Les mots de Virginie Despentes et le dessin de Luz. Il fallait y penser. C'est tour à tour punk, psychédélique. Le résultat donne une adaptation réussie.

Vernon Subutex Couv. Ed. Albin Michel
Vernon Subutex Couv. Ed. Albin Michel © Virginie Despentes & Luz

C'est l'histoire d'une chute. Celle de Vernon Subutex. Il fut disquaire pendant 25 ans. Mais aujourd'hui, Vernon n'est plus que l'ombre de lui-même. Sa boutique a fermé,  faute de clients. Quand on ouvre le roman graphique, on le découvre quasi à nu. Il a tout vendu ou presque.

Il avait progressivement nettoyé sa maison de toute trace de sa vie antérieure

Vernon Subutex Planche Ed. Albin Michel
Vernon Subutex Planche Ed. Albin Michel / Virginie Despentes & Luz

Il est à la porte de son appartement, seul. Il ressasse ses années d'abandon. Galerie de portraits des gens qu'il a croisé et conseillé dans sa boutique. Bertrand fan des Clash, est mort d'un cancer. Jean-No qui écoutait Funkadélic ? Fauché par un camion. Pédro ?  Anéantit par la cocaïne. Et Alex, le pote des soirées tristes, l'artiste connu qui le soulageait financièrement ? Il a fini comme Jim Morrisson, dans sa baignoire. Vernon Subutex se laisse tomber, dans un monde auquel il n'appartient déjà plus. Vernon est seul, mais il a en main, le testament d'Alex Bleach. Une bombe sur une clé USB. 

Elle est revenue un jour dans un sale état, couverte de bleus

Vernon Subutex Planche Ed. Albin Michel
Vernon Subutex Planche Ed. Albin Michel / Virginie Despentes & Luz

C'est le récit d'un taiseux qui trouve encore quelques piaules où dormir, avant de rejoindre la rue, que raconte une femme sans visage, à l'allure de faucheuse avec son habit noir qui recouvre sa tête. On imagine que c'est la Hyène, l'un des personnages de Vernon Subutex (déjà rencontrée dans Apocalypse bébé), à moins que ce ne soit Virginie Despentes. Et en même temps, elles se ressemblent physiquement. Vernon est seul. Mais l'histoire de Subutex dira plus tard, qu'en fait, il ne l'est pas vraiment.

L'art de l'adaptation du roman en BD

En BD comme au cinéma, il y a plusieurs types d'adaptations. La classique qui reprend l'idée du roman, sa trame et qui en fait une relecture imagée. Tout sera dans l'art du dessinateur de nous donner sa vision graphique. Typiquement, c'est Au Bonheur des dames d'Agnès Maupré.  Il y a l'adaptation qui choisit d'appuyer sur un élément de l'oeuvre. Dans Un Travail comme un autre, Alex W.Inker a centré son histoire sur le destin d'un homme, Roscoe dont il occulte sciemment, tout un aspect du roman de Virginia Reeves consacré à la ségrégation aux Etats-Unis. 

Il y a ceux qui s'inspirent de l'oeuvre et en font une libre adaptation, qui la retourne contre l'auteur du roman, en imaginant une autre fin. Et puis, il y a ceux qui atteignent l'ultime sommet. Ceux qui respectent scrupuleusement le roman, son rythme, sa couleur et qui en font une nouvelle oeuvre. Ainsi, Manu Larcenet qui a adapté Le Rapport Brodeck de Philippe Claudel. Dessin noir et blanc, tout en ombres, visages marqués comme le laisse deviner le roman sombre de Claudel. Vernon Subutex est dans la même veine. Mais à la différence d'un Larcenet seul face à Brodeck et Claudel, Luz avait Virginie Despentes. A elle l'écriture, à lui le dessin. Quand Vernon dit : "Jean-No avait arrêté de fumer. Il en avait chié. S'il avait su que c'était pour rien. Le pauvre, il aurait mis son réveil la nuit pour fumer plusse de clopes.

Vernon Subutex Planche Ed. Albin Michel
Vernon Subutex Planche Ed. Albin Michel / Virginie Despentes & Luz

Ce sont bien les mots de Despentes que Luz met en musique avec un dessin tordu, punk, psychédélique. A ceux qui comme moi ne pouvait pas s'empêcher à la lecture du livre, de mettre la tête de Daniel Darc sur celle de Vernon, vous découvrirez un Vernon avec une gueule à la Renaud avec des cernes, une dégaine à la Gainsbourg période Gainsbarre avec ses oreilles de choux. Les dessins dansent au gré de la défonce des uns et des autres, de l'errance et de la chute de Vernon. C'est puissant, c'est rock.  

Tu dors Vernon ? 

Luz est tellement dans les mots de Despentes, qu'on a l'impression de rôles inversés. Avec ce sentiment que le roman est en fait, l'adaptation de la BD. 

Vernon Subutez chez Albin Michel.

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