Comment raconter l'incroyable vie de Thelonious Monk en bulles ? Comment racontez sa musique en bulles ? En lisant l'incroyable roman graphique de Youssef Daoudi, vous découvrez la légende du jazz en dessins. Mais Daoudi ne fait pas que cela, il vous fait aussi entendre sa musique.

Monk ! Couv Ed Martin de Halleux
Monk ! Couv Ed Martin de Halleux © Youssef Daoudi

L'histoire de ce roman graphique commence à bord d'une vieille Bentley, dans les rues de New York. On ne voit pas le visage de la femme qui conduit, juste sa main gantée. L'élégante qui est au volan se rend chez Theloious Monk, dans le New Jersey. Mais l'immense pianiste n'est plus l'homme que Pannonica de Koenigswater, née Rothschild, grand amatrice de jazz bebop dont elle fut la bienfaitrice et la mécène dans les années 50. Il est loin le Monk des débuts, celui dont on ne comprenait pas l'art.

D'où il sort ses accord ? Il joue faux

Il y a ceux qui n'y entendaient rien et il y a ceux que Monk réveillait. C'était le temps du Minton's Playhouse, le temps des boeufs, de la musique jusqu'au bout de la nuit. Ce club de jazz fut une sorte de laboratoire où l'on expérimentait beaucoup. Youssef Daoudi présente Monk et Pannonica vieillissants. Chacun dans a pièce, ils se parlent à travers une porte. On les voit se raconter le jazz de l'époque, avec tous les grands, Charlie Parker, Dizzie Gillepsie, John Coltrane, Miles Davis. Pannonica naviguait dans ce monde là. La riche héritière aimait par dessus tout la musique de Monk. Pannonica, la mécène, l'amie, mais pas l'amante.

Un biopic pas comme les autres

Monk Planche Ed Martin de Halleux
Monk Planche Ed Martin de Halleux / Youssef Daoudi

Il y a bien un découpage classique en chapitres, avec au fil des pages, des dates, des concerts, les événements qui ont marqué la vie de Monk, l'importance du cocon familial, sa condition d'homme noir dans une Amérique blanche. Mais il n'y a rien de linéaire. Youssef Daoudi s'amuse à vous perdre. Sans doute parce que Thelonious Monk n'était pas quelqu'un de formaté. L'auteur vous propose une autre forme de lecture, façon cadavre exquis. Sa BD semble se construire au fil des pages. Un peu comme quand Monk était à son clavier. Qui pouvait dire ce qu'il allait jouer ? Et puis chose exceptionnelle, Youssef Daoudi dessine la musique de Monk. Pas des notes, mais un mouvement, tantôt lent, tantôt nerveux. Monk flotte au-dessus de son piano. Il danse. Ce qui lui arrivait d'ailleurs pendant ses prestations. Les corps, les doigts ondulent sous le crayon de Daoudi dont la palette se limite à 3-4 nuances, du noir, du blanc, du gris et un jaune doré un peu passé. Les phylactères sont faits de plonk, de ah, de humpf... C'est le souffle de Monk, le bruit de ses mains sur les touches du piano. Ce n'est pas une fantaisie ou un raccourci. C'est Monk en transe, comme possédé par sa musique. Monk aux éditions Martin de Halleux 

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