœur. Ça a été mon prof de Sciences Po. Je lui dois énormément. Mais elle est très pudique parce qu'il y a des moments de sa vie, notamment de sa vie personnelle, qui ont été des tragédies. Simone a souffert beaucoup de la relation qu'a eu Montand avec Marilyn Monroe. C'est quand même pas très discret comme vaudeville. À tous égards, même physiquement, elle est passé de Casque d'or à la Veuve Couderc.

Les femmes 

Vous leur rendez vraiment hommage. Il n'y a pas une once de misogynie, ça m'a presque étonné. 

J'ai écrit des sketchs qui ont d'ailleurs prêté à confusion. J'avais écrit il y a longtemps "Toutes des salopes" et il y a quelques féministes un peu con - il y en a, - qui m'ont attaqué. Je me moquais d'un type qui feuilletait un journal style Play Boy parce qu'il était un miséreux sexuel.  

L'humour est une langue étrangère. Pour certains, il faudrait ajouter des sous titres. 

Et j'ai été victime parfois de malentendus hallucinants. Mon sketch Vacances à Marrakech m'a valu d'être accusé de racisme alors que c'était le contraire. C'était complètement le contraire.  

Ça vous blesse ces accusations ? 

Non. Économisons notre mépris, eu égard au nombre de nécessiteux. 

Les invités
  • Guy Bedoshumoriste, artiste de music-hall, acteur et scénariste français
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