La chanson est un art auquel elle a consacré sa vie. Elle publie ces jours-ci, « Chansons sur toi et nous », retour intime et intransigeant sur près de soixante ans de textes et de mélodies. Si rare dans les médias, elle nous fait l’amitié de sa parole ce matin.

Françoise Hardy en 2012
Françoise Hardy en 2012 © Getty / Serge BENHAMOU/Gamma-Rapho

En près de six décennies d'écriture, son exigence sans pareille, lui a permis de construire un répertoire qui frappe par sa rigueur, son excellence et son caractère intemporel. Dans "Chansons sur toi et nous" (éditions des équateurs) elle revient, exemples à l'appui, sur cet art dont elle est devenue l'une des grandes représentantes. On parle de mélodie, mais aussi de réalisation, d'amour et d'orchestrations avec Françoise Hardy, invitée de Boomerang

Extraits de l'entretien

Augustin Trapenard : Qu'est ce qu'une bonne chanson ? Est-ce simplement une belle mélodie ? 

Françoise Hardy : "Pour faire une bonne chanson, il faut avoir le feeling, l'instinct. Pour moi c'est une histoire de mélodie : pour que j'écrive quelque chose de valable, il fallait que la mélodie me touche profondément"

Mais comment fait-on pour que le rythme de la phrase épouse celui de la mélodie ? 

"Pour écrire, je découpe toute la mélodie en fonction des pieds et des temps forts. Le travail d'écriture implique donc qu'on écoute une mélodie je ne sais combien de fois : c'est pour ça que je suis exigeante, sinon je ne peux pas écrire ! Une mélodie magique c'est une mélodie qu'on a immédiatement envie de ré entendre"

"Pour mon premier album, on a enregistré en très peu de temps, donc les orchestrations ne me plaisaient pas du tout ! Ce que je voulais pour Tous les garçons et toutes les filles au départ c'était des guitares planantes, comme celles des Shadows"

Ecrire pour sublimer la douleur 

La beauté permet d'atteindre cette transcendance, diriez-vous que cela soigne aussi ? 

"Ça soigne provisoirement. Lorsque l'on termine d'écrire un texte sur une belle mélodie, on est vraiment heureux. C'est comme une déclaration à l'autre, et ça fait du bien. Je n'ai jamais pu faire de déclarations à Jacques dans les termes choisis et souvent très beaux des textes de chansons."

Vous est-il arrivé de penser que si vous aviez été plus heureuse en amour, alors vous n'auriez pas écrit autant de belles choses? 

"Oui bien-sûr. Je n'aurais pas pu écrire tous ces textes si je n'avais pas autant souffert dans ma vie personnelle... Ecrire c'est toujours la sublimation d'une douleur. Cette sublimation a quelque chose de transcendant. Ca soigne provisoirement : on est vraiment heureux après l'écriture."

Le titre Je suis de trop ici vous a valu beaucoup de compliments et notamment de Serge Gainsbourg. Que vous a-t-il dit exactement ?

"La chanson Je suis de trop ici, c'est vraiment du vécu. L'homme c'était Jacques, et la femme ce n'était pas moi. Quand Gainsbourg m'a complimentée sur cette chanson, je n'ai pas pu m'empêcher de penser qu'il avait aussi connu et vécu ces sentiments"

Partir, c'est quelque chose qui vous fait peur ? 

"J'ai peur de souffrir plus que je souffre actuellement. Mais la mort c'est celle du corps, pas celle de la personne en entier. Quand le corps devient HS, il rend l'âme : il la libère, l'âme retourne là d'où elle vient, enrichie par tout ce qu'elle aura appris dans son incarnation. Je n'ai pas la moindre idée de comment ça se passe, mais je crois vraiment à cet au-delà."

Qu'est ce qui vous aura le plus enrichi ? 

"Les expériences que l'on fait dans la vie, par exemple le fait d'avoir beaucoup de frustration sur le plan sentimental, cela m'a aidé à comprendre beaucoup de choses. La qualité la plus primordiale est de savoir aimer. Énormément de gens, dont moi, croient aimer mais aiment mal, voire n'aiment pas du tout. Ils prennent sans donner. Aimer c'est être à l'écoute, faire des efforts pour comprendre l'autre"

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Programmation musicale

Pour cette émission, Françoise Hardy a choisi de diffuser les titres suivants  :

  • L'Amitié (texte : Jean-Max Rivière, musique : Gérard Bourgeois) 
  • Partir quand même (texte : Françoise Hardy / musique : Jacques Dutronc)
  • Je suis de trop ici (texte Françoise Hardy / musique : Jean-Noël Chaléat)
  • Tant de belles choses (texte : Françoise Hardy / musique : Pascale Daniel, Alain Lubrano)
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