Pour qui n'a pas lu le roman « Au Bonheur des Dames", de Zola, ceci est une entrée, maligne. Le roman graphique d'Agnès Maupré suit, en dessins, le rythme d'écriture de Zola. Complété par "Pot-Bouille" de Cédric Simon et Eric Stalner, ils donnent à comprendre le personnage central de l’œuvre,Octave Mouret.

Au Bonheur des dames Planche Ed. Casterman
Au Bonheur des dames Planche Ed. Casterman © Agnès Maupré

"Au Bonheur des Dames" - Agnès Maupré

Il y a tout d'abord ce dessin, à l'opposé de celui de Stalner réaliste et puissant dans Pot-Bouille. Ici, les couleurs sont fortes. Les personnages effilés semblent danser. Des visages parfois caricaturaux, avec des nez longs, dans la veine des dessins de presse du XIXᵉ siècle. Il donne à ce Bonheur des Dames, l'idée d'un jeu de dupe avec le vendeur qui doit vendre à tout prix à l'acheteuse, nécessairement frivole. 

On entre dans la bande dessinée, Au Bonheur des Dames, comme on entre dans le roman, avec l'arrivée à Paris de Denise et de ses frères. Denise, frêle jeune femme a quitté sa Normandie de cœur pour une capitale bruyante, brutale. Ses parents sont morts. Elle vient rejoindre son oncle qui tient un petit magasin de tissus, en face de l'immense au Bonheur des Dames, qui ressemble à juste titre au Bon Marché. Denise et ses frères sont éblouis par les vitrines. Mais l'intérieur montre un tout autre visage. Octave Mouret n'est plus le jeune homme de Pot-Bouille, c'est un patron ambitieux.

Il faut voir grand ! Les murs ça se pousse ! Ce n'est pas sur la chance que je compte, mais sur la femme.

Extrait d'une planche de la bande dessinée "Au bonheur des dames" Ed. Casterman
Extrait d'une planche de la bande dessinée "Au bonheur des dames" Ed. Casterman / Agnès Maupré

Susciter le désir de consommation chez la cliente qui a les moyens mais pas forcément le besoin, Octave Mouret a déjà tout compris de la société de consommation. C'est un esprit volage et profiteur. Il sait séduire le portefeuille des bourgeois. C'est un homme sans scrupules. Mais sa rencontre avec Denise va changer son point de vue. 

Denise est embauchée comme vendeuse au Bonheur des Dames. Gauche et mal coiffée, elle est la femme sans charmes. Elle doit aussi faire avec la concurrence des autres vendeuses. Mais sa bonté va avoir raison de tous les obstacles et surtout, de l'amour naissant d'Octave Mouret. Lui, l'homme de rien, devenu riche et Parisien, est surpris par cette jeune femme qui pense à la condition ouvrière. Aimer une vendeuse, dans son monde, est une chose qui ne se fait pas. Agnès Maupré suit le rythme de Zola dans son roman graphique. Elle fait monter la tension au fil des pages. Elle montre une Denise audacieuse, féministe.

Je n'ai pas d'amant parce que je n'en veux pas. Mais je trouve injuste que l'on juge les femmes pour cela. Vous n'auriez pas congédié un vendeur pour une conquête de trop.

Ce Bonheur des Dames, roman graphique est la même histoire d'amour et c'est un bonheur intact, retrouvé. 

Au Bonheur des Dames chez Casterman.

"Pot-Bouille" - Cédric Simon & Eric Stalner

Pot-Bouille Couv Ed. Arènes BD
Pot-Bouille Couv Ed. Arènes BD / Simon & Stalner

C'est le roman d'avant. Celui qui explique Octave Mouret. Sur la couverture, on le voit de dos face à un immeuble Haussmannien, à Paris. 

Le jeune provincial fait son entrée dans la bourgeoisie parisienne. Eric Stalner lui donne un visage avenant à travers un dessin très fouillé, tout en regards et en architecture d'époque. Le jeune Mouret est affable, flatteur, habile vendeur dans le magasin de Madame Hédouin, Le Bonheur des Dames. Son regard est vif, inquisiteur. Il multiplie les conquêtes, mais au fond il n'en désire qu'une, sa patronne. 

L'aime-t-il vraiment où y voit-il l'objet de ses ambitions : devenir un homme riche ? Pot-Bouille se moque de la petite bourgeoisie qui rêve de s'élever par le mariage, ainsi que de la grande bourgeoisie décadente. Stalner et Simon sont impeccables dans la retranscription en images et dans la veine d'un Zola magistral. 

Pot-Bouille paru aux Arènes BD.

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