Comédienne, inoubliable chez Luis Bunuel, Werner Schroeter, Bertrand Blier, Michel Blanc ou encore André Téchiné, c’est en psychanalyste de haut vol, qu’on la retrouve dans "En thérapie", la nouvelle série d’arte. Carole Bouquet est l'invitée d'Augustin Trapenard.

Carole Bouquet en 2019 à Monaco
Carole Bouquet en 2019 à Monaco © Getty / Jacques Witt / SC Pool - Corbis

Comédienne discrète et mystérieuse, on la retrouve à partir du 28 janvier sur le site d'arte dans "En thérapie", une série signée par le duo Nakache/Toledano, diffusée à partir du 11 février. Une succession de face-à-face tendus et haletants. On parle d'écoute, d'attentat, de confiance, d'écriture, d'interrogation et de plaisir avec Carole Bouquet, invitée de Boomerang

Extraits de l'entretien

Se voir, s’entendre, s’écouter 

Carole Bouquet  : "Moins on se touche, moins on s'écoute. On est de plus en plus à l'intérieur de soi. Enfin, je parle pour moi, mais je pense que c'est la même chose pour les autres. 

J’ai besoin de la parole de l’autre. Je n’ai pas fait d’étude secondaire, parce que je n'étais pas capable d'être dans un amphithéâtre sans avoir un maître qui s'adresse vraiment à moi. Il faut que les propos soient incarnés. 

Je suis très myope quand j'ai commencé à travailler, je ne mettais pas de lentilles parce que j'avais très peur de la caméra et que ça me protégeait de ne rien voir. Donc je ne voyais pas du tout les acteurs avec qui je tournais. Cela ne me gênait pas. 

Puis un jour, sur les conseils du père de mon fils Dimitri et comme je commençais à avoir moins peur, j’ai mis des lentilles. J'ai eu une nomination aux César en tant que meilleure actrice dans un second rôle. Peut-être parce qu'effectivement, je répondais à l'acteur vraiment en face. 

En ce moment, on est privé de cette incarnation. Comme je vais chercher ma petite-fille à la crèche, j’ai appris, que les petits commencent à rencontrer des difficultés pour apprendre à parler, et à articuler. 

Il arrive qu’un partenaire de cinéma s’écoute trop. Cela m’attendrit. 

Un climat peu propice à l’insouciance 

On a tourné la série dans un contexte de violence : la crise des gilets jaunes. Le pays n'était pas apaisé. Personne ne me le demande, mais je n'aimerais pas avoir 20 ans en ce moment. Tout devient difficile. Moi, j'étais très insouciante quand j'avais 18 ans, 20 ans. Et les jeunes n’y ont plus le droit. 

Avec les attentats, et le confinement, on est sur le qui-vive en permanence. On a peur de l’autre. Je ne trouve pas ça très sain. Moi, j'aime bien m'asseoir à une terrasse de café et regarder le temps qui passe. Là, en ce moment, je souffre. 

On ne peut pas aller à un concert sans les musiciens. Quand je vais écouter de la musique, j’ai l’impression que l’interprète joue pour moi. J’en ai besoin ? C’est une nourriture ! 

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

L’écriture scénaristique 

C'est une écriture très particulière. L'écriture cinématographique est un langage à part Ce n'est pas du tout comme écrire un roman ou une nouvelle. Jean-Claude Carrière, qui a créé la Fémis qui dispense des cours de scénario, a été extrêmement malheureux parce qu'il y avait peu de candidats pour apprendre à écrire un scénario. 

Un bon scénario est écrit pour faire des images. Je savais en lisant celui de Trop belle pour toi, qu'à l'arrivée, ça ferait un film magnifique parce qu’il contenait énormément de dialogues. Puis dès qu’on arrive sur le plateau, après quelques minutes on sait si le film sera bien ou pas. On le voit à la qualité de l’éclairage, du cadrage… 

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

La série tv espace de liberté 

C’est à la télévision aujourd’hui que les metteurs en scène et les scénaristes ont le plus de liberté, le plus de financement. Jouer au cinéma ne dépend pas de moi. Moi, je fais ce qu'on me demande de faire… Même s’il m’arrive de dire non. 

L’expérience James Bond 

Quand j’étais jeune je refusais beaucoup de propositions de façon contradictoire. J’ai décliné un rôle dans un James Bond à 20 ans. J’avais déjà joué Cet obscur objet du désir. Jouer dans ce type de film n’allait pas m’aider à apprendre mon métier parce que je savais que c’était pour ma bobine de madone que Buñuel m’avait choisie pour son film, et non pour mes talents d’actrice. 

Mais quand on m’a proposé un rôle dans un nouveau James Bond deux ans plus tard j’ai dit oui. J’étais en train de travailler sur l’écriture du Jour des idiots un film de Werner Schroeter donc à l’opposé de cet univers d’espion. Autour de moi, en Toscane, il y avait Roberto Benigni, son producteur et Jean-Pierre Rassam. On m’a demandé au téléphone si je voulais faire le James Bond. Il fallait une réponse tout de suite. Et les trois garçons autour de moi m’ont poussée à le faire. 

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Je savais que j’allais m’y ennuyer, et ça n’a pas raté ! Je faisais semblant de nager dans un bocal, en maillot de bain, sur du sable, dans un studio ! Moi, ce que je voulais, c’était raconter des histoires. 

Le cinéma a permis d’être moins timide 

Je suis très timide, même si je le suis moins. Le cinéma m’a apporté tellement de choses… Il m’a sauvé la vie à 13 ou 14 ans. J'allais au cinéma parce que c'était une fenêtre sur le monde. J'avais l'impression que je regardais à travers une serrure. Et puis je voyais le monde, et la vie des autres gens. 

J'allais au cinéma des Champs Elysées qui passait les mêmes films en boucle. Je continue quand je roule en voiture la nuit à regarder les lumières allumées, et j’invente ce qu’il se passe chez eux, qui, bien sûr, est plus intéressant que ce qu’il a lieu chez moi ! 

Et aussi : 

"La nourriture n'est pas que matérielle ! Si on ne me donne pas à manger intellectuellement, j'en souffre ! Si on ne peut pas voir les autres jouer, voir de la musique en direct … tout le monde souffre ! C'est un manque immense, grave !"

"Les mots, c'est ce qui peut tuer le plus facilement. Plus d'une fois j'ai failli mourir à cause des mots des autres... Ca peut être extrêmement violent !"

La suite est à écouter....

Aller plus loin sur la série "En Thérapie"

Programmation musicale

  • THE PLATTERS – Twilight Time
  • BENJAMIN BIOLAY - Comme une voiture volée
Les invités
Programmation musicale
L'équipe