Il existe plusieurs adaptations BD du roman de George Orwell. Celle-ci est l'oeuvre d'un passionné, à la qualité graphique impressionnante.

1984 Couv Ed. Sarbacane
1984 Couv Ed. Sarbacane © Xavier Coste

Le livre d'Orwell dit ceci dans ses premières pages :"C'était une journée d'avril, froide et claire. Winston se dirigea vers l'escalier. Il était inutile de prendre l'ascenseur. Il fonctionnait rarement. A chaque palier, sur une affiche collée au mur, l'énorme visage vous fixait du regard. Une légende sous le portrait, disait : Big brother is watching you." Les premières planches du roman graphique de Xavier Coste elles, se déclinent non pas en mots mais en dessin. Un homme en chapeau, costume et lunettes glacées, rentre chez lui. Il avance dans la même direction que les silhouettes qui l'entourent, vers un bâtiment, où il est inscrit sur le fronton, en majuscules. : "Maisons des victoires." Il y a du vent, le temps est gris. On voit des feuilles blanches se soulever. Des hélicoptères survolent la ville, des caméras observent au sol. Côté couleur, au milieu du gris, il y a quelques touches brossées de rouge grenat. A l'intérieur du bâtiment, le portrait d'un homme est montré façon zoom arrière.  Il laisse découvrir un visage en rouge et ombre avec un regard à la Mona Lisa, et ces mots si emblématique de 1984.

Big brother is watching you

1984 Planche Ed. Sarbacane
1984 Planche Ed. Sarbacane / Xavier Coste

Il y a dans l'adaptation de Xavier Coste un parti pris et une mise en abîme. La mise en abîme, c'est de vous glisser par le dessin, dès les premières planches, l'ambiance de 1984, telle que lui la perçoit, froide, clinique. Avec des hommes qui à l'exception de Big Brother, n'ont pas de visages définis. Ce sont juste des silhouettes. Le parti pris, c'est de faire porter un costume à l'ensemble des protagonistes plutôt que la combinaison bleue imaginée par Orwell. C'est la touche de modernité version Xavier Coste.

Le télécran braillait tout seul. On ne pouvait pas l'arrêter, seulement baisser le son. Ce bourdonnement incessant me fatiguait. On y diffusait des nouvelles du front, des nouvelles sur la santé économique du pays

1984 Planche Ed. Sarbacane
1984 Planche Ed. Sarbacane / Xavier Coste

Winston regarde par la fenêtre de son appartement informe du 7ème étage. Il observe le monde dans lequel il vit avec ses caméras partout. Il aperçoit les différents ministères. Celui de la paix qui est responsable de la guerre. Celui de l'amour qui s'occupe du respect de la loi et de l'ordre. Le ministère de la Vérité, son lieu de travail avec sur le fronton là encore une inscription : "La guerre c'est la paix. La liberté c'est l'esclavage. L'ignorance c'est la force." Il se demande si Londres a toujours été comme ça. Là où Orwell décrivait les faits et gestes de Winston. Xavier Coste met du JE, car Winston est vivant. Il est déjà dans l'esprit de la rébellion. Il n'a que peu de souvenirs de son passé. 

Je n'avais aucune certitude que l'on soit réellement en 1984

1984 Planche Ed. Sarbacane
1984 Planche Ed. Sarbacane / Xavier Coste

Mais il sent que ce monde dans lequel il vit est un mensonge.  Il y a les deux minutes de la haine. Cette haine imposée aux travailleurs du parti. Cette haine qui crée l'union où chacun vomit avec vigueur sa haine des dissidents que l'on montre à l'écran. Winston se sent seul, et pourtant, il y a cette fille qui la regarde. Il y a O'Brien qui "occupait un poste si important que je n'avais pas la moindre idée de ce que cela pouvait être." Mais un regard lui a suffit pour comprendre qu'ils ne sont pas comme la masse, de ceux qu'ils côtoient. Ceux qui travaillent par exemple, au nouveau dictionnaire de la novlangue qui réduit le vocabulaire. Lui, Winston est chargé de faire disparaître dans la presse toutes traces du passé qui serait jugé non conforme à l'idéologie du parti. Le monde de Winston est conditionné. Il est interdit de penser. Il faut juste faire. Comment l'humanité en est arrivée là ? Comme s'il était le nouveau Big Brother, Xavier Coste vous oblige à tourner la page. 

Le bijou de la rentrée BD de janvier

1984 Pop Up Ed. Sarbacane
1984 Pop Up Ed. Sarbacane / Xavier Coste

On a beau connaître l'histoire d'Orwell, on se surprend à espérer encore que le monde peut changer, que Winston peut s'en échapper. Xavier Coste reste fidèle au roman qui aujourd'hui encore résonne avec l'actualité. Fake news, classes sociales, manifestations, tout y est. Et c'est sans doute pour cela, que le mot Orwellien revient si souvent. Les droits tombant dans le domaine public cette année, vous verrez plusieurs adaptations graphiques de 1984. Celle là est puissante. Là où d'autres auteurs reprennent des pans entiers de texte, Xavier Coste réussit à transposer en grande partie, par le dessin sa vision de 1984. En couleur, ça reste sombre, avec principalement du rouge et du gris. Il dessine ce que décrit Orwell. Et le meilleur pour la fin, dans l'édition collector, un Pop Up de Londres version 1984. Une vision 3D d'un monde effrayant. N'oubliez pas : "Big brother is watching you". 1984 chez Sarbacane.

L'équipe
Contact