Quand un album dit tout ou presque de son scénariste. "Peau d'homme" est le dernier né de la plume d'Hubert, mort en février. Le genre, le sexe, la religion, les excès, la démesure, à travers une fable médiévale, Hubert parle de la société d'aujourd'hui et de ses paradoxes.

Peau d'homme Planche Ed. Glénat
Peau d'homme Planche Ed. Glénat © Hubert & Zanzim

Imaginez que vous vous appeliez Bianca. Chevelure longue, robe décolletée aux épaules, vous faites partie de la noblesse et l'on doit vous marier. Imaginez que votre frère Angélo, à l'allure de moine, soit devenu prêtre, un tantinet sourcilleux sur les bonnes mœurs. Imaginez qu'on vous envoie vous, Bianca, chez votre tante à quelques jours de votre mariage, chez votre marraine qui détient un secret de femme. 

Une peau d'homme dans laquelle vous être invitée à vous glisser, pour découvrir ce qu'est la véritable nature de l'homme. Imaginez tout cela, mixez-le, et faites votre entrée dans Peau d'homme. Tout est dit ou presque de la condition de la femme à la Renaissance. La femme est une génitrice et l'homme, le maître, le géniteur. Tout est dit ou presque de la religion qui fait loi.

Détail de la couverture de "Peau d'homme" d'Hubert et Zanzim
Détail de la couverture de "Peau d'homme" d'Hubert et Zanzim / Glénat

La BD de Hubert et Zanzim, condensé de ce qui fait société

La douce Bianca va se glisser dans cette peau d'homme pour devenir Lorenzo et aller à la rencontre ainsi déguisée, de son futur époux. Savoir qui il est vraiment, qui il fréquente. 

Au premier abord, Peau d'homme est l'histoire d'une imposture. Mais le scénario d'Hubert va bien plus loin. Déguisée en Lorenzo, Bianca va faire l'apprentissage d'un monde qui lui est inconnu. Son futur époux, Giovanni, aime les hommes. Son frère Angelo est un prêtre frustré de ne pouvoir toucher de femme. Le paraître plutôt que l'être. 

La séparation des sexes plutôt que l'acceptation des genres. Sous couvert d'une époque, la Renaissance, et d'un dessin inspiré de ce temps là avec des couleurs à plat, Peau d'homme est un conte moderne, une critique du monde que nous connaissons. Il donne à voir ce que nous sommes. Il montre une Bianca féministe, maîtresse femme, qui fait sauter un à un, tous les verrous de la société et de ses traditions.

Détail d'une planche de "Peau d'homme" d'Hubert et Zanzim
Détail d'une planche de "Peau d'homme" d'Hubert et Zanzim / Glénat

Peau d'homme, une BD posthume

C'est l'oeuvre d'Hubert son scénariste, mort en début d'année. Quelques unes de ses BD déjà chroniquées ici, donnent l'étendue de son talent et de sa vision du monde. La Nuit mange le jour, paru chez Glénat en 2017. Cet album noir racontait les amours sado-maso d'un couple d'hommes. Une histoire trash, dérangeante, violente, profondément amorale. La saga des Ogres-Dieux chez Delcourt, conte fantastique avec un monde, dominé par des ogres anthropophages et des humains esclaves. 

Avec Hubert, il faut savoir lire entre les lignes pour comprendre sa vision de l'humanité, pas vraiment tendre. L'homme est souvent violent, menteur, pervers, opportuniste, sombre. Comme tout auteur, à travers ses écrits, Hubert a livré une part de lui, de ses interrogations, sur les rapports humains. 

Avec Peau d'homme, il est allé en douceur, bien plus loin. Que dit ce roman graphique au fond ? Si ce n'est que parfois, comme tout un chacun, on aimerait être quelqu'un d'autre. 

Zanzim : comment dessiner Peau d'homme ? La leçon de dessin confinée

Peau d'homme est paru chez Glénat

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