Récompensé quatre fois par le César du meilleur scénario, il est aussi comédien. On ne l'avait pas vu au cinéma depuis "Au bout du conte d'Agnès Jaoui". Jean-Pierre Bacri était dans Boomerang pour son rôle dans "La vie très privée de Monsieur Sim"

Jean-Pierre Bacri
Jean-Pierre Bacri © Getty

Dans La vie très privée de Monsieur Sim de Michel Leclerc adapté d'un roman de Jonathan Coe, il joue un homme dépressif et candide qui tente de se reconstruire. 

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Extraits de l'entretien :

Bacri, un homme de concessions

Augustin Trapenard : Vous êtes du genre à faire des concessions ?

Jean-Pierre Bacri : "Je suis du genre à faire des concessions et je trouve que les concessions, c'est bien. C'est faire preuve de maturité et d'intelligence que de faire des concessions. Donc je trouve pas que ce soit une défaite. "

Ce n'est pas tellement l'image qu'on a de vous. 

"L'image qu'on a de moi, on s'en fiche. Les gens sont plein de clichés. Au même titre que tous les Asiatiques se ressemblent. Moi, je fais toujours la gueule. Voilà, ça, c'est fait. C'est une question de fiches que les gens font pour ne plus en parler. Vous remplissez une fiche, vous mettez dans un tiroir et vous fermez le tiroir. En tout cas voilà." 

Je suis pour les concessions et les compromis. Je ne trouve pas que ce soit une défaite.

Honnêtement, entre les accords de Paris et les élections régionales ce week end épique, Jean-Pierre, vous l'avez vécu comment vous? Comme une victoire? 

"Oui, je l'ai vécu pour l'instant comme une victoire. Jusqu'ici tout va bien, je dirais." 

Un petit peu amère du coup. 

"Mais c'est la vie qui a un petit goût amer. Il faut être angélique et idéaliste pour penser que la vie a un goût doux. La vie a un goût amer. Il y a des passages drôles dans la vie. Il y a des passages de larmes, de mélancolie, de joies intenses, de regrets, de remords. C'est la vie, quoi. Mais c'est normal que je sois un peu amer. "

Il se passe quelque chose quand même. Malgré la forte mobilisation au deuxième tour, la percée du FN, elle, reste indéniable. On ne peut pas faire comme si ça existait. 

"Mais on ne peut pas non plus, tous les matins, crier à la catastrophe. Le monde continue de tourner depuis longtemps. Depuis longtemps, il y a des barbares, des sauvages, des assassinats. Il y a un 13 novembre par jour dans plein de pays. On ne peut pas non plus se flageller toute la journée et se dire que les concessions, ce n'est pas bien, que rien n'est bien. Non, je ne suis pas d'accord. C'est une victoire, une victoire certes provisoire, mais je suis content hier. Je ne boude pas ma joie. Je suis très content de voir qu'il n'y avait aucune région  pour un parti non démocratique, ça me faisait plaisir. Je me suis dit 'Tiens, il y a eu un sursaut citoyen' que j'ai trouvé sympathique, je ne dirais pas que c'est une merveilleuse victoire, mais j'ai trouvé ça sympathique de la part des gens de se bouger un peu le cul pour aller voter." 

Pour autant est-ce qu'il y aura un changement en politique ? 

"Encore une fois, je suis désolé, mais je ne dis pas comme les autres là dessus parce que personnellement, je suis pour la modération. Donc, que ce soit à gauche ou à droite, les extrêmes non seulement ne me vont pas, mais m'abattent considérablement parce là pour le coup, il y a une défaite de la pensée. C'est fait pour plaire au type du bistrot d'à côté. C'est fait pour plaire au populo, je ne sais pas comment l'appeler parce que je n'ai pas envie non plus d'être méprisant avec les gens du peuple." 

Monsieur Sim, un personnage rêvé pour un acteur

"C'est un personnage très riche, parce qu'il y a des tas de trucs à jouer. Il y a une candeur à la fois, mais effectivement, le côté déprimé. Cette envie obstinée de s'accrocher à la vie et de penser qu'elle a un intérêt. Il y avait beaucoup d'arrière plan à jouer. Ça m'a beaucoup plu quand j'ai lu le scénario."

