Elle est romancière et travaille de son écriture ciselée et sensible, les motifs de la violence, de l’enfermement et de la mémoire. "Rien ne t’appartient", son nouveau roman vient de paraitre. Nathacha Appanah est l'invitée d'Augustin Trapenard.

Nathacha Appanah au Livre sur la place à Nancy en 2019
Nathacha Appanah au Livre sur la place à Nancy en 2019 © Maxppp / Alexandre Marchi

Depuis Les Rochers de Poudre d’or, en passant par Le dernier frère, Tropique de la violence ou encore Le ciel par-dessus le toit, elle continue de nous surprendre, livre après livre. Son nouveau roman Rien ne t'appartient vient de paraitre. C’est l’histoire d’une femme qui à la suite d’un deuil se retrouve engloutie par son passé. Nathacha Appanah est dans Boomerang

Carte blanche 

Pour sa carte blanche Nathacha Appanah a écrit un texte inédit : 

"La première chose que tu m’as dite quand tu m’as vue, avant bonjour, avant comment vas-tu, c’est : "mais pourquoi tu écris des choses pareilles ?" Tu as lancé les bras en l’air, jeté la tête en arrière comme si j’étais une enfant devant laquelle tu en avais assez de te répéter et tu as ajouté, le ton presque suppliant, le sourire un tantinet désabusé : "un jour j’aimerais que tu écrives quelque chose qui me fasse rire, qui soit gai."

Ca m’a tout de suite fait penser aux premières paroles d’une chanson de Mika dont le titre m’échappe. Elle me dit : écris une chanson contente, pas une chanson déprimante, une chanson que tout le monde aime.

Si je n’avais pas la langue dans ma poche quand je suis face à toi, j’aurais aimé t’expliquer que je cherche à écrire la vie comme elle est, qu’importe le rictus, la grimace, la sueur, l’odeur, le mot sale, le mot triste, le mot sexe, le mot mort.

Si j’avais le sens de la répartie, si je savais répondre du tac au tac, si je pouvais t’égratigner un peu et ne pas m’en vouloir, je t’aurais rétorqué : mais je n’écris pas pour toi.

Si je n’avais pas la langue dans ma poche quand je suis face à toi, je te dirai que si tu grattais un peu, si tu ne faisais pas que lire les mots comme les marionnettes qu’ils sont, comme d’autres se contentent de regarder les masques, les poker face, les resting bitch face, tu apercevrais la manière dont la lumière se glisse sous la porte fermée, tu devinerais l’amour se déployer dans l’ombre, tu verrais, enfin, que le cœur est cette chose avec des plumes.

Pourtant, j’entends bien que ce tu me dis c’est ça, en réalité : écris, enfin, un roman que tout le monde aime. Après tout ce temps, ça devrait être simple, non ?

Parce que face à toi, mes pensées rabougrissent comme des vieux petits pois, je n’ai pas su te dire que j’aimerais d’abord que tu m’aimes, moi, pour ce que je suis. Après tout ce temps, ça devrait être simple, non ?"

Extraits de l'entretien

'La loi sur l'avortement au Texas va produire de la discrimination sociale. Quand une femme a de l’argent, elle trouve toujours le moyen d’avorter, mais quand elle n’en a pas, elle est la première victime"

"Nous avons tous notre définition de la fille gâchée, selon nos traditions, notre culture et notre éducation. Dans mon texte, le personnage est une fille gâchée par la liberté qu’elle prend, par sa sensibilité à aimer"

"Heureusement qu’il y a les illusions. Je ne travaille que sur elles. Les idées qu’on a ne sont que des illusions, et parfois elles deviennent comme des marionnettes. On se dit que ce sont peut-être des rêves qui viennent d’une mémoire qu'on ne soupçonnait pas"

"J’ai eu une très belle enfance. J’étais une enfant très casse-coup, sportive, avec une vraie liberté dans mon corps. C'était aussi une enfance à rester dans un coin et à écouter. C'était là que je me sentais à ma place"

Programmation musicale

  • NINA SIMONE – If you knew
  • GAEL FAYE – Histoire d'amour
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