Et si Néandertal ne s'était pas éteint supplanté par Sapiens ? Et si Néandertal vivait encore au Moyen-Âge, isolé derrière une grande muraille façon Game of Thrones ? Nicolas Puzenat imagine l'impossible et en fait une fable avec sa morale.

Mégafauna Couv. Ed. Sarbacane
Mégafauna Couv. Ed. Sarbacane © Nicolas Puzenat

Imaginez que nous soyons à la fin du Moyen-Âge au XVème siècle et que le monde ne soit pas tel qu'on vous l'a raconté dans les livres d'histoire. Imaginez que ce monde soit divisé en deux. Les Homo sapiens d'un côté, les Néandertaliens de l'autre et qu'au milieu se dresse une muraille. Imaginez tout cela et plongez dans Mégafauna.

Notre principauté court un grand danger. Et ce péril vient de la muraille des Nors

Mégafauna Planche Ed. Sarbacane
Mégafauna Planche Ed. Sarbacane / Nicolas Puzenat

Les Nors, ce sont donc les Néandertaliens. Ils vivent de l'autre côté du mur. Il n'y a donc pas une espèce humaine, mais bien deux espèces humaines sur Terre qui cohabitent, à défaut de s'entendre. L'homme a le plus large espace. Les Nors disposent de contrées plus riches et fertiles. Les hommes sont donc bien obligés de commercer avec eux pour survivre. Hélas, tout a changé. Depuis quelques années, fini le troc. Plus rien. Sans que les hommes n'aient la moindre explication. Celui qui va être chargé de lever le voile sur le mystère va être Timo, un jeune médecin. Son oncle qui a l'oreille du prince, va lui confier la mission. Il sera son émissaire.

Ils peuvent flairer des choses qu'on ne peut pas sentir nous autres. Ils savent qui t'es et ce que tu veux ! Ils devinent tout

Durant son voyage, Timo tient un journal de bord. Il y raconte tout, les paysages désertiques, la population humaine affamée. Au fil des tavernes, on lui raconte les Nors. Ils puent, "pire qu'un seau d'aisance" et ont un odorat particulièrement développé. Après de longs jours à cheval, avec son ami Pontus, il atteint enfin la muraille. Deux Nors les y attendent. Ils sont bien plus grands qu'eux. Leurs visages sont allongés, large front, sourcils épais, gros nez, menton fuyant. Ils ont des armes à feu. Timo et Pontus les suivent, passent une immense faille dans la muraille et atteignent leur but : la contrée des Nors.

Megafauna de Nicolas Puzenat
Megafauna de Nicolas Puzenat / Sarbacane

Nous avons même aperçu deux mâles enlacés

Ils découvrent une végétation verdoyante, des machines, des villages avec des habitations en forme de talus, façon village de hobits chez Tolkien. Ce monde n'a rien à voir avec le leur. Il est sans aucun doute plus riche. Ils avancent ainsi, jusqu'à des tertres, l'antre de Vorel, le Dimaraal. Ainsi s'achève la première partie de leur voyage. Nicolas Puzenat donne un côté sériel à son histoire. Une étape, une information, juste assez pour préserver le suspense. Arrivés à la moitié du livre, vous ne savez toujours pas pourquoi les Nors se terrent derrière leur grande muraille, loin des hommes. Vous apprenez seulement que chez eux, les femmes ont la place de guerrières et que les choses du sexe ne sont pas cachées. Les Nors pour Timo, sont des mâles et des femelles. Une chose retient aussi son attention : il n'y a pas d'enfants.

Megafauna de Nicolas Puzenat
Megafauna de Nicolas Puzenat / Sarbacane

Toutes ces années passées au coeur du monde Nors m'ont ouvert les yeux

C'est là toute la finesse de l'histoire contée par Nicolas Puzenat. Faire d'une histoire vraie, la disparition de Néandertal, une fable. Dessin en mouvement, rond, naif pour les personnages, très travaillé quand il s'agit de nature et d'animaux, l'auteur nous emmène dans les méandres de cette civilisation qui comme les hommes a ses divinités, ses traîtres. Mais contrairement à l'homme, Néandertal est respectueux de la nature. On voit Timo et Pontus se fondre au fil des jours, dans ce monde et l'aimer. La civilisation des Nors se meurt certe, mais est-ce le fait d'une dégénérescence, d'un affaiblissement de la race. Je ne vous livrerais pas tout Mégafauna parce que Nicolas Puzenat sait se jouer du lecteur et le surprendre jusqu'à la toute fin. C'est son deuxième roman graphique après Espèces Invasives paru en 2019 qui racontait l'histoire de la fin du monde via un mal mystérieux qui empêche l'humanité de dormir. Il y a chez cet auteur, la volonté de raconter les hommes avec ses mots à lui, son imaginaire. Ce n'est pas manichéens, mais l'homme lui, apparaît bien fourbe. 

Mégafauna chez Sarbacane.

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