Comédienne, César de la meilleure actrice pour son rôle dans "Lady Chatterley", pensionnaire de la Comédie Française, elle est la marraine de le 23ème édition du Printemps des poètes placée, cette année, sous le signe du désir et dont le coup d'envoi sera donné demain. Marina Hands est l'invitée d'Augustin Trapenard.

Marina Hands en août 2020 à Angoulême
Marina Hands en août 2020 à Angoulême © Getty / Stephane Cardinale - Corbis/Corbis

Qui mieux qu'elle pour nous parler de désir ? Elle qui l'a si magistralement incarné dans l'adaptation que proposait Pascale Ferran du Lady Chatterley de D.H.Lawrence ? Pour cette 23ème édition du Printemps des poètes, elle est venue faire résonner les mots du désir et ses paradoxes, à travers les voix de Federico Garcia Lorca, Paul Fort, Antonio Ramos Rosa, Racine et Jean de la Fontaine, dans le cadre d'une émission spéciale, intime, poétique et désirante !  On parle de lumière, de contrôle, d'interdit, de théâtre et de poésie, évidemment, avec Marina Hands, invitée de Boomerang

Retrouvez toutes les informations concernant le 23ème édition du Printemps des poètes en cliquant ici. 

Le désir - Aux couleurs du poème (éditions Bruno Doucey) et Le désir en nous comme un défi au monde (éditions du Castor Astral), accompagnent cette 23ème édition du Printemps des poètes

Extraits de l'entretien 

"Le désir est la connaissance de son manque. C'est une énergie et un moteur d'une telle lumière que quand on le perd, je pense qu'on perd tout."

"Sur Lady Chatterley, j'ai appris que le désir est une énergie de vie, hors de la censure. C'est une philosophie de vie de considérer que notre désir peut être une force. Que le désir devienne une volonté est la plus belle des choses."

"Là où la bouche tombe, tombe le cheval et je tombe », A. Ramos Rosa, lu par Marina Hands : ''Sur un cheval, il n'y a plus de mots. Il y a quelque chose de viscéral. Etre sensible au lien avec un animal nous rend sensible aux autres humains"

"Une scène de théâtre c'est l'équivalent d'une église pour les croyants. C'est le lieu de toutes les prières. Sur une scène, je ne suis pas là pour me montrer, je suis là pour que les gens fassent une rencontre avec eux-mêmes"

"A la Comédie Française, nous sommes affligés du mépris envers le monde de la culture. Mais nous avons le privilège d'être une troupe permanente. Les théâtres occupés c'est peut-être un moyen pour qu'on entende enfin les gens de la culture"

Carte blanche

Pour sa carte blanche, la comédienne a lu Les animaux malades de la peste de Jean de la Fontaine extrait du second recueil dédié à Madame de Montespan, Livre VII, Fable 1

"Un mal qui répand la terreur, 

Mal que le Ciel en sa fureur

Inventa pour punir les crimes de la terre, 

La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom) 

Capable d'enrichir en un jour l'Achéron, 

Faisait aux animaux la guerre. 

Ils ne mouraient pas tous, 

mais tous étaient frappés : 

On n'en voyait point d'occupés 

A chercher le soutien d'une mourante vie ; 

Nul mets n'excitait leur envie ; 

Ni Loups ni Renards n'épiaient La douce et l'innocente proie. 

Les Tourterelles se fuyaient : 

Plus d'amour, partant plus de joie. 

Le Lion tint conseil, et dit : 

Mes chers amis, Je crois que le Ciel a permis 

Pour nos péchés cette infortune ; 

Que le plus coupable de nous 

Se sacrifie aux traits du céleste courroux, 

Peut-être il obtiendra la guérison commune. 

L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents 

On fait de pareils dévouements : 

Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence 

L'état de notre conscience. 

Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons J'ai dévoré force moutons. 

Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense : 

Même il m'est arrivé quelquefois de manger Le Berger. 

Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense 

Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi :

Car on doit souhaiter selon toute justice 

Que le plus coupable périsse. - Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ; 

Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;

Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce, 

Est-ce un péché ? Non, non. 

Vous leur fîtes Seigneur 

En les croquant beaucoup d'honneur. 

Et quant au Berger l'on peut dire 

Qu'il était digne de tous maux, 

Etant de ces gens-là qui sur les animaux 

Se font un chimérique empire. 

Ainsi dit le Renard, et flatteurs d'applaudir. 

On n'osa trop approfondir 

Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances, 

Les moins pardonnables offenses. 

Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins, 

Au dire de chacun, étaient de petits saints. 

L'Ane vint à son tour et dit : 

J'ai souvenance 

Qu'en un pré de Moines passant, 

La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense

Quelque diable aussi me poussant, 

Je tondis de ce pré la largeur de ma langue. 

Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net. 

A ces mots on cria haro sur le baudet. 

Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue 

Qu'il fallait dévouer ce maudit animal, 

Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.

Sa peccadille fut jugée un cas pendable. 

Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable ! 

Rien que la mort n'était capable 

D'expier son forfait : on le lui fit bien voir.

Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir."

Ecouter Marina Hands lire Les animaux malades de la peste : 

4 min

Les animaux malades de la peste

Par France Inter

Jean de La Fontaine (1621-1695), Fables, 1678-1679

Les autres textes lus

1 - Federico Garcia Lorca - Désir (Anthologie Bruno Doucey)

"Seul ton cœur ardent,

et rien d’autre.

Mon paradis, un champ

sans rossignol

ni lyres,

une rivière discrète

et une source subtile.

Sans l’éperon du vent

sur les ramures,

ni l’étoile qui veut

être feuille.

Une immense lumière

qui serait

luciole

d’une autre,

en un champ de

regards brisés.

Un repos clair

et là-bas nos baisers,

grains sonores

de l’écho,

au loin s’en iraient éclore.

Et ton cœur ardent,

rien d’autre.

2- Paul Fort, "Complainte du petit cheval blanc"

Le petit cheval dans le mauvais temps, qu’il avait donc du courage ! C’était un petit cheval blanc, tous derrière et lui devant.

Il n’y avait jamais de beau temps dans ce pauvre paysage. Il n’y avait jamais de printemps, ni derrière ni devant.

Mais toujours il était content, menant les gars du village, À travers la pluie noire des champs, tous derrière et lui devant.

Sa voiture allait poursuivant sa belle petite queue sauvage. C’est alors qu’il était content, tous derrière et lui devant.

Mais un jour, dans le mauvais temps, un jour qu’il était si sage, Il est mort par un éclair blanc, tous derrière et lui devant.

Il est mort sans voir le beau temps, qu’il avait donc du courage ! Il est mort sans voir le printemps, ni derrière ni devant.

© Paul Fort Ballades du beau hasard – Lieds, complaintes, élégies, 1910

© Georges Brassens (musique, album La Mauvaise Réputation, 1952) (1921, Sète – 1981, Saint-Gély-du-Fesc) chante la Complainte du petit cheval blanc en duo avec Nana Mouskouri (1972)

3- Antonio Ramos Rosa, poème extrait du cycle du cheval

Où la bouche tombe tombe le soleil du cheval.

Ô bouche exaspérée dans les racines, dans les pierres,

bouche empoisonnée par le vert de la ténèbre.

Où est le soleil du cheval ? Rivière souterraine.

Flambeaux immergés, visions, noirs coutelas,

traverser le cheval, dominer l'espérance,

la patience est neuve, mais les lumières ne blessent plus

les yeux sans paupières, et le hasard commence

à perturber l'ordre qui mûrit les fruits,

à troubler la vue des champs et de la paix.

Là où la bouche tombe tombe le cheval et je tombe.

4- Racine, Tirade de Phèdre

"Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée, Mon repos, mon bonheur semblait être affermi ; Athènes me montra mon superbe ennemi : Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ; Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ; Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ; Je sentis tout mon corps et transir et brûler : Je reconnus Vénus et ses feux redoutables, D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables ! Par des vœux assidus je crus les détourner : Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ; De victimes moi-même à toute heure entourée, Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée : D’un incurable amour remèdes impuissants ! En vain sur les autels ma main brûlait l’encens ! Quand ma bouche implorait le nom de la déesse, J’adorais Hippolyte ; et, le voyant sans cesse, Même au pied des autels que je faisais fumer, J’offrais tout à ce dieu que je n’osais nommer. Je l’évitais partout. Ô comble de misère ! Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père. Contre moi-même enfin j’osai me révolter : J’excitai mon courage à le persécuter. Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre, J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ; Je pressai son exil ; et mes cris éternels L’arrachèrent du sein et des bras paternels. Je respirais, ŒNONE ; et, depuis son absence, Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence : Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis, De son fatal hymen je cultivais les fruits. Vaines précautions ! Cruelle destinée ! Par mon époux lui-même à Trézène amenée, J’ai revu l’ennemi que j’avais éloigné : Ma blessure trop vive aussitôt a saigné. Ce n’est plus une ardeur dans mes veines cachée :

C’est Vénus tout entière à sa proie attachée. J’ai conçu pour mon crime une juste terreur ; J’ai pris la vie en haine, et ma flamme en horreur ; Je voulais en mourant prendre soin de ma gloire, Et dérober au jour une flamme si noire : Je n’ai pu soutenir tes larmes, tes combats : Je t’ai tout avoué ; je ne m’en repens pas. Pourvu que, de ma mort respectant les approches, Tu ne m’affliges plus par d’injustes reproches, Et que tes vains secours cessent de rappeler Un reste de chaleur tout prêt à s’exhaler."

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