La dernière fois que vous avez vu à l'écran Jean Pierre, c'était il y a deux ans avec au bout du compte, réalisé par Agnès Jaoui, vous fait désirer? 

"Oui. Je ne fais pas de plan, mais disons que je fais les choses quand elles me semblent enthousiasmantes. Je fonce et je fais le film." 

Il parait que vous crouler sous les propositions. 

"Je ne comprends pas ce truc qui revient tout le temps. Je ne croule pas du tout. Tous les acteurs qui ont un petit nom croulent, dans ce cas là. Il y a une liste de 15/20 acteurs. 

Les metteurs en scène n'ont pas d'imagination et les producteurs des impératifs commerciaux qui font qu'il faut choisir un mec connu. 

Il choisissent un de ces 15 noms dont je fais partie et j'imagine que les 14 autres autres refusent autant que moi parce que les scénarios tournent."

Et ça vous arrive de solliciter des gens avec qui vous aimeriez travailler ?

"Non, jamais de la vie. Je ne peux pas faire ça. Je sais qu'il y a des acteurs et actrices qui écrivent au metteur en scène ou qui leur téléphone en leur disant 'J'adorerais tellement travailler avec vous'. Je ne suis pas comme ça parce que, d'abord, j'ai un peu d'orgueil et ensuite, c'est le désir agressif qui fait un acteur. C'est parce qu'on a envie de lui. C'est parce qu'on est désiré qu'on vient sur un plateau avec confiance. Si c'est pour mendier une collaboration avec le génie du coin, j'ai pas envie de faire ça parce qu'après, j'arriverai sur le plateau avec une impression de lui avoir forcé la main. Je trouve ça horrible." 

Le réalisateur Michel Leclerc dit qu'en vous filmant Jean-Pierre, il a eu l'impression de faire un documentaire sur votre visage. Qu'est ce qui se passe sur le visage de Jean-Pierre Bacri? 

"Il faudrait demander aux autres parce que moi, je fais en sorte de ne pas me voir. Je n'ai pas vu mes films depuis 20 ou 25 ans, figurez vous. Je fais en sorte de ne pas regarder quand j'y suis. Ça me déprime considérablement." 

Ce qui me déprime, c'est que je m'attends à voir Cary Grant, et que je me vois.

Comment vous savez du coup que le film est bon ? 

"On me le dit. Il y a des gens qui me le disent, je fais une espèce de petit sondage personnel. Et puis, je vois qu'au bout d'un certain temps, beaucoup de gens m'ont dit que c'était bien donc je me dis que ça doit être bien ou le contraire." 

Mais là, on a l'impression que c'est un miroir de ce qui se passe à l'intérieur du personnage. Moi, je me pose la question sur votre méthode d'acteur. Comment on accède à ces émotions là? 

"ça se passe en lisant hyper attentivement le scénario, trois ou quatre fois en amont, un mois ou deux avant de tourner. Et en notant de façon paranoïaque tous les moments ou je pense qu'il y a un arrière plan. C'est à dire que ce qui est intéressant quand vous voyez des gens qui vous parlent dans la vie, il y a la phrase qui vous disent et il y a tout l'arrière texte, tout le sous texte qu'ils ne vous disent pas, mais que vous, si vous avez un sens d'observation, ben vous voyez bien qu'il y a deux discours qui se font en même temps. 

Donc, quand je travaille sur mon scénario, j'essaie toujours de voir quel deuxième discours il y a derrière la phrase. J'appelle ça comprendre ce qu'on dit, c'est à dire souvent, quand je trouve un acteur insuffisant ou une actrice, c'est parce que je trouve qu'ils ne comprennent pas ce qu'ils disent. Donc, ils ont appris la phrase par cœur et il la récite. Les bons acteurs, enfin les acteurs que j'aime. Ils sont naturels aussi, mais derrière, on sent bon que le personnage s'est réveillé ce matin, qu'il existe, que ce n'est pas juste un costard qu'on a mis avant de tourner, après être maquillé. "

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