Revient-on jamais d'une expérience humanitaire ? Judith Vanistendael pose la question à travers une fiction qui met en scène une femme, chirurgienne, épouse et mère de famille. Pénélope passe sa vie entre guerre et maison. Mais au fil des années, chaque retour à la "vie normale" est plus difficile.

Les deux vies de Pénélope Couv Ed Le Lombard
Les deux vies de Pénélope Couv Ed Le Lombard © Judith Vanistendael

Curieuse femme que Pénélope. Celle qui apparaît en couverture porte le poids de la mort quand rentre chez elle. La preuve par la petite figurine rouge aux yeux noirs glissé dans la poche de sa blouse blanche. Jusqu'à présent, même si les premiers jours étaient compliqués, elle avait réussi à séparer les deux. Sa vie de femme, de mère et d'épouse, de celle de chirurgienne sur des zones en conflit. Mais cette fois,  Pénélope est plus sombre que d'habitude.

Plus personne ne m'attend. Ils s'y sont habitués. Je vais et je viens

Il n'y a personne à l'aéroport, personne à la maison. La vie a continué sans elle. Pas vraiment de raison qu'elle ait un comité d'accueil particulier. D'ailleurs quand son mari, poète, lui propose un petit déjeuner avec sa soeur, sa mère parce qu'elles veulent savoir si elle est toujours entière, elle répond par la colère : "C'est la guerre là bas !" Qui pour la comprendre ? Qui pour partager ?  La famille vient juste se rassurer, espérer que Pénélope ne repartira pas. Mais Pénélope est-elle seulement rentrée ? Troublante Pénélope qui la nuit, passe observer sa fille adolescente en train de dormir. Troublante épouse qui regarde son homme écrire des poème la nuit, entièrement dénudé. Troublante fille qui respire l'odeur de sa mère à chaque étreinte. Troublante soeur enfin, qui affirme à sa jumelle qu'elle ferait bien de quitter son mari. 

Les deux vies de Pénélope Planche Ed Le Lombard
Les deux vies de Pénélope Planche Ed Le Lombard / Judirh Vanistendael

Pénélope ou l'impossible retour

Pénélope n'a plus rien à voir avec ce monde là, fait de dérisoire. Elle ne sait plus communiquer. A sa psy, elle explique qu'un fantôme l'accompagne, une adolescente de l'âge de sa fille qu'elle n'a pas pu sauver. On regarde Pénélope évoluer sous le crayon de Judith Vanistendael. L'auteur belge plonge le lecteur dans une forme de brouillon, d'esquisses, colorées à l'aquarelle. Ce dessin s'affirme comme les yeux de Pénélope. Les visages sont parfois brouillon, comme si Pénélope n'arrivait plus à les lire. Au fil des mois, Pénélope s'efface, disparaît. Personne ne semble comprendre sa souffrance. Personne ne semble comprendre aussi qu'elle est devenue accro à ses missions. Que sous prétexte de sauver des gens, Pénélope cherche une forme de rédemption. Pour qui, pour quoi ? Judith Vanistendael nous laisse à nos interrogations. Une belle mise en abîme. Les deux vies de Pénélope chez Le Lombard.

Comment dessiner Les deux vies de Pénélope, la leçon de dessin de Judith Vanistendael : 

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