Il y a ce qu'ils nous ont raconté. Et ce qu'ils n'ont pas dit. Qui étaient nos grand-parents pendant la guerre ? Le voyage de Marcel Grob et Heimat explorent leur mémoire. Vu d'un "malgré nous" et vu d'Allemagne.

Le voyage de Marcel Grob couv Ed Futuropolis
Le voyage de Marcel Grob couv Ed Futuropolis © Sébastien Goethals

Le voyage de Marcel Grob de Philippe Collin et Sébastien Goethals

L'homme qui fait face au juge, est un vieux monsieur, un homme élégant, un monsieur tout le monde. Marcel Grob ne sait pas pourquoi il est là. Mais en quelques dialogues et planches habilement découpées, Philippe Collin et Sébastien Goethals plantent le décor. 

Cette histoire sera un voyage dans le temps, celui pour Marcel Grob, de rendre des comptes. Car son passé refait surface. Marcel Grob a été incorporé à 17 ans, chez les Waffen SS, fin juin 44, après le débarquement américain en Normandie. Un incorporé involontaire, choisi par le préfet du Reich en Alsace. Ils étaient 2.000 hommes environ. Le voyage de Marcel Grob est une fiction, tirée d'une histoire vraie.

Nettoyez moi ce village ! Ca pue le Bolchévique ici

Autour d'un dessin efficace, tantôt gris et blanc, tantôt sépia, Marcel Grob raconte. Le départ en train vers l'Allemagne avec les copains incorporés de force eux aussi, la formation militaire, le tatouage SS et la prestation de serment. Ceux qui cherchent à fuir, sont tués. 

Marcel Grob dit ce qu'il a vu et vécu, du haut de ses 17 ans. Jusqu'à ce jour de septembre 1944, en Italie, à Marzabotto. Le massacre d'un village et de ses habitants. 770 morts dont des femmes et des enfants. Marcel Grob y a-t-il participé ? Ni oui, ni non dit Philippe Collin dans le scénario.  Il imagine le choc pour un gamin de 17 ans, obligé de lancer sa grenade sur des civils. Sébastien Goethals lui donne l'image d'un adolescent à l'arrêt, interdit. C'était lui ou eux. 

Marcel affirme être un "malgré nous", mais pour la justice des hommes aujourd'hui, rien n'est simple, manichéen. Aux lecteurs de juger qui sont les monstres. 

Feuilletez "Le voyage de Marcel Grob" de Philippe Collin et Sébastien Goethals

Heimat Loin de mon pays de Nora Krug

Heimat couv Ed Gallimard Bande Dessinée
Heimat couv Ed Gallimard Bande Dessinée / Nora Krug

Heimat, c'est la maison. L'endroit qui définit en partie l'identité, le caractère, la mentalité, les opinions. Nora Krug elle aussi plante le décors dès le titre. Qui étaient ses grand-parents ? Ont-ils soutenu l'Allemagne d'Hitler ou ont-ils été passifs ? Pas simple d'être allemand encore aujourd'hui. Heimat est construit comme un journal intime. Nora Krug dessine, colle des photos de familles, des photos chinées en brocante ou sur le net. Et elle remonte ainsi l'histoire de sa famille, à Külsheim, une minuscule ville du sud-ouest de l'Allemagne. Elle interroge sa famille, les historiens locaux. Elle épluche les archives de la ville.

J'aimerai bien savoir ce que mon grand-père a fait, ou n'a pas fait.

C'est le dossier de l'armée américaine qui va lui apporter la réponse. A la question : "Avez-vous fait partie du parti nazi ?" La réponse est JA, tapée à la machine. Willi, le social-démocrate, assure avoir rejoint le parti de force en 1932, pour ouvrir son auto-école. La voiture de l'ancien gouverneur du Reich, Robert Wagner, un antisémite passionné, qui pratiquait l'aryanisation des entreprises et des biens juifs, était stationnée dans l'un des garages de l'agence. Il dit n'avoir pas eu le choix. 

Plus Nora Krug avance dans ses recherches, plus on prend la mesure de chaque histoire familiale en Allemagne, et de cette omniprésente culpabilité pour les descendants. Heimat, loin de mon pays aux éditions Gallimard Bande-Dessinée est un ouvrage bouleversant.

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