Ce matin direction la Grèce avec un écrivain francophile et francophone, qui depuis la fin du régime des colonels, est devenu un habitué des vols Paris-Athènes. C’est à Athènes, justement, qu'il a donné rendez-vous à Augustin Trapenard. Vassilis Alexakis est l'invité de "Boomerang" à l'heure européenne.

L'écrivain grec Vassilis Alexakis
L'écrivain grec Vassilis Alexakis © AFP / Ulf Andersen / Aurimages

Installé en France depuis l'arrivée au pouvoir des colonels en 1967, son histoire avec l'Europe est celle d'un déchirement intime et linguistique fait d'allers-retours. 

Il nous parle de la crise de la dette grecque, mais aussi d'une enfance dans la Grèce d'après guerre, de son amour de la langue, d'Eugène Ionesco et de son gout pour l'absurde.

Vassilis Alexakis est l'invité de Boomerang à l'heure européenne. 

Extrait de Paris-Athènes de Vassilis Alexakis

"Je n'ai nulle envie de me brouiller avec le français. Tant pis si certains Français ne comprennent pas qu'on puisse écrire dans une langue étrangère par goût, délibérément. Tant pis s'ils considèrent que les ouvrages écrits par des étrangers en français ne méritent l'attention que s'ils garantissent le dépaysement. (…) Tant pis si l'on désapprouve mes allées et venues entre deux langues, si l'on y voit le signe d'une déplorable légèreté. Je continuerai à écrire en français tant que j'en aurai envie – tant que je vivrai dans ce pays, probablement. Il se peut que je doive un jour me séparer de cette langue, il se peut que ce jour soit proche. Mais il n'y a aucune raison qu'on se sépare en mauvais termes. Je suis incapable de dire après toutes ces années où j'ai vu défiler devant mes yeux tant de mots français, souvent écrits de ma propre main, où j'ai entendu tant de mots français, ce que le français m'a apporté exactement. Je pense que c'est beaucoup. Je lui dois mes romans – mais il me les doit aussi. Je sais bien qu'ils ne représentent rien au sein de cette formidable montagne de livres qui sont produits tous les ans en France. Ce rien c'est cependant ce que je pouvais faire de mieux. Aucun de mes textes n'a jamais été traduit en français par un autre que moi : c'est la seule expérience qui me manque dans ce domaine. Dois-je me mettre en quête d'une traductrice ? À quoi ressemblerait un texte français signé par moi mais écrit par quelqu'un d'autre? J'ai vécu l'expérience inverse: un de mes romans, le dernier, a été traduit en grec par une traductrice professionnelle. J'eus un sentiment étrange en lisant la version grecque : elle était très fidèle, et en même temps tout était légèrement différent. Je reconnaissais chaque phrase, mais je ne reconnaissais pas ma main. C'est probablement ma lassitude qui vient d'engendrer cette question: si j'avais deux traductrices, l'une en Grèce, l'autre en France, serait-il encore nécessaire que je continue à écrire? Ne pourraient-elles pas s'arranger entre elles ?"

Programmation musicale

George Moustaki/Eddie Salem – Les enfants du Pirée

Joan PAPCOSTANTINO – J’sais pas

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