Dans chacune des BD, l'histoire d'auteurs qui se posent la question de la création. Quoi faire quand on a déjà tout. Frédérik Peeters et Chabouté explorent l'idée et font le choix du noir et blanc pour en parler

Oleg Couv Ed. Atrabile
Oleg Couv Ed. Atrabile © Frederik Peeters

Oleg - Frédérik Peeters

Oleg est un dessinateur de Bande dessinée qui cherche l'inspiration. Il erre dans la ville et dans les premières planches, Frédérik Peeters nous le présente avec un visage, de grosses lunette, une barbe naissante et un regard qui donne l'impression d'une colère contenue. 

Oleg Planche Ed. Atrabile
Oleg Planche Ed. Atrabile / Frederik Peeters

Bon, la dégaine du personnage, on verra plus tard. Pour l'instant je l'imagine avec ma tête. C'est plus facile

Un incident dans la rue, va lui donner l'inspiration de sa nouvelle BD. Mais sa femme trouvant l'idée bidon, le recadre. Retour à la case départ. Avec qui vit-il ? Une femme prof de dessin qu'il aime malgré ses angoisses. Une adolescente avec qui il partage sa passion des films noir et blanc. Le noeud de sa BD se trouve ici, dans l'histoire d'Oleg, ses états d'âme, sa vie de tous les jours. Tout ces éléments en font un récit intime. Il n'a pas peur de la page blanche. Il est lui, tout simplement. On le suit se raconter à travers son dessin et ses mots, ses inspirations littéraires et artistiques. On le voit intégrer des tableaux de grands peintres, redessiner des morceaux de BD qu'il a déjà faite. 

Oleg Planche Ed. Atrabile
Oleg Planche Ed. Atrabile / Frederik Peeters

Oleg pourrait être l'avatar de son auteur, Frédérik Peeters. Ce pourrait être aussi la suite des Pilules Bleues premier opus qui commence de la même manière.

J'imagine assez bien un trentenaire un peu pédant

Sorti il y a quelques années, le livre racontait là aussi, sa vie avec cette femme séropositive, mère d'un petit garçon, avec laquelle il va avoir une fille. Oleg, c'est une histoire de rien, où tout se partage avec le lecteur, sans voyeurisme, sans égocentrisme. Oleg paru chez Atrabile.

Yellow Cab - Chabouté

Yellow Cab Couv Ed. Vent d'Ouest
Yellow Cab Couv Ed. Vent d'Ouest / Chabouté

Yellow Cab, c'est l'adaptation du roman de Benoît Cohen, le réalisateur, vrai, de Nos Enfants chéris. Et comme Oleg, il débute avec l'interrogation d'un auteur. Quoi faire quand on a l'impression qu'on a déjà tout fait ? Retour à la case départ. Avec qui vit-il et où ? A New York avec sa femme. Mais là, n'est pas le nœud de la BD. Benoît veut du concret.

Et si je devenais chauffeur de taxi 

Yellow Cab Planche Ed. Vent d'Ouest
Yellow Cab Planche Ed. Vent d'Ouest / Chabouté

Malgré les réticences de sa femme, on va suivre l'expérience de Benoît dans une forme de reportage dessiné. Les cours, le permis, la paperasse, et puis les courses enfin, qui ne ressemblent en rien à celle de Taxi Driver. Lui, ce serait plutôt PV et compagnie. Le quotidien de chauffeur de taxi est finalement plutôt morne. Benoît a la tête de l'auteur de Yellow Cab, le roman. C'est son histoire que Chabouté retranscrit, avec finesse, comme on déroulerait la pellicule d'un film intime, intimiste. Yellow Cab paru chez Vent d'Ouest.

Le dessin noir et blanc, une vraie signature

Il y a plusieurs écoles aujourd'hui. Pour le manga, le noir et blanc est devenu un marque fabrique au fil de temps, alors qu'au départ, il paraissait en couleur. Dans la BD occidentale, il y a eu un cheminement inverse. Le noir et blanc en BD a souvent été utilisé parce que ça coûtait moins cher que la couleur. Les temps ont évolué et les éditeurs européens ont vu un intérêt commercial à la couleur, pour attirer le lecteur. Mais il a conservé des adeptes. Des grands dessinateurs comme Tardi ou Pratt pour qui la couleur, n'est pas forcément l'alpha et l'oméga de la BD. Le noir et blanc dit quelque chose. Avec la couleur, vous pouvez "tricher", changer la couleur du ciel pour donner une force à vos personnages par exemple. Avec le noir et blanc, on ne peut pas. C'est un choix esthétique, un code graphique qui oblige. 

Yellow Cab Planche Ed. Vent d'Ouest
Yellow Cab Planche Ed. Vent d'Ouest / Chabouté

Vous êtes obligés de jouer sur les lumières. Dans les deux BD, Oleg et Yellow Cab, on découvre deux styles différents. Là où Peeters est touffu, dense dans son dessin, hachuré, Chabouté lui, donne un côté aérien. Il prend l'espace. Il photographie New York, ses buildings, ses panneaux de signalisation, ses visages, Peeters lui, photographie la vie d'Oleg, de sa femme et de sa fille. 

Oleg Planche Ed. Atrabile
Oleg Planche Ed. Atrabile / Frederik Peeters

L'un est dehors, l'autre est dans la tête. Chez Peeters, c'est rond. Chez Chabouté, c'est plus carré. Les traits sont plus fins. Le blanc plus apparent. Bien sûr, c'est lié à l'histoire, à la manière dont les auteurs ont choisi de la raconter et à leur style. Mais le noir et blanc donne ici à chacune des histoires une force que la couleur aurait sans doute édulcoré.

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