Ce matin, direction l'Espagne avec un auteur qui se définit lui-même comme "écrivain européen". Il nous a donné rendez-vous à Empuries, en Catalogne, à une quarantaine de kilomètres de la ville de Gérone où il a grandit. Javier Cercas est l'invité de Boomerang à l'heure européenne.

L'écrivain espagnol Javier Cercas
L'écrivain espagnol Javier Cercas © Getty / Leonardo Cendamo

Fervent défenseur d'une Europe culturelle, pourfendeur des nationalismes, il explore la mémoire de son pays et les heures sombres du franquisme dans Les soldats de Salamine, L'imposteur ou Le monarque des ombres. Il nous parle de Don Quichotte, de Catalogne, de ce que l'Europe a apporté à son pays et des limites de la construction européenne, mais aussi de langues au pluriel. Javier Cercas est l'invité de Boomerang à l'heure européenne. 

Lecture - Extrait du Monarque des ombres (Actes Sud) de Javier Cercas

"Je vis mon livre entier et vrai, mon récit réel complet, et je sus qu'il ne me restait qu'à l'écrire, le mettre au propre puisqu'il était dans ma tête depuis son début jusqu'à la fin, cette fin où un vieux journaliste raté et heureux fume et boit du whisky dans le wagon-restaurant d'un train de nuit qui traverse la campagne française, parmi des gens heureux qui dînent et des serveurs à nœud papillon noir, tandis qu'il pense à un homme fini qui eut le courage et l'instinct de la vertu et pour cela ne se trompa jamais ou ne s'est pas trompé au seul moment où il fut vraiment important de ne pas se tromper, et qu'il pense aussi à un homme qui fut intègre et courageux et on ne peut plus pur, ainsi qu'au livre hypothétique qui le ressuscitera quand il sera mort, et alors ce journaliste regarde son reflet attristé et vieilli sur la fenêtre que lèche la nuit jusqu'à ce que reflet se dissipe lentement pour laisser apparaître un interminable désert ardent et un soldat seul, brandissant le drapeau d'un pays qui n'est pas le sien, d'un pays qui est tous les pays à la fois et qui n'existe que parce que ce soldat brandit son drapeau renié, soldat jeune, déguenillé, poussiéreux et anonyme, infiniment minuscule dans cette mer flamboyante de sable infini, marchant de l'avant sous le soleil noir de la fenêtre, sans savoir très bien où il va, ni avec qui, ni pourquoi, sans y attacher grande importance, pourvu que ce soit de l'avant, de l'avant, de l'avant, toujours de l'avant."

Programmation musicale

Manu Chao - Desaparecido

Bertrand Belin - Nuits Bleues

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