Au théâtre ou au cinéma, ses rôles de Zézette, Gigi ou encore Dame Ginette ont fait d'elle l'une de nos comédiennes les plus populaires. Marie-Anne Chazel est l'invitée d'Augustin Trapenard.

Marie-Anne Chazel en 2008 dans Vivement dimanche
Marie-Anne Chazel en 2008 dans Vivement dimanche © AFP / LECOEUVRE PHOTOTHEQUE / Collection ChristopheL

 C’est sur les planches du Théâtre des Variétés qu’on la retrouvera dès le 17 septembre pour La famille et le potager, une comédie déjantée, grinçante et volontiers macabre. On parle de la rentrée, de voix et de transformations, avec Marie-Anne Chazel, dans Boomerang. 

Extraits 

"J’ai découvert très jeune le plaisir de jouer. Dans une salle de théâtre, je deviens quelqu’un d’autre. Le jeu me permet d’oublier la banalité, de rendre les choses plus intéressantes."

"J’étais une adolescente timide, peu sûre de moi et très curieuse. J’ai découvert grâce à mes amis qu’on pouvait s’amuser dans la vie, faire des choses provocantes sans blesser personne"

"Le rire naît du ridicule et de la mise en danger. Il faut accepter de paraître laid ou grossier pour faire rire les autres."

"Dans les années post 68, je participais ardemment au MLF de Nanterre. On aidait des femmes en grande pauvreté. A cette époque l'avortement n'était pas autorisé. On avait le sentiment d'être utiles. Quand je pense aux talibans, je pleure. On est dans une régression du monde".

Carte blanche

Pour sa carte blanche, Marie-Anne Chazel a choisi de lire un extrait des "Vrilles de la vigne" de Colette : La Dame qui chante.

"La dame qui allait chanter se dirigea vers le piano, et je me senti tout à coup une âme féroce, une révolte concentrée et immobile de prisonnier. Pendant qu'elle chantait difficilement les jupes assises sa robe collée aux genoux comme une onde bombeuse, je lui souhaitais la syncope, la mort, ou même, la rupture simultanée de ses quatre jarretelles. 

Il restait encore quelques mètres à franchir. 30 secondes, l'espace d'un cataclysme. 

Avec une froideur insolente, je dévisageais la dame qui allait chanter, et je retins le ricanement, d'une diabolique joie à la trouver plus laide encore que je l'espérais. 

Et soudain, une note aiguë, un cri vibrant troua ma cervelle, hérissa la peau de mon échine. 

La dame chantait. A ce premier cri jailli du plus profond de sa poitrine, succéda la langueur d'une phrase nuancée par le mezzo le plus velouté, le plus plein, le plus tangible que j'eusse entendu jamais. 

Saisie, je relevais mon regard vers la dame qui chantait. Elle avait sûrement grandi depuis un instant. Sa bouche généreuse s'ouvrait et j'en voyais s'envoler les notes brûlantes, les unes pareilles à des bulles d'or, les autres, comme de rondes roses pures. 

Les trilles brillaient comme un ruisseau frémissant, comme une couleuvre fine, de lentes vocalises me caressaient comme une main tremblante et fraîches aux voix inoubliables. 

Au bas du buste tendu dans une immobilité passionnée, deux expressives petites mains tordaient leurs doigts nus, seuls, les yeux presque noirs, planaient au-dessus de nous, au-dessus de tout, aveugles et sereins.

2 min

Carte blanche de Marie-Anne Chazel : Les vrilles de la vigne

Par France Inter

Programmation musicale

  • LEONARD COHEN - I AM YOUR MAN
  • MALIK DJOUDI – POINT SENSIBLE

  

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