Au printemps des monstres, son nouveau livre vient de paraitre et se présente déjà comme l’un des évènements de cette rentrée. Philippe Jaenada est l'invité d'Augustin Trapenard.

L'écrivain Philippe Jaenada en mars 2019
L'écrivain Philippe Jaenada en mars 2019 © Getty / Eric Fougere - Corbis

Depuis son livre sur l’affaire Sulak il y a huit ans, il se met en scène au gré d’enquêtes dans les arcanes des plus mystérieuses affaires criminelles. Au Printemps des monstres, son nouveau roman, est une plongée vertigineuse dans l’histoire de Lucien Léger, surnommé « L’étrangleur », condamné pour le meurtre d’un enfant au début des années soixante. Un texte redoutable, où le monstre n’est peut être pas celui qu’on croit. Philippe Jaenada est dans Boomerang. 

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CARTE BLANCHE

Pour sa carte blanche, Philippe Jaenada a écrit un texte inédit : 

"J’aimerais bien être peintre. On leur demande rien, aux peintres. Ils sont tranquilles dans leur atelier, ils peignent, voilà, ils n’ont besoin de rien – juste un œil, un cœur, une main, comme disait je sais plus quel maître chinois, ou japonais.

Ils ne demandent rien, on ne leur demande rien. Parfait. 

On ne leur demande pas d’être cultivés, éclairés, au courant de tout, intellos, ou sociologues. On ne leur demande pas ce qu’ils pensent des Gilets jaunes, du pass sanitaire ou de Zemmour. Salauds de peintres. On a moins de chance, nous, les écrivains. On nous demande d’analyser, de justifier, d’expliquer, de clarifier, d’être brillants et lucides, on attend ça de nous. On nous pose des questions, en croyant qu’on a les réponses. 

Alors que non, bien sûr. Du coup on doit faire semblant, et souvent on est ridicule, évidemment. 

Cézanne, il peint la Sainte-Victoire, on ne lui dit pas qu’il ne s’est pas foulé, qu’il aurait pu inventer une montagne. Surtout, on ne réclame pas son avis sur la déforestation ou le tourisme de randonnée. 

D’un autre côté, les peintres, les vivants en tout cas, tout le monde s’en fout. C’est le hic. Ils sont seuls dans leur atelier, à peindre, tout le temps. Nous, après le travail, on s’amuse, on fait les marioles dans les librairies et les salons du livre, des gens, des jolies filles, nous sourient ou nous tapotent, on rencontre des actrices et des ministres, on passe chez Trapenard...

Celui qui aurait fait un bon peintre, c’est Jean-Pierre Marielle

J’ai vu un documentaire sur lui, une interview, il était vieux, juste avant sa mort, ou plutôt juste avant qu’il perde la boule. La journaliste lui faisait remarquer qu’il aurait pu avoir une carrière plus brillante, plus étincelante : il n’aurait pas aimé davantage de premiers rôles ? Si, peut-être, mais ils ne sont pas venus tout seuls, et son truc, à lui, c’était de ne jamais rien demander, à personne. Ou une seule chose, en échange : « M’emmerdez pas. » C’est tout. Je veux pareil. Je veux aller chez Trapenard et me faire tapoter par des jolies filles, mais c’est tout. 

Pour le reste, je peux lui prendre sa devise, à Marielle, qu’il laisse derrière lui, « M’emmerdez pas ». Il est mort, j’ai le droit, je prends.

Extraits de l'entretien

"Le fait divers en lui-même n'a aucun intérêt, c'est le contraire de l'humanité: de la violence, de la bêtise. Mais c'est une porte qui permet d'aller vers la société et les gens"

"L'information est plus largement diffusée aujourd'hui qu'à l'époque, avec les chaines en continue, les réseaux sociaux, etc. Mais elle a le même effet sur l'opinion public. Si on ne prend pas assez de recul, on peut croire à tort que certains sont des monstres"

"J'avais gardé des années 1960 une image de légèreté, de rock and roll et de plein emploi. Mais en m'y replongeant pour l'écriture du livre, j'ai réalisé que ces années étaient plus sombres que ça: les gens étaient mal payés, mal logés, etc."

"J'ai un pacte avec les lecteurs: tout ce que je raconte sur le déroulement de l'affaire est exact. Je n'invente rien. En revanche, ce que je dis sur moi peut être inventé".

"Lucien Léger s'est enfermé dans le mensonge. Il était prit dans une carapace - monstrueuse pour le coup - qu'il s'était lui-même construite pendant ses années de prison et dont il ne pouvait plus sortir".

"Lucien Léger était qualifié de monstre. Lui-même disait qu'il était 'la graine qui poussait au printemps des monstres'. Mais le terme de monstre, dans le livre, désigne les personnages qui gravitent autour de lui"

"Le fait divers en lui-même n'a pas d'intérêt s'il ne permet pas de tirer des leçons sur le fonctionnement de l'âme humaine. Il y a toujours un drame, des passions, derrière tout fait divers". 

PROGRAMMATION MUSICALE

  • TOM WAITS - LITTLE DROPS OF POISON
  • CLARA LUCIANI - RESPIRE ENCORE   
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