Elle est comédienne, metteur en scène, réalisatrice mais aussi chanteuse, et marraine, cette année du Printemps des poètes qui fête ses 20 ans et qui débutera le 9 mars prochain. Rachida Brakni est l'invitée d'Augustin Trapenard.

Rachida Brakni
Rachida Brakni © AFP / Guillaume Souvant

Elle est de celles qui font rimer art et poésie, avec politique. À travers les mots des poètes Marion Collé ou Adonis, elle nous rappelle à l'urgence à habiter poétiquement le monde et à sauver, coute que coute, la beauté. On parle du monde, de l'époque, du pouvoir des mots, mais aussi de théâtre et de selfie avec Rachida Brakni, invitée de Boomerang

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Rachida Brakni sera au Théâtre du Rond-Point dès le 13 février pour J’ai pris mon père sur mes épaules mis en scène par Arnaud Meunier. 

Qu-est ce que je fais de ma perception, comment la transformer en poésie?  Comment un détail microscopique peut amener du liant entre les individus? Chercher, sans cesse à créer des passerelles, c'est toujours cette histoire là !  #RachidaBrakni #Printempsdespoètes

La poésie, c'est ne pas voir par le petit bout de la lorgnette. La poésie va mettre un coup de projecteur sur quelque chose que j'ignorais. Cela ouvre des fenêtres.  #RachidaBrakni #Printempsdespoètes @FranceInter

Je dois beaucoup à la poésie. Petite fille, on devait apprendre un poème de Prévert et je crois que je suis devenue comédienne par là. J'y avais mis tout mon cœur, et on s'est moqué de moi. Le maître m'a dit que je n'avais pas à en rougir.  #RachidaBrakni #Printempsdespoètes

Carte blanche

Pour sa carte blanche, Rachida Brakni a choisi un texte de Hannah Arendt sur l'amitié, extrait de Vies politiques :

Nous avons coutume aujourd’hui de ne voir dans l’amitié qu’un phénomène de l’intimité, où les amis s’ouvrent leur âme sans tenir compte du monde et de ses exigences (…) Ainsi nous est-il difficile de comprendre l’importance politique de l’amitié. Lorsque, par exemple, nous lisons chez Aristote que la _philia,_l’amitié entre citoyens, est l’une des conditions fondamentales du bien être commun, nous avons tendance à croire qu’il parle seulement de l’absence de factions et de guerre civile au sein de la cité. Mais pour les Grecs, l’essence de l’amitié consistait dans le discours. Ils soutenaient que seul un « parler-ensemble » constant unissait les citoyens en une polis. Avec le dialogue se manifeste l’importance politique de l’amitié, et de son humanité propre. Le dialogue se soucie du monde commun qui reste inhumain en un sens littéral, tant que les hommes n’en débattent pas constamment. Car le monde n’est pas humain pour avoir été fait par des hommes; et il ne devient pas humain parce que la voix humaine y résonne, mais seulement lorsqu’il est devenu objet de dialogue. Quelque intensément que les choses du monde nous affectent, quelque profondément qu’elles puissent nous émouvoir et nous stimuler, elles ne deviennent humaines pour nous qu’au moment où nous pouvons en débattre avec nos semblables. Tout ce qui ne peut devenir objet de dialogue peut bien être sublime, horrible ou mystérieux, voire trouver voix humaine à travers laquelle résonner dans le monde, mais ce n’est pas vraiment humain. Nous humanisons ce qui se passe dans le monde en nous parlant, et, dans ce parler, nous apprenons à être humain. Cette humanité qui se réalise dans les conversations de l’amitié, les Grecs l’appelaient philanthropia, « amour de l’homme », parce qu’elle se manifeste en une disposition à partager le monde avec d’autres hommes. 

Durant l'émission, Rachida Brakni a également lu un texte du poète Adonis, "De la poétisation du monde" :

La poésie est plus que symbole d'ouverture, plus que confiance en l'autre : elle est le territoire sans mesure de l'ouverture, elle est la demeure de l'autre. En cela elle transcende aussi bien le racisme que le concept de tolérance, concept qui ne s'est jamais affranchi d'une ombre d'inégalité, voire de condescendance : — Je te tolère, donc j'ai raison ! Par générosité pure, je consens à te laisser t'exprimer, toi qui as tort...La poésie, quant à elle, ouvre un espace où personne n'incarne la vérité, où personne ne se veut dépositaire d'une loi indiscutable. La poésie se tient à distance de l'idée de tolérance pour rejoindre la nature originelle de l'homme, faite d'égalité et d'unité.Tournés vers l'avenir, les êtres humains participent de cette quête de vérité. De cette quête qui exige le dévoilement intérieur et incite à la création perpétuelle. C'est par son oeuvre seule que l'homme devient le créateur de son identité.La question dans cet horizon n'est plus de savoir comment voir ou définir le rôle de la poésie dans la vie, mais plutôt comment voir et définir celui de l'homme et de la société, dans la transformation de la vie en poésie. La poésie a joué, magnifiquement, son rôle. Elle a créé des manières de voir l'univers en sa pleine fraîcheur — et l'existence en sa pleine beauté. La faille dans notre vie moderne est due à notre incompréhension de cette évidence. Comment transformer la vie en poésie ? Voilà la question. Et ce n'est pas, ce n'est plus au poète d'assumer ce rôle, sauf dans le sens qu'il continue, par la force de la création, ce que les grands créateurs du passé ont fondé, à savoir : continuer à créer des rapports nouveaux entre langue et existence — ceux qui donneraient à notre vie une image plus belle et plus humaine. C'est maintenant la société qui doit assumer la responsabilité de créer les moyens qui permettront de diffuser ces rapports, de les transformer en pain quotidien, de déployer et d'étendre la vision poétique aux autres visions qui dirigent le monde actuel, dans les domaines politique, économique, scientifique et intellectuel. Il faut oeuvrer pour que la vie humaine, au-delà des races, langues et pays, puisse être vécue comme si elle était poésie. Je forme des voeux pour que ces moments vécus en poésie restent comme le vivant symbole de la poétisation du monde et de l'unité entre les hommes. Et j'aimerais terminer cette interrogation : ne faut-il pas repenser le dit de Rimbaud : Il faut être absolument moderne pour lui substituer : Il faut être absolument poète !

Programmation musicale 

Tom Waits - You can never hold back spring

Keren Ann - Bleue

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