Il est le "pape ultime du soulier", "le seigneur de la grolle", "le prince de la pompe" ! À dix jours d’une grande exposition au Palais de la Porte Dorée et pudiquement intitulée, "L’Exhibitionniste", il est venu nous parler de lignes, de désirs et de pieds. Christian Louboutin est l'invité d'Augustin Trapenard.

Christian Louboutin au Metropolitan Museum of Art en mai 2018 à New-York
Christian Louboutin au Metropolitan Museum of Art en mai 2018 à New-York © Getty / Dia Dipasupil

Ses souliers à semelles rouges sont devenus iconiques au point de faire de son nom une référence dans la Pop Culture, autant qu'un symbole du désir et du luxe.  

L'Exhibitionniste, son exposition au Palais de la Porte Dorée, nous plonge dans son imaginaire foisonnant et spectaculaire, au gré d'installations, de pièces uniques et d'œuvres d'art. 

Un voyage spectaculaire, témoignant d'une insatiable curiosité, d'une imagination débordante et d'une recherche continue du Beau. 

On parle de fétiches, de désirs, de plumes et de peau, d'Égypte, d'art, de sens, avec Christian Louboutin, invité de Boomerang.  

Carte blanche

Pour sa carte blanche, Christian Louboutin a écrit un texte inédit.  :

"Écrire a toujours été un exercice particulier pour moi. Je dessine sans réfléchir - des souliers essentiellement - je griffonne des notes, rédige parfois un texte pour une remise de prix mais je n’ai jamais eu l’occasion d’écrire un texte que je lirais à la radio. Vertige…

C’est là que j’aurais aimé savoir chanter. J’aurais certainement repris Peau d’Âne a capella. Étonnamment, j’adore Jacques Demy et son talent pour imaginer des univers qui nous transportent. Quand le film est sorti dans les années soixante-dix, je m’intéressais assez peu au cinéma français. J’étais trop jeune pour un cinéma si pâle et désenchanté. Je fréquentais plus assidûment les strapontins de l’Athéna et de l’Avron - deux cinémas près de chez moi - que les bancs du lycée Paul Valéry. Ils y passaient des films indiens et égyptiens. J’étais fasciné par la féminité débordante de Youssra et par le génie qu’a Youssef Chahine pour retranscrire le bouillonnement de la vie cairote. Satyajit Ray me passionnait et Sridevi prolongeait sa célèbre danse du serpent jusque dans mes rêves, les transformant en des fresques musicales nocturnes et berçantes.

Pardon, je digresse. Écrire un texte pour la radio… choisir un sujet… Je n’ai jamais su choisir, j’ai la curiosité insatiable. Je parlerais probablement de voyages, de cet attrait pour l’ailleurs que j’ai depuis toujours, fils de bretons, ayant passé nombre d’étés à regarder loin derrière la mer, du côté de Saint-Malo, mon deuxième prénom. J’imaginais des contrées qui m’étaient inconnues mais dont l’évocation suffisait à me transporter. La Haute-Volta, l’Abyssinie, Madagascar et ses lémuriens, l’Île de Pâques, Oulan-Bator… Je rêvais de ces peuples, imaginant ce que pouvaient être leurs dialectes et leurs légendes, dessinant sur des cartes les tours et les détours qu’il me faudrait emprunter pour les visiter. Depuis, j’ai arpenté les sommets du Bhoutan, les architectures utopiques de Brasilia, une bonne partie de la Route de la Soie et le trafic insensé de Manille. Je me suis découvert une lignée égyptienne et j’ai traversé la frontière pakistanaise, à pied, à la recherche du dernier spécialiste de la miniature moghole. 

Mais choisir de parler de voyages, serait aussi renoncer à parler de femmes, de toutes les femmes, les grandes, les minces, les enveloppées, les assumées, les girondes, les rablettes, les amoureuses, les précieuses et les dangereuses, les bavardes et les insoumises. Celles qui se cherchent, celles qui se trouvent, celles devenues femmes, celles qui "vivent à toute berzingue" et celles qui prennent le temps de vivre et d’admirer ce qui les entourent. Toutes ces muses à qui j’ai dédié ma vie. 

Je m’adresserais aussi à tous ceux qui voient le talon haut comme un moyen d’asservir la femme, de l’ériger en fantasme, ceux-là même qui pensent que les femmes ne sont pas assez intelligentes, fortes et indépendantes pour porter des talons par choix et non pas pour plaire aux autres ou à nous les hommes.

Je parlerais volontiers de courbe, des courbes du corps, de celles de Niemeyer ou d’Allen Jones qui sont mes maîtres en la matière. La courbe d’un trait ou d’un coup de pied, la posture, la démarche que l’arche d’un soulier insuffle au corps.   

Je parlerais assurément d’artisans, ces héros qui me suivent depuis le début et qui vivent pour sauver des savoir-faire souvent en péril : Jean-François Lesage, les dinandiers de L’Orfebreria Villareal à Séville, les Andrieux à la Maison du Vitrail, Sabyasachi Mukherjee. 

Il y a aussi les artisans qui sont des artistes : Line Vautrin, Victoire de Castellane, Janine Janet ou les Whitaker Malem. 

Et des artistes tout court : Clovis Trouille, David Rochline, Pierre et Gilles, Imran Qureshi, Lisa Reihana, Evynd Earle. Certains sont de nouvelles rencontres et d’autres sont depuis presque toujours à mes côtés. 

Voila. Si je devais écrire un texte à lire à la radio, il serait à mon image, en tout cas ce que j’entends souvent de moi, foutraque mais éclectique, la version augmentée d’un inventaire à la Prévert qui ferait du mélange des genres, des savoir-faire, des époques et des cultures, une force, reléguant la notion très en vogue de l’appropriation culturelle à un discours sinistre et tellement réducteur. 

Moi, j’aime la libre circulation des idées, des pensées, des esthétiques et des influences assumées. C’est une chance que tout se mélange partout et par tous les temps et que les gens puissent se nourrir les uns des autres et finalement apprendre à s’aimer. "

L'exposition

Retrouvez toutes les informations concernant l'exposition, "L'exhibitionniste", du 26 février au 26 juillet 2020, au Palais de la Porte Dorée en cliquant ici.

Programmation musicale

  • Lee Hazelwood - Those boots are made for walking
  • P.R2B – La Chanson du Bal
Programmation musicale
L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.