En raison des circonstances exceptionnelles liées au Covid-19, Boomerang vous propose de redécouvrir certains de ses plus grands entretiens. Aujourd'hui, dans le cadre d'une quinzaine consacrée au cinéma, le cinéaste britannique Ken Loach, reçu en octobre 2019 pour son film "Sorry we missed you".

Ken, Loach en octobre 2019 à Londres
Ken, Loach en octobre 2019 à Londres © Getty / Keith Mayhew/SOPA Images/LightRocket

Il est considéré comme l’un des plus grands réalisateurs britanniques vivants. Depuis cinq décennies, il met en scène les limites, les dérives et les évolutions d’un capitalisme de plus en plus sauvage. Il a remporté deux fois la Palme d'Or à Cannes, pour "Le vent se lève" et "Moi, Daniel Blake". Ken Loach était dans Boomerang. 

Le mot d'Augustin

Je me souviens qu’il était entré dans le studio et m’avait demandé sans autre forme de procès comment je m’appelais. Comment je m’appelais vraiment. Comment les gens m’appelaient. Il me regardait droit dans les yeux, derrière ses petites lunettes et son air de ne pas y toucher. Je me souviens que j’étais comme hypnotisé - et que je bloquais sur son visage. La façon dont il s’animait avec passion chaque fois qu’une question politique lui était posée. Les signes de la pudeur, le regard de côté ou dans le vide, quand venait l’intime, l’histoire personnelle et familiale. Son étonnement, surtout, un haussement de sourcil, quand l’interrogation venait à porter sur son métier. Je voulais aller plus loin que le discours militant qu’il étayait de plateau en plateau... pour interroger ses images. La mise en scène de l’abattement, notamment - sur laquelle on ne le questionne jamais mais qui fait pourtant la singularité de son travail. Comment filmer l’épuisement sur un visage, par exemple ? Comment dérouler par des images la machine infernale du capitalisme sauvage ? Comment incarner une idée ? Il avait répondu à tout cela, et s’était amusé, en sortant, d’avoir un peu parlé de cinéma.

Programmation musicale

THE ANIMALS – Don’t let me be misunderstood

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