Sweet Tooth, de Jeff Lemire
Sweet Tooth, de Jeff Lemire © / Urban Comics

Imaginez ce que pourrait être demain. Un monde où la planète se meurt, victime d’une épidémie.

On ne sait pas comment la maladie se transmet, mais rien ne semble l’arrêter.

Et dans ce monde post apocalypse, il est un mystère : les seuls à ne pas être affectés sont une nouvelle espèce, mi-homme, mi-animaux.

Gus est né avec des bois de cerf sur la tête. Il vit avec son père dans la forêt, à l’écart de la civilisation. Bien à l’écart, avec un seul mot d’ordre :

C’est la recommandation du père, la règle numéro 1 et la seule, en fait, qu’il tonne de façon quasi religieuse. On comprend bien qu’il s’agit là de protéger un enfant du monde qui l’entoure. Un monde que l’on imagine dangereux où les enfants comme Gus n’ont pas leur place.

Tout est sombre dans le propos et le dessin de Jeff Lemire renforce cette impression. L’humain dans son entier n’est pas beau, ici . Et s’il y avait une quelconque douceur dans le trait, il est efface par le coloriste José Villarrubia qui rend le tout un brin criard. Les hommes ont des sales têtes, déformées, grises, amaigries par la maladie, comme celle du père de Gus. Cassée comme celle Jepperd, l’homme avec qui le garçon va faire un bout de chemin après la mort du père. Cette rencontre va d’ailleurs être l’occasion d’une longue marche. Vers quoi ? Vers un ailleurs. Une réserve où les gens sont regroupés. Une Arche de Noé ? A voir.

Peut-on vraiment croire l’adulte qui vous sauve? Sweet Tooth, c’est la fin d’un monde. Celui des plaisirs sucrés du chocolat :

C’est la fin du monde des hommes tel qu’on le connaît, de l’humanité, des règles qui la régissent. Et c’est aussi la fin de l’innocence pour un enfant. Car les adultes n’ont pas de scrupules quand il s’agit de sauver leur peau. On avance pas à pas dans cette bande-dessinée. Avec des allers et retours dans le passé qui, à chaque fois, nous livre des bribes d’indices.

Sweet Tooth puise ses références dans la BD et la littérature et elles sont nombreuses. La BD de Lemire rappelle The Walking Dead de Kirkman. Avec, là aussi, un monde qui se meurt victime d’une mystérieuse maladie qui transforme les morts en zombies. Gros succès de la BD Comics qui pose aussi la question : comment vivre dans un monde sans foi ni loi ?

Dans La Route , Cormac McCarthy avait imaginé lui aussi un monde mourant où la lumière du jour n’existerait plus, où l’on mange son prochain pour survivre, avec au milieu de tout cela : un père et son fils qui marchent ensemble vers la mer.

Dans Ravage, Barjavel se demandait déjà entre les lignes : comment avons-nous fait pour arriver au chaos, un monde sans électricité ? En fait, la punition n’a pas de veritable explication. Elle semble divine. Sweet Tooth, c’est un peu la compilation de toutes ces références. Avec ce petit truc en plus: le decoupage des planches de Lemire, très cinématographique.

Et ces enfants hybrides, pourquoi sont-ils nés comme ça ? Faut-il y voir une métaphore ? Allons-nous progressivement retourner au règne du monde animal ?

Quand il n’y a plus de règles, quand l’homme tue son prochain pour survivre à sa propre espèce, ça semble inéluctable.

►►“Sweet Tooth”

de Jeff Lemire

éditions Urban Comics

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