Rue de Sèvres publie "La forêt Millénaire" : un album posthume de l'auteur japonais mort en février dernier.

La Forêt millénaire de Jiro Taniguchi
La Forêt millénaire de Jiro Taniguchi © Rue de Sèvres

Wataru est un jeune Tokyoïte de 10 ans. Il vit chez ses grand-parents suite au divorce de ses parents et à l'hospitalisation de sa mère. C'est un petit garçon qui subit son histoire. Cette région montagneuse du San'in, il ne la connaît pas. Il a atterri ici au début de l'été. Il passe de la ville à la campagne.

D'une vie de famille au statut de quasi orphelin

Dans le village de ses grand-parents, les enfants ne voient en lui qu'un gamin de la ville. L'accueil est plutôt rustre sous forme de défi. S'il veut faire partie de la bande du "grand arbre", il doit grimper. Mais le tronc immense n'a pas de branches, pas de prises. En silence, Wataru va retirer ses chaussures et monter pieds nus. Les voix de la forêt le guident. C'est haut et dangereux.

Wataru glisse, mais on ne sait comment, une liane lui évite la chute. Comme si l'enfant ne faisait qu'un avec cette nature flamboyante. Wataru ne saurait décrire ce qu'il lui arrive. Mais son sourire apparaît enfin dans les cases de Taniguchi.

C'est un dessin doux, fin, qui comme le récit prend son temps. Le format à l'italienne de cette BD permet aussi d'avoir des angles de vue différents.

La forêt se regarde de loin, de l'intérieur, en plongée et contre plongée

Comme un album photo où la couleur verte est déclinée à l'infini. Il y a quelque chose de triste et à la fois frustrant à lire La forêt Millénaire. Jiro Taniguchi est mort avant de l'achever.

Il vous faudra donc accepter d'être coupé net dans votre élan de lecteur. Car forcément, le livre n'est pas complet. A vous d'imaginer ce vers quoi il voulait nous emmener. Les notes et les croquis en fin d'album laissent deviner une fable écologique, avec des enfants en lutte contre des adultes qui veulent exploiter un minerai révélé par un tremblement de terre.

Tanigushi, enfant de l'uranium, n'a jamais usé d'un discours militant. Il voulait dans La forêt Millénaire juste parler aux enfants post Fukushima.

D'autres albums de Tanigushi sortiront encore cette année. Des rééditions, en couleur ou en noir et blanc comme Un ciel radieux et Venise, chez Casterman. Avec à chaque fois ce souci de placer l'homme dans toute son humanité, au centre de son récit.

Même mort. Jirô Taniguchi est éternel

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