Depuis quatorze ans, elle élargit notre champ de vision en écrivant depuis les marges de notre société, réinventant, livre après livre, identités, corps et désirs."Rouge Impératrice", son dernier roman, plus ambitieux que jamais, vient de paraître chez Grasset. Léonora Miano est l'invitée d'Augustin Trapenard.

Leonora Miano
Leonora Miano © AFP / Ulf Andersen / Aurimages

Dans "Rouge Impératrice", elle nous raconte une histoire d’amour sur un continent africain prospère, autonome et unifié, sur fond de conflits identitaires, de sororités et de renversements épistémologiques

On parle de Toni Morrison, d'imaginaire, de racisme et de réinvention du langage avec Léonora Miano, invitée de Boomerang

Carte blanche de Léonora Miano

Un texte inédit : L'autre langue des femmes

"La reine Nzinga doit s’entretenir avec les émissaires de la couronne portugaise. Il n’a pas été prévu de siège à son intention. Il faut prendre place à même le sol ou rester debout. Ses interlocuteurs sont hommes, assis et blancs, ce dernier qualificatif restituant surtout leur vision d’eux-mêmes.

Ce qui se joue dépasse les individus impliqués. Il s’agit de déterminer le statut des groupes humains. Nzinga s’assied sur le dos d’une servante agenouillée. La gravure célèbre qui immortalise ce moment présente la subalterne à quatre pattes.

Laquelle de ces femmes incarne la puissance ? La reine qui affirma son autorité et sa légitimité sur ses terres ancestrales ? La servante sans laquelle il n’y aurait pas eu de souveraine, seulement l’être inférieur que voulaient voir les étrangers ? La puissance émane-t-elle du corps que forment ensemble ces deux femmes ? Pour cela, il aurait fallu une entente entre elles… Plus qu’un équilibre, une égalité fondée sur la reconnaissance de l’une par l’autre. 

La scène est muette. Cependant, l’histoire a répondu à la question m’obsède. L’histoire n’a retenu que le nom de la reine, pas celui de celle qui, offrant son corps, son silence et son endurance, permit qu’un peuple ne soit pas humilié. Et si l’histoire ne glorifie que Nzinga, c’est parce que la parole féminine la plus audible est habitée par la centralité du masculin. Nzinga est glorieuse parce qu’elle défie les hommes, les bat à tous leurs jeux. 

Nzinga est une héroïne parce qu’elle mérite ce titre, mais aussi parce que nous n’avons de la puissance qu’une vision virile et verticale. Même dans la parole des femmes. 

Je cherche une autre langue des femmes. Un langage étouffé. Une parole qui ne s’énonce pas enisme. Une voix qui dise d’abord la souveraineté du féminin et du masculin, avant d’évoquer leurs possibles relations".

Programmation musicale

DONNY HATHAWAY – A song for you

MALIK DJOUDI feat ETIENNE DAHO – A tes cotés

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