Être pianiste quand on est amputé d'un bras, trouver sa liberté d'artiste quand on vit sous une dictature de la pensée. Comment trouver son chemin, comment accéder à la création quand on est contrarié ? "Concerto pour main gauche" et "Refuznik" questionnent sur le destin des artistes.

Concerto pour main gauche Couv Ed Boîte à Bulles
Concerto pour main gauche Couv Ed Boîte à Bulles © Yann Damezin

"Concerto pour main gauche" de Yann Damezin

Pour évoquer la vie de Paul Wittgenstein, Yann Damezin vous dit clairement, dès la couverture de son album, qu'il ne prendra pas un chemin classique. Dessins aux inspirations persane et ottomane, le pianiste autrichien apparaît, face à son piano, submergé par ce qui pourrait être ses rêves ou ses cauchemars. Paul Wittgenstein est un homme tourmenté, par la mort de sa nourrice et de ses deux frères suicidés. C'est aussi un homme seul, fils de grand bourgeois qui perdit son bras lors de la Première Guerre mondiale. Wittgenstein ne veut pas qu'on aie pitié de son handicap. Pas question qu'on vienne l'écouter pour le voir. Yann Damezin lui fait même dire qu'il veut faire de sa "main gauche, un oiseau capable de voler en un instant, d'un bout à l'autre du clavier." Et pour ce faire, Paul Wittgenstein va user de l'argent de son héritage pour demander à de grands compositeurs d'écrire pour lui. Concerto pour main gauche, le titre est emprunté à une œuvre que Maurice Ravel avait créée pour lui. La légende raconte que le compositeur n'apprécia pas vraiment que Wittgenstein l'interprète à sa manière. Puissant. Concerto pour main gauche de Yann Damezin chez La Boîte à Bulles.

"Refuznik" de Flore Talamon et Renaud Pennelle

Refuznik couv ed Steinkis
Refuznik couv ed Steinkis / Flore Talamon & Renaud Pennelle

Refuznik est une fiction inspirée d'une rencontre de la scénariste avec une artiste ukrainienne. On la découvre, âgée, vivant dans la Beauce en France, entourée de ses œuvres et de son chien Léon. Bella Golberg est plus jeune que Paul Wittgenstein. Elle est née à Kiev en 1951, deux ans après la mort de Staline. Dans l'URSS de l'époque, Bella détonne. Dès son plus jeune âge, elle n'entre dans aucune des cases soviétiques. Elle est rejetée de la maternelle. Trop pleureuse. Au primaire, ses dessins ne correspondent pas aux attentes du régime. Et plus tard, à l'institut d'architecture d'Ukraine, l'artiste officielle n'est pas dans l'esprit soviétique. Par instinct, Bella Golberg se sent prisonnière dans la Russie de Kroutchev et Brejnev et rejetée aussi parce que juive. Son regard est souvent dur. Car c'est une femme naturellement en colère. Bella va devoir quitter son pays pour pouvoir s'exprimer. Ce sera d'abord Israël. Car même si elle n'est pas pratiquante, Bella n'oublie jamais sa judéité. Celle-là même qui va obliger Wittgenstein à quitter l'Autriche pour rejoindre les États-Unis. On suit la sculptrice pas à pas. En Israël, puis en France où elle va rester. Mais les attentats de 2015 l'ont meurtri. Comme si à la fin de sa vie, la rebelle semblait résignée.

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