Un champion engendre-t-il un champion ? A regarder, les fils Zidane sur les terrains de foot espagnols, certains aimeraient y croire. L'histoire que conte Jorge Gonzalez est beaucoup plus ancienne. Comment gérer l'héritage laissé par son grand-père, grand joueur argentin du début du XXème siècle ?

La Flamme Couv. Ed Aire Libre
La Flamme Couv. Ed Aire Libre © Jorge Gonzalez

Buenos Aires, province d'Avellaneda, 1913. Sur un terrain, José est reconnaissable entre tous. Il court plus vite que les autres, est adroit avec un ballon entre les pieds, mais il a en plus, une tignasse rousse. Ce qui lui vaut le surnom de "La Flamme". Ainsi naquit sur un terrain, José Maria Gonzalez un petit bonhomme dont le père aurait préféré qu'il fasse des études. Mais à Buenos Aires dans la province d'Avellaneda, certains ont d'autres ambitions, pour la ville...

José, on va faire un truc. Tu viens avec nous voir le match et ensuite je te raccompagne chez toi pour que tu étudies. Je parlerai avec ton vieux

La Flamme Planche Ed Aire Libre
La Flamme Planche Ed Aire Libre / Jorge Gonzalez

Il n'y a pas encore de stade et quand on voit la qualité de jeu de José Maria Gonzales, on se dit qu'il y a quelque chose à faire. Car pour ce gamin aussi, ils ont des ambitions. Contre l'avis de son père, José va devenir au début du XXème siècle, la star du Racing Club d'Avellaneda. Jorge Gonzalez aurait pu s'arrêter sur l'histoire de son grand-père et raconter son ascension, il a préféré raconter une histoire de famille.  De celles qui font réfléchir. Un parcours très introspectif où il est question de vocation. Qu'est-ce qui détermine une vie ? Jorge Gonzalez consulte. Il assiste à des débats. Il fait appel à ses souvenirs, parle avec son père, son fils. On se perd parfois à rechercher qui est qui. Seules les dates nous éclairent. Après sa carrière, son grand-père a trouvé un emploi dans un ministère. Et on sent bien qu'il n'est plus dans son élément.

L'héritage du grand-père et du père

La Flamme Planche Ed Aire Libre
La Flamme Planche Ed Aire Libre / Jorge Gonzalez

Pour le fils, l'héritage est lourd. De l'ordre de celui dont on ne veut pas forcément. Pour le petit-fils, l'auteur, c'est une histoire qu'on se raconte. Pour l'arrière petit-fils, ce sont des coupures de journaux et une impression de génie. Comme si ces deux là, qui ne se sont jamais connus, se comprenaient balle au pied. La passion a passé les générations. On se prend alors à se poser l'ultime question. 

Mais de qui tient le talent de Jorge Gonzalez au dessin ? Sans doute de son père qui a un temps joué au football. Il était très doué. Mais il a préféré l'architecture et pour accéder à son rêve, il a fait en sorte de se blesser pour ne plus aller sur le terrain tant aimé de son père. 

L'emploi de bureau honni par le père, deviendra celui où lui, s'épanouira

Etrange destinée avec au milieu, Jorge Gonzalez, qui en 300 pages, fait l'étalage de sa palette graphique. Comme un joueur de foot, de sa capacité à percer une défense. Parfois, les planches sont découpées simplement avec un dessin à l'allure de brouillon, esquissé au crayon de bois. Parfois, il y a des doubles pages, impression peinture, impression pastel. On trouve du Buffet, du Turner, ici, les reliefs de Tapiès, ici, un nez à la Picasso

. Il faut voir ses pages entièrement dédiées au dernier match de José Maria Gonzalez, toutes en mouvement. On croit entendre les hourras de la foule, soulevée par les prestations de son grand-père. Tout cela donne un mélange surprenant, audacieux. La grand-père avait de l'or dans les pieds. Le petit-fils l'a dans les doigts. Son dessin est tout simplement exceptionnel. Le talent existe donc à chaque génération. Mais il n'est jamais le même. Tout est histoire de vocation. Et c'est le véritable héritage de José Marie Gonzalez, à son fils, son petit-fils et son arrière-petit fils : ne jamais abandonner ses rêves. 

La Flamme de Jorge Gonzalez chez Aire Libre.

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