Il considéré comme "l'auteur tragique le plus drôle de sa génération". Son théâtre est celui de l'histoire et de la mémoire. Jean-Claude Grumberg est l'invité d'Augustin Trapenard.

Jean-Claude Grumberg
Jean-Claude Grumberg © Frédéric Nauczyciel

Dans Votre maman, il nous raconte l'histoire d'une femme à la mémoire chancelante, qui se débat entre un présent qu'elle oublie et les heures sombres d'un passé qui ne cesse de resurgir. Une pièce hantée par le spectre de l'occupation, de la déportation et du génocide, présentée au Théâtre de l'Atelier à partir du 19 avril, dans une mise en scène de Charles Tordjman, avec Catherine Hiegel, Bruno Putzulu, Philippe Fretun.

Extraits de l'émission

Carte blanche

Pour sa carte blanche, Jean-Claude Grumberg a choisi de nous lire un texte, Une vie de "on"

“On” est né et aussitôt “On” fut classé youtre, youpin, youvence, alors “On” a dû cacher son nez, changer son nom, coincer son zizi dans des langes, passer la ligne en fraude bardé de faux papiers de baptême identitaire, puis “On” a attendu que ça se tasse...

C’est drôle non ce que cette histoire de con aura pu préoccuper “On” tout le long, le long de sa vie de “On”...

Après “On” a été à l’école, comme les autres, appris à lire Les Pieds- Nickelés, à écrire, profession du père : déporté. Puis “On” a quitté l’école et, très fier, “On” a appris le métier de tailleur.
Mais “On” était pas doué, bien que fils et petit-fils de tailleurs, garantis clandestins sans papiers, disparus qui plus est, ratatinés, ratiboisés, quelque part ailleurs avec plein d’autres tailleurs pour hommes dames et enfants, “On” a jamais été foutu, malgré les lois héréditaires, de couper, ni de monter, ni de faire une belle poche passepoilée.

“On” était désespéré, à ce métier “On” ne pouvait se faire – faire et défaire c’est toujours travailler mais c’est pas payé pareil. Alors “On” a fait du théâtre, par hasard comme “On” a tout fait – pour fuir le métier de ses pères, tous tailleurs, apiéceurs, rapiéceurs...

D’abord “On” a appris à jouer, “On” s’est pris pour un acteur, “On” a eu la folie des grandeurs, seulement personne n’y a cru, alors “On” a eu beaucoup de temps libre, alors “On” a écrit des pièces, des courtes, des longues, et à la longue “On” a été joué. Et “On” a eu du succès, “On” a pas bien supporté, “On” était très bien préparé à l’échec, le succès a pris “On” de court et puis peu à peu l’a aigri. “On” s’est senti perdu.

Alors pour retrouver ses père et mère “On” a écrit une pièce et “On” l’a jouée, “On” y était patron d’un atelier de confection, “On” a eu encore du succès, “On” a très mal supporté ça, “On” en est tombé malade alors “On” s’est soigné, pendant qu’“On” se soignait “On” a pas vu le temps passer, “On” a vieilli, tout a filé... “On” peut pas dire qu’on s’est beaucoup marré mais “On” s’est pas trop fait chier non plus.

“On” a encore écrit, “On” a relu beaucoup, en fait “On” a très peu écrit, “On” a pas eu le temps, vraiment trop préoccupé, absorbé, obnu- bilé par cette histoire de “On” youtre, youpin, youvence, “On” est devenu, cahin-caha, un vieux garçon, apeuré et braillard écrivain fran- çais de son état...“On” a écrit ça, contraint et forcé, comme “On” a écrit tout le reste : comme “On” a pu...

Programmation musicale

Gilbert Bécaud, Le rideau rouge / Depeche Mode, Where’s the revolution

ALLER + LOIN I Catherine Hiegel et Bruno Putzulu, invités de La Bande originale

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