Aussi bien au cinéma chez Sautet, Zidi, Blier ou Corneau, qu’au théâtre sous la direction de Planchon, Grumberg ou Chéreau, elle a su imposer son inimitable gouaille et sa présence à la fois fragile et puissante. Myriam Boyer est l'invitée d'Augustin Trapenard.

Myriam Boyer en avril 2019
Myriam Boyer en avril 2019 © Getty / Foc Kan

Dans Le théâtre de ma vie, elle se raconte par le menu et revient sur une vie de combats, de rencontres et de mots, celle d'une transfuge de classe qui a trouvé sa place sur les planches et devant les caméras. Myriam Boyer est dans Boomerang.

Extraits de l'entretien

« Ce sentiment d’exclusion, que j’ai depuis toute petite, a fait la comédienne que je suis »

« Quand je suis arrivée à Paris dans les années 1960, ça a été très dur. Ceux dont on pense qu’ils ont réussi portent en eux une vraie violence »

« Quand Sara Forestier a parlé des violences faites aux femmes dans Boomerang sur France Inter, je me suis sentie comprise. Jusque là, j’avais l’impression de parler toute seule. »

« J'ai avancé toute ma vie. Pour la première fois, j'ai pris le temps de me retourner en écrivant ce livre et je ressens une vraie fierté »

Carte blanche

Pour sa carte blanche Myriam Boyer a choisi de lire un texte de Bernard-Marie Koltès. 

"La vraie tare de nos vies, ce sont les enfants; ils se conçoivent sans demander l’avis de personne, et, après, ils sont là, ils vous emmerdent toute la vie, ils attendent tranquillement de jouir du bonheur auquel on a travaillé toute notre vie et dont ils voudraient bien que l’on n’ait pas le temps de jouir. 

Il faudrait supprimer l’héritage : c’est cela qui pourrit les petites villes de province. Il faudrait changer le système de reproduction tout entier : les femmes devraient accoucher de cailloux : un caillou ne gêne personne, on le recueille délicatement, on le pose dans un coin du jardin, on l’oublie. Les cailloux devraient accoucher des arbres, l’arbre accoucherait d’un oiseau, l’oiseau d’un étang; des étangs sortiraient les loups, et les louves accoucheraient et allaiteraient des bébés humains. Je n’étais pas faite pour être une femme.

Mais je n’étais pas faite pour être un homme non plus ; encore moins, peut-être. Ils sont trop cons. Les hommes entre eux savent être des copains, quand ils s’aiment bien ils s’aiment bien, ils ne se tirent pas dans les pattes ; d’ailleurs, c’est parce qu’ils sont cons qu’ils ne se tirent pas dans les pattes, ils n’y pensent pas, il leur manque un ou deux étages par rapport à nous. Parce que les femmes, lorsqu’elles sont amies, elles se tirent gaiement dans les pattes ; elles s’aiment et, parce qu’elles s’aiment, tout le mal qu’elles peuvent vous faire, elles vous le font. C’est à cause des étages supplémentaires dans leurs têtes.

Ne dites jamais à quelqu’un que vous avez besoin de lui, ou que vous vous ennuyez de lui, ou que vous l’aimez, parce qu’alors il pense tout de suite que c’est une raison suffisante pour se croire arrivé, pour prétendre porter le pantalon, pour s’imaginer tenir les rênes, pour prendre des airs de petit malin; il ne faut jamais rien dire, rien du tout, sauf dans la colère, car alors on dit n’importe quoi. Mais, lorsqu’on n’est pas en colère, comme maintenant, et à moins d’être une fichue bavarde, il vaut mieux se taire."

Programmation musicale

  • MOULOUDJI – LE MAL DE PARIS
  • DRAKE – NO FRIENDS IN THE INDUSTRY
Les invités
  • Myriam BoyerComédienne, productrice, réalisatrice et scénariste
Programmation musicale
L'équipe