Après plusieurs jours de manifestations, les soldats de la Garde nationale ont tiré sur la foule. 4 morts. Derf Backderf retrace l'événement dans un roman graphique enquête, très documenté.

Kent State Couv. Ed. Cà et Là
Kent State Couv. Ed. Cà et Là © Derf Backderf

Ce jour là, la Victory Bell, la cloche qui d'habitude, annonce les victoires lors des matchs de football universitaires, sonne le rassemblement. C'est ici, sur le campus de l'université Kent State dans l'Ohio, que les étudiants opposés à la guerre du Vietnam se retrouvent. Détail, ils sont entourés par les soldats de la Garde nationale qui leurs intiment de quitter les lieux. Quelques minutes plus tard, l'ordre est donné de tirer. 

67 coups de feu. La fusillade dure à peine 13 secondes. 13 secondes sanglantes

Kent State Planche Ed. Cà et Là
Kent State Planche Ed. Cà et Là / Derf Backderf

Le 4 mai 1970, 4 étudiants vont perdre la vie sur le campus de Kent State. 

Derf Backderf livre un récit clinique de ces secondes qui ont bouleversé l'Amérique. C'est le coeur de son livre. Mais pour bien comprendre comment on en est arrivé là, il faut remonter quatre jours plus tôt. Derf Backderf commence son récit le 30 avril. Il a 10 ans. Il est avec sa mère en voiture et il découvre impressionné, les soldats de la Garde nationale en armes, casques et baïonnettes. C'est la seule fois dans ce roman graphique qu'il va se mettre en scène. 

Un discours le marque ce soir là. Celui de Richard Nixon, qui selon ce qu'il en retient à l'époque, met le feu aux poudres. Le président américain lance les troupes dans la bataille du Cambodge. Objectif de l'opération militaire, détruire les sanctuaires Vietcongs. La guerre du Vietnam est donc loin d'être finie. Son père aura ces mots prémonitoires : "Les campus des facs vont exploser demain.

Derf Backderf nous emmène ensuite vers le campus, le lendemain. Il est plutôt calme. La Victory Bell sonne. Quelques étudiants sont appelés à enterrer la constitution américaine et à manifester contre la guerre, le 4 mai. Backderf fait les présentations, avec la fac, majoritairement blanche, les protagonistes, des étudiants, des militaires, les responsables de l'université. Certains sont encore des rêveurs. Certains commencent à s'interroger sur le monde, quand d'autres plaident pour l'ordre avant tout. Il montre aussi un personnage trouble, Terry Norman, qui prend en photo les étudiants,  pour le compte du FBI.

La reconstitution des événements

Il y a tout ce qui fait une enquête

Des plans du campus, des retranscriptions d'enregistrements, des rapports, tout est scrupuleusement consigné. Derf Backderf a passé 3 ans à compiler ses recherches, écrire et dessiner Kent State. C'est un livre qui se lit comme on regarderait un documentaire. C'est un livre au graphisme surprenant, avec des personnages aux visages plus grands que le corps. Ce dessin noir et blanc fait penser à celui de Joe Sacco le journaliste enquêteur, auteur récemment de Payer la Terre.  

Mais la comparaison s'arrête là. Derf Backderf a sa patte à lui. Il relate les faits, du point de vue des étudiants et des autorités, jusqu'à la Maison Blanche et Richard Nixon. Kent State raconte avant tout une certaine Amérique. Une Amérique qui tire sur sa jeunesse. Une Amérique parano. Il est fait notamment référence dans Kent State, à Cointelpro, un programme de contre-espionnage du FBI qui avait pour objectif d'enquêter sur les organisations politiques dissidentes et de perturber leurs activités. 

C'est une période où l'Amérique est violente. Les manifestations qui ont précédée le massacre avait déjà été sévèrement réprimées. C'est une période où la jeunesse américaine se cherche. 

On aimerait dire aujourd'hui, que cette époque est révolue. A l'heure du mouvement Black Lives Matter et de George Floyd, on en doute. Kent State 4 morts dans l'Ohio chez Cà et Là.

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