Il a fait les belles heures de la BD, puis le western a été oublié par les auteurs. Mais depuis quelques années, il revient avec des auteurs inspirés. "Amertume Apache" et "Jusqu'au dernier" renouvellent le genre avec des cow-boys à états d'âme tout en respectant la tradition des vengeances, des flingues.

Blueberry Couv Ed. Dargaud
Blueberry Couv Ed. Dargaud © Christophe Blain & Joan Sfarr

Blueberry, "Amertume Apache" - Joann Sfar & Christophe Blain

En voilà une belle affiche pour une légende. Le lieutenant Blueberry revient sous la plume un brin mélancolique de Joann Sfar et Christophe Blain. Le 1er tome de ce diptyque Amertume Apache débute, par un double tir de carabine, et la mort de deux Indiennes, la mère et la fille d'un guerrier Apache, Amertume. Le tueur, ou plutôt la tueuse, est la sœur de l'agresseur des deux Indiennes. Elle vit dans une communauté religieuse qu'on appelle tour à tour, les Dingues, les Malades. Pas de mystère dans ce nouvel opus. On sait qui sont les criminels et la communauté agressée. La bêtise crasse des premiers ne fait que renforcer la soif de vengeance des seconds. Et au milieu donc, notre bon vieux Lieutenant Blueberry qui connaît bien les Apaches, la cavalerie et Ruth la femme du commandant du Fort Navaro.

Vous ne me verrez plus Ruth. C'est ma dernière mission.

Blueberry Planche Ed. Dargaud
Blueberry Planche Ed. Dargaud / Christophe Blain & Joan Sfarr

Ce Blueberry a un goût de nostalgie avec un dessin aux couleurs fortes, des dialogues épurés où Ruth ressemble étrangement à la Claudia Cardinale dans Il était une fois dans l'ouest. Blueberry reste tourmenté, jamais totalement épanoui. On se demande bien comment d'ailleurs il pourrait l'être vu le contexte. 

Christophe Blain lui donne un visage sombre, souvent dans l'ombre de son chapeau. Comme s'il se cachait, comme s'il essayait d'échapper à sa condition. Blueberry va fêter ses 57 ans de carrière cette année. Il est dans la sélection officielle du meilleur album pour le festival de la BD d'Angoulême à la fin du mois

► Blueberry - Amertume Apache chez Dargaud.

"Jusqu'au dernier" - Félix & Gastine 

Jusqu'au dernier couv. Ed. Dargaud
Jusqu'au dernier couv. Ed. Dargaud / Félix & Gastine

En voilà un titre qui balance. "Jusqu'au dernier", mais quel dernier au juste ? Le cow-boy en couverture ? Avec son regard qui semble autant dire "Foutez-moi le camp" que "Je veux venger mon fils". C'est sans doute un peu les deux. Félix et Gastine ne vous laissent pas le choix. Ce sera dur, cruel, amoral même par moment. Mais ce sera comme ça. Une histoire de rien qui commence avec Russel, le gars en couverture, qui récupère Bennet, un gamin un peu benêt, dont les parents sont morts. Russel lui veut se poser. Il a bien compris qu'avec l'arrivée du train, l'ère des grandes chevauchées avec du bétail est sur la fin. Russel est fatigué. Il n'est pas nostalgique, le monde avance, sans lui, c'est tout. Jusqu'à la mort de Bennet. 

C'était un accident j'vous dis.

Jusqu'au dernier planche Ed. Dargaud
Jusqu'au dernier planche Ed. Dargaud / Félix & Gastine

Comme pour Blueberry, l'histoire est en un enchevêtrement de sottises, d'erreurs. Et ici, on se fait justice soi-même, à l'abri des regards. Les intérêts sont bien compris. Les étrangers n'ont pas lieu d'habiter dans des communautés déjà établies. Contrairement à Blain qui plonge dans l'âme de Blueberry par le dessin, Gastin montre. Il dépose les cases les unes après les autres. Qu'ils soient tristes ou plein de haine, les regards sont forts. Jamais de tirs en l'air, à chaque tir une cible, précise. C'est le Western dans tous ses états. Peu importe le gars en couverture, Russel, le dernier ne sera pas forcément celui que l'on croit. À l'ancienne, magistral. 

► Jusqu'au dernier chez Grand Angle.

L'équipe
Contact
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.