Ces deux BD ne racontent pas les mêmes histoires, mais elles ont les mêmes fondements : le racisme, la discrimination, le résistance et la survie. Il est toujours effrayant de voir qu'à plusieurs décennies d'écart, l'histoire se répète.

Idiss Couv. Ed. Rue de Sèvres
Idiss Couv. Ed. Rue de Sèvres © Richard Malka & Fred Bernard

Idiss - Richard Malka & Fred Bernard (Adaptation du roman de Robert Badinter)

Idiss, c'est la grand-mère de Robert Badinter. Elle est juive, de Bessarabie, un territoire coincée entre l'Ukraine et la Roumanie, ancienne province ottomane conquise en 1812, par la Russie. On la rencontre en 1890, à Kichinev. La vie y est dure. On peine à trouver de quoi manger et se chauffer. Idiss vit chez les parents de Shulim son mari parti faire la guerre côté tsaristes, avec ses fils Avroum et Naftoul. La mère de Robert Badinter, Chiffra, n'est pas encore née. Les communautés vivent ensemble, en paix. Puis rentre Shulim, naît Chiffra et arrivent les pogroms en 1900.

Pour les juifs, le temps de fuir est arrivé

Avroum et Naftoul iront à Paris, où le reste de la famille après bien des péripéties les y rejoindra. Idiss découvre alors, des fils installés, prospères et une vie libre. A Paris, la vie s'écoule doucement. Avroum se marie. Chiffra étudie. Le commerce de vêtements se porte bien. La famille cultive sa judaïté, en paix. La mort de Shulim en 1920, plonge Idiss dans une infinie tristesse mais la famille tient et s'agrandit. Chiffra se marie à son tour. Robert naît en 1928. On passe des vacances à la mer. 1940, le jeune Robert est élu chef de classe. Evénement heureux qui se conclut par la sentence d'un père inquiet.

Idiss Planche Ed. Rue de Sèvres
Idiss Planche Ed. Rue de Sèvres / Richard Malka & Fred Bernard

Tu dois refuser Robert. Nous devons être discrets

La suite c'est la guerre, la fin des jours heureux et la fin d'Idiss, cette grand-mère tant aimée. La suite n'est qu'humiliation, spoliation, fuite, déportation. Des pogroms à Hitler, les années ont passé, le mal est resté. Idiss chez Rue de Sèvres.

Prison n°5 - Zehra Dogan

Prison N°5 Couv. Ed. Delcourt
Prison N°5 Couv. Ed. Delcourt / Zehra Dogan

Il n'y aura pas ici les couleurs flamboyantes et dansantes de Fred Bernard d'un passé qu'on peut re-regarder en couleur. Zehra Dogan a écrit et dessiné Prison N°5, en prison avec les moyens du bord entre 2015 et 2017, au crayon noir. C'est le présent. Ces dessins, elle les a réalisés cachée et les a fait s'évader grâce à ses amis. Ils ont la forme de croquis dessinés à la hâte. Pour bien imprimer l'urgence de dire, le fond de la BD a la forme et la couleur du papier craft. 

Il ne fait pas bon être Kurde en Turquie

Zehra Dogan est journaliste et artiste. Elle a été emprisonnée après avoir été dénoncée. "J'avais dessiné la destruction d'une ville kurde." Zehra va raconter la prison et le quotidien d'un dortoir de 22 lits pour plus de 30 personnes. Mais là n'est pas le pire si l'on en croit Zehra. Chaque femme kurde a son histoire de combats, d'arrestations, de tortures. La prison n°5 a aussi son histoire.

C'est là qu'en 1980, ont été cultivées les graines de sauvageries destinées au peuple kurde

Prison N°5 Planche Ed. Delcourt
Prison N°5 Planche Ed. Delcourt / Zehra Dogan

Zehra Dogan dit tout en mots et en dessins. Des hommes suspendus comme des crucifiés, des matraques, l'eau glacée, l'électricité, des rats qu'on vous met dans la bouche. Tout est dit autant que montré, crument. C'est parfois à la limite du supportable. Des prisonniers ont résisté. Beaucoup sont morts. Mais aucun de ces Kurdes n'a abdiqué. 

Aujourd'hui libre, Zehra continue de témoigner, de dire et d'exposer ses dessins. L'art comme un moyen de dire. La BD, pour que ces histoires puissent être lues par le plus grand nombre. Il n'y a pas de tristesse dans le récit de Zehra. Il y a juste un récit à plat, clinique, effrayant. Mettre en parallèle Idiss et Prison N°5 est audacieux. Mais à leur manière, ces deux espaces dessinés racontent la résistance, une certaine histoire de l'humanité, monstrueuse et malheureusement, différemment, dans chacun des cas, toujours actuelle. 

Prison N°5 chez Delcourt.

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