En raison des circonstances exceptionnelles liées au Covid 19, Boomerang vous propose de redécouvrir certains de ses plus grands entretiens. Aujourd'hui le cinéaste Wong Kar-Wai, reçu par Augustin Trapenard en octobre 2017.

Wong Kar Wai en 2016 à Xining
Wong Kar Wai en 2016 à Xining © Getty / Visual China Group

Il y a vingt ans, son film Happy Together recevait le prix de la mise en scène au Festival de Cannes. Ont suivi le désormais culte In the mood for love, César du meilleur film étranger, ou encore 2046 ou _My blueberry nights_. Son cinéma nous parle de mélancolie, de solitude et d'amour impossible, au gré d'images en clair obscur, au ralenti ou en accéléré. 

En octobre 2017, Augustin Trapenard le recevait à l'occasion du Prix qui lui était décerné au Festival Lumière à Lyon. Wong Kar-Wai était dans Boomerang

Le mot d'Augustin

Je me souviens, étrangement, du lit de la chambre d’hôtel. C’était une matinée d’Automne à Lyon. On avait fait l’aller-retour dans la journée, Pierre et moi, pour le rencontrer, alors que lui était remis le Prix Lumière pour l’ensemble de son œuvre. À peine quelques minutes après avoir branché les micros, sur une petite table basse devant le grand blanc, il était comme par magie assis en face de moi, et j’avais l’impression d’être plongé dans son cinéma. Du premier plan qui l’avait marqué (une femme à moitié nue dans une baignoire vue à l’âge de 5 ans dans une salle de Hong Kong) jusqu’aux visions que lui évoquaient encore les notes du thème de son film « In the Mood for Love », il était toujours question d’images éclairées par le filtre du souvenir. Je me souviens d’ailleurs qu’à l’entendre, tout son cinéma reposait sur une mise en scène sensible du temps. Le temps qui s’étire, qui se condense, qui se déplace. Qu’il s’agisse d’amour, de solitude ou même d’ennui, plongée dans la mélancolie claire obscure des volutes de fumée, la beauté reposait toujours pour lui sur le saisissement du temps. Et je me souviens qu’au milieu de l’entretien, précisément, j’avais eu le sentiment qu’il s’était arrêté, le temps. J’avais envie de fumer, de rêvasser et de l’écouter, allongé sur ce grand lit blanc.

Programmation musicale

THE TURTLES - Happy Together

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