En raison des circonstances exceptionnelles liées au Covid-19, Boomerang vous propose de redécouvrir certains de ses plus grands entretiens. Aujourd'hui, la Nobel de Littérature Toni Morrison, reçue dans Boomerang en novembre 2016.

 Toni Morrison
Toni Morrison © Getty / Daniel Boczarski

Prix Nobel de Littérature, elle est l’écrivain de la mémoire du peuple noir américain. De L'oeil le plus bleu à Délivrances en passant par Beloved, elle exhume les fantômes de l’esclavage et de la ségrégation. À la veille de l'élection de Donald Trump, elle faisait le point sur la situation de son pays. Toni Morrison était dans Boomerang. 

Le mot d'Augustin 

Je me souviens qu’elle avait ouvert la porte de sa maison sur le bord de l’Hudson avec un grand sourire et qu’on s’était faufilé en vitesse sur la pointe des pieds. C’était la veille de l’élection de Donald Trump : on n’avait pas toute la journée. Elle avait commencé par une analyse du slogan du candidat républicain, dont elle soulignait les relents racistes et suprémacistes. Qu’elle parle de politique, de littérature ou de sa trajectoire de douleur et de gloire, elle avait le charisme et la classe de celle à qui on ne la fait pas. Le défi, d’ailleurs, à chaque entretien, était de parvenir à faire surgir autre chose que ce qu’elle adorait raconter. Ce jour-là, comme à chaque fois qu’on enregistrait, j’avais fait mine de lancer le disque que l’on écouterait lors de la diffusion de l’émission - une version du « Summertime » de Gershwin par Mahalia Jackson. Elle avait tout arrêté pour me parler de sa mère qui fredonnait toujours des airs de cette chanteuse. Je me souviens qu’elle était bouleversée par le souvenir de la voix de sa mère et que je m’étais demandé à ce moment-là - allez savoir pourquoi - dans quelle mesure une voix était héréditaire. Sa voix à elle, par exemple. Sa voix si grave, si nécessaire, si forte dans la façon qu’elle avait eu pendant si longtemps de tisser au fil de ses romans la mémoire d’une Amérique sacrifiée - qui la porterait demain

Programmation musicale

Mahalia Jackson, Summertime

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