Il y a Charles l'auteur des "Fleurs du mal" et il y a celle sans qui ce bouquet n'aurait peut-être pas vu le jour. "Mademoiselle Baudelaire", c'est l'histoire de Jeanne, la muse du poète maudit. Yslaire, au sommet de son art.

Mademoiselle Baudelaire Couv. Ed. Dupuis
Mademoiselle Baudelaire Couv. Ed. Dupuis © Yslaire

Jeanne Lemer, Jeanne Duval, Jeanne Prosper, on ne saura jamais vraiment son nom. L'histoire de Baudelaire, c'est elle qui la raconte ici, dans une longue lettre adressée à la mère de Charles, à sa mort. Jeanne était bien plus que la maîtresse. Elle fut lectrice à voix haute Il lui dictait, elle retranscrivait. Dans ce monde de bohème, Charles est toujours élégant, tiré à quatre épingles. 

Il détonne au milieu des Nadar et autres artistes avec qui il passe ses nuits. 

Baudelaire n'est pas un homme heureux. Orphelin de père, il dilapide l'héritage de son père, finit sous tutelle, les huissiers à ses trousses. Mais jamais il ne s'arrête de vivre, de consommer opium, laudanum, de souffrir de la syphilis et d'aimer Jeanne. Baudelaire est un artiste qui réécrit sans cesse, jamais satisfait. Jeanne raconte son Monsieur Baudelaire entre jouissance et passion, jusqu'aux Fleurs du mal. Si l'on en croit ses paroles, sans Jeanne, Charles n'aurait pas été Baudelaire.

Aucun lecteur des Fleurs du mal n'oubliera la Vénus noire, la muse immorale, damnée, du plus grand poète maudit

Mademoiselle Baudelaire Planche Ed. Dupuis
Mademoiselle Baudelaire Planche Ed. Dupuis / Yslaire

Vous ne ferez pas que lire Mademoiselle Baudelaire. Vous dégusterez la BD d'Yslaire. Chacune de ses planches est une découverte. Il n'y a pas de codes couleurs pour raconter l'histoire au passé et celle au présent. Il y a des cases et puis parfois une illustration pleine page. Souvent, il y a une couleur matrice en fond et des touches de couleurs dans les cheveux, dans les vêtements, les bijoux. 

Il y a des gros plans et parfois, il zoome. Lors de la rencontre de Baudelaire et Jeanne, dans la loge d'un théâtre, Baudelaire regarde sa vénus noire, son visage puis ses yeux jusqu'à sa prunelle où son visage se reflète. C'est aussi la patte de cet immense dessinateur. Yslaire incarne ses dessins comme s'il faisait corps avec son oeuvre. Comme s'il était possédé littéralement par elle. 

J'étais habité. En général un dessinateur de bande dessinée dessine 40 à 50 pages par an. Là, j'en fait 146. Les trois dernières semaines, je dormais une heure par nuit.

La saga des Sambre, l'oeuvre d'une vie

Sambre Couv. Ed. Glénat
Sambre Couv. Ed. Glénat / Yslaire & Balac

Avant Baudelaire, Yslaire a dessiné Bidouille et Violette (Glénat), l'histoire d'un amour fou entre deux adolescents sensibles, et la folle saga des Sambre, commencée en 1986. 8 albums sans compter La légende des Sambre et La Guerre des Sambre. Sambre c'est l'histoire d'une malédiction, autour d'une famille bourgeoise au XIXème siècle et d'une jeune femme aux yeux rouges. "Je croyais au départ que c'était une fiction, mais elle s'est avérée être une tragédie familiale dans ma propre famille." Le ou les deux derniers tomes sont attendus à l'horizon pour 2022. Sambre paru chez Glénat

Mademoiselle Baudelaire Planche Ed. Dupuis
Mademoiselle Baudelaire Planche Ed. Dupuis / Yslaire

Que ce soit dans Sambre ou Mademoiselle Baudelaire, Yslaire dessine et écrit la mélancolie. Il regarde la muse, le poète, le frère, l'assassin sans jamais les juger. Yslaire montre les mots du poète et son corps dans les bras de sa muse. Ce n'est pas coquin, c'est du sexe que l'auteur dessine sans fard. "J'ai pas essayé de faire cru. J'ai essayé d'incarner les visions de Baudelaire. Le réalisme qu'on dit pornographique, c'est le tableau de Courbet, L'origine du monde. C'est réaliste. Baudelaire, c'est la métaphore."

Mademoiselle Baudelaire chez Dupuis.

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