Cinéaste aussi rare qu’inclassable, on lui doit des films ô combien majeurs comme "Les amants du Pont Neuf" ou "Holy Motors". "Annette", son nouveau film, fera l'ouverture du prochain Festival de Cannes. Leos Carax est l'invité d'Augustin Trapenard.

Leos Carax en Corée en 2015
Leos Carax en Corée en 2015 © Maxppp / YONHAP/EPA/MaxPPP

Après neuf ans d’absence, Annette, son nouveau film, avec Marion Cotillard et Adam Driver,  est en compétition pour la Palme d’Or, et fera l’ouverture de la 74e édition du Festival de Cannes, dont le coup d’envoi sera donné mardi. Une comédie musicale absolument hors norme. Leos Carax est dans Boomerang. 

Eloge du risque

Léos Carax : 

Dans les écoles il faudrait apprendre aux enfants le courage et le sens du risque.

"Le cinéma est l’art de l’impossible ou du miracle, il faudrait pouvoir retrouver la force, l’éblouissement des débuts, lorsque les spectateurs assistaient incrédules à l’arrivée d'un train sur l’écran…"

"Les amants du pont neuf" (1991)

Léos Carax : "J’ai mis 10 ans à me remettre de ce film, mais si je ne l’avais pas  fini, j’étais fini. J’ai vécu d’autres situations difficiles mais jamais à ce point. J’ai passé trois ans bloqué sur Les amants du pont neuf".

Filmer l’amour

Léos Carax : "Boy Meets Girl ("Un garçon rencontre une fille"), c’est le titre de mon premier film et c’est le sujet le moins original qui soit. Ça m’était venu d’une anecdote d’Hitchcock lors d’une discussion avec Truffaut, un réalisateur se réveille la nuit avec une idée géniale qu’il note sur un bout de papier et se rendort. Le matin il lit, tout excité, cette fameuse idée géniale et c’est Boy meets girl…  Beaucoup de mes films ont été des films « Boy meets girl. »

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"Annette" (2021)

Leos Carax : "Je ne suis pas à l’origine d’Annette, ce sont les musiciens Les Sparks qui m’ont proposé le projet. Pour la première fois je ne filme pas la rencontre qui a lieu juste avant le début de l’histoire, ce qui est intéressant mais difficile.  Ce n’était pas évident de montrer la timidité, l’embarras des jeunes amants, sans ce moment-clé. 

[…] Le film montre un élan impossible, d’où mon recours à la vitesse, à la course,  à la danse et aux motos. Mais cet élan nourrit des choses, c’est la volonté d’échapper à la pesanteur et à la gravité, en amour comme partout".

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Quel effet produit la lumière dans vos films ?

Leos Carax : "Les trois quarts de mes films sont de nuit,  la lumière est un trou : ce qu’on éclaire est la seule chose qui existe. Les rares moments de jour sont filmés en lumière naturelle. J’ai fait trois films avec les chefs opérateurs Jean-Yves Escoffier et plus récemment Caroline Champetier, j’ai beaucoup de chance ! La lumière c’est un peu comme la musique, c’est très difficile d’en parler, si on n’a pas quelqu’un à côté de soi qui vous pige, on est perdu !

[…] Le métier de cinéaste c’est un métier de l’ombre. Quand on va à Cannes, on n’est plus cinéaste mais représentant de commerce".

Filmer la scène

Leos Carax : "Les deux artistes appartiennent au monde du stand up et à l’opéra auquel je ne connaissais rien (l’opéra).

[…]Pour avoir lu de nombreuses biographies d’artistes, je  pense que les grands comiques sont des gens très torturés. Il y a pas mal de types qui vomissent avant de franchir le rideau et de passer sur scène.

Se dire qu’il va falloir faire rire une salle de 1000 personnes c’est aussi terrifiant que de se retrouver à Cannes à poil…

Comédie musicale 

Leos Carax : 

C’est un genre qui donne une liberté folle, on peut être profond et grotesque à la fois, on peut avoir des émotions extrêmement contradictoires dans un même mouvement.

La comédie musicale est très liée au Show-business, c’est un genre qui montre les coulisses et la relation au public, ce sont de thèmes imposés par le sujet. Je n’avais jamais fait de film de genre, j’espère réinventer un petit peu le genre". 

La musique

Leos Carax : "J’aurais voulu une vie dans la musique, je ne vois pas de plus belle vie que de parcourir le monde avec sa voix, ses compositions ou son instrument. Mais la musique n’a pas voulu de moi, donc ça a été le cinéma !

Faire un film en musique est une vieille envie, je pensais que ce serait impossible parce que je ne suis pas un compositeur. La rencontre avec les Sparks est miraculeuse, j’écoute leur musique depuis que j’ai 12 ans".

La quête de beauté

Leos Carax : "La beauté d’une image de cinéma, c’est quelque chose de très intime, ça tient à l’illusion de "dejà-vu". Les philosophes ont beaucoup réfléchi à cela. Il s’agit d’une illusion d’avoir déjà vécu un moment, on appelle cela aussi un "souvenir du présent", qui dure une demie seconde. On ne peut pas le provoquer, mais quelque fois cela arrive quand on tourne.

Parfois, lorsqu’on filme deux corps qui arrivent l’un vers l’autre, l’image d’une nuque, un acteur qui danse... On a  la conviction qu’on est arrivé à destination."

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Programmation musicale

  • THE SPARKS – SO MAY WE START
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