Avec sa guitare, ses textes humanistes et poétiques, et des chansons comme "San Francisco", "Né quelque part" ou "Education sentimentale", il est l’un des plus grands noms de la chanson française. Il est actuellement en pleine préparation de son nouvel album. Maxime Le Forestier est l'invité d'Augustin Trapenard.

Maxime Le Forestier au Paléo Festival à Nyon en 2014
Maxime Le Forestier au Paléo Festival à Nyon en 2014 © Getty / Erick James

Sur "La vieille dame"

Un hexagone. Le nôtre. Et cette femme, déjà floue. Porte-t-elle un bonnet phrygien, ce symbole d’une République aujourd’hui meurtrie, la nôtre? Peut-être. Ses traits sont donc brouillés, comme si elle était menacée de disparaître, comme si elle se débattait pour encore y croire. Chacun se fera son idée. Marianne pourrait s’appeler Françoise, Aminata, Candice ou Fatima. Elle est là, brumeuse. Elle est là et elle respire encore.

L’époque n’est pas à la poésie ni à la fraternité

Aujourd’hui, c’est la peur qui dirige les débats, la peur et ses fidèles et sempiternels alliés: le repli et la défiance. Aujourd’hui, la France flirte avec le précipice, elle joue avec les extrêmes, comme un enfant qui n’aurait jamais appris le poids des conséquences. C’est triste, dangereux. Peut-être même pire que ça encore. 

Au cœur des débats stériles et des promesses trompeuses, des sondages qui jouent avec les cœurs, une chanson. “La Vieille Dame”. Parole et musique: Maxime Le Forestier. Enregistrée un 23 mars, à Ferber, en live, comme si l’urgence s’imposait. L’envie l’a ici emporté. Il fallait le faire. Voilà. Aux côtés de ses musiciens, ceux avec qui il avait enregistré son précédent album, “Le Cadeau”, avec son fils Arthur à la deuxième guitare, et à la réalisation Patrice Renson, Maxime Le Forestier chante une époque, la nôtre, ces envies de murs, de frontières réactivées, de frilosité paralysante, de mensonges d’urnes et de rétroviseurs bêtement nostalgiques, “le passé d’avant”“On dirait une vieille dame”

C’est exactement ça. 

Aux slogans qui enferment, le chanteur a toujours préféré les images qui élèvent

Aux drapeaux belliqueux, il a toujours privilégié les mots qui dessinent des lendemains possibles. 

Là, il dénonce moins qu’il ne raconte, avec une ironie presque douloureuse, l’abandon de l’espoir, les petits arrangements avec la grisaille de l’esprit. Il nous dit surtout que la France n’est pas cette institution lointaine, inaccessible, ce spectre insaisissable. Qu’il ne suffit pas de constater, de craindre, de croiser les doigts. Il chante que la France, c’est je, tu, il nous, vous, elles. C’est l’affaire de chacun. Pour le meilleur et pour le pire. Et que si le temps dévore tout, il ne tient qu’à nous de freiner sa course en refusant ses prophéties de malheur, ses raccourcis d’impasses. La République n’a besoin ni de montre ni de barbelés. Ni de bijoux ni de souvenirs sépia. Elle n’est ni un casino, ni une loterie. Elle vaut mieux que ça.

“La Vieille Dame” navigue, avec une douceur insoumise, parfait contrepoids à la lourdeur contemporaine et au brouhaha ambiant, entre pop d’aube et country céleste. Un solo de guitare venant dépasser l’orage, comme pour mieux regarder l’horizon les yeux dans les yeux. Dans quelques jours, La Vieille Dame va retrouver les isoloirs. Elle va choisir. Nous allons choisir. 

Programmation musicale

Maxime Le Forestier, Comme un arbre / Rhye, Count to five

Carte blanche

Maxime Le Forestier a choisi de lire un texte d'Aragon.

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