Kill my mother est une ode au film noir, un regard sur l'Amérique des années 30. A 89 ans, l'Américain Jules Feiffer signe un roman graphique d'une grande modernité.

Kill my mother couv ed Acte Sud
Kill my mother couv ed Acte Sud © Jules Feiffer

Qui peut bien vouloir tuer sa mère ? La femme en couverture dont la pose ressemble au Cri de Munch ? Annie l'adolescente rebelle dont la mère veuve, est souvent absente ? A moins que le titre ne soit un trompe l'oeil ? Kill my mother débute son histoire en 1933, à Bay City. Annie est une adolescente prête à toute sorte de fronde. Sa mère Elsie, travaille pour un détective privé Neil Hamond, qui lui a promis de retrouver le meurtrier de son mari.

Tu m'accompagnes ou tu cherches un autre boulot

Tout y est. Le détective alcoolique, la veuve éplorée, et la cliente mystérieuse, Jules Feiffer plante le décors, l'ambiance et les personnages par chapitre. Chacun le sien. La cliente mystérieuse veut que l'on retrouve une femme qu'elle dit être sa professeur de théâtre, mais qui lui ressemble étrangement. Et pour ça, elle est capable d'aligner les dollars. Une première histoire se joue sous les yeux du lecteur. Puis Feiffer casse "son jouet". 

Il fait tuer le détective qui malgré son côté has been, a compris bien des choses, et transpose l'histoire 10 ans plus tard en 1943. Les stars d'Hollywood viennent distraire les soldats. De nouveaux personnages apparaissent, mais Elsie, Annie et la femme mystérieuse sont toujours là. Ils ont tous vieilli, mais les rancunes sont venues s'ajouter, jusqu'à l'apothéose où sont mêlés désir de gloire, amertume et vengeance.

Roman graphique d'aujourd'hui

Par son dessin très enlevé, Jules Feiffer crée du mouvement. Ses personnages élancés donnent l'impression de danser sous son crayon, son feutre ou son pinceau. 

Kill my mother planche ed Acte Sud
Kill my mother planche ed Acte Sud / Jules Feiffer

Ce que le lecteur pourrait qualifier d'esquisses, de croquis ou d'essais, Feiffer leur donne une forme définitive. Mais ce n'est pas la seule originalité. Il a sa propre forme de narration. Celui qui fut pendant 40 ans dessinateur de presse, s'affranchit des cases et des codes.

Il met des chapitres à sa BD comme pour un roman, place du texte autour de ses dessins. Art Spiegelman, l'auteur de Maus dit de lui qu'il a su se réinventer comme un jeune et ambitieux dessinateur. Pas mal pour un monsieur de 89 ans.

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.