40 ans après la parution de Kindred, "Liens de sang" arrive en France sous forme de roman graphique après avoir reçu en 2018, le prix Eisner (l'Oscar de la BD) de la meilleure adaptation d'une oeuvre littéraire. "Liens de sang" ou l'histoire de Dana qui replonge dans l'Amérique d'avant la Guerre de Sécession.

Liens de sang Planche Ed Presque Lune
Liens de sang Planche Ed Presque Lune © John Jennings & Damian Duffy

Outre le fait d'être une auteure de livres de science-fiction, Octavia Butler avait la particularité d'être noire. Et si on vous le dit, c'est à dessein. Liens de sang (Kindred son titre original) n'est pas un roman d'anticipation comme les autres. C'est de la science-fiction qui se conjugue au passé, dont l'héroïne Dana, noire elle aussi, ressemble à s'y méprendre à Octavia Butler. Coquetterie ou hommage du dessinateur John Jennings ? Les deux sans doute. Liens de sang - Kindred pose une question : que feriez-vous si vous vous retrouviez plongée dans le passé de vos ancêtres ? Attention ! Il ne s'agit pas ici, de modifier le cours du temps, mais d'interroger l'humain, dans son humanité.

On avait quitté notre appartement de Los Angeles pour s'installer dans la maison qu'on venait d'acheter. C'était le jour de mes 26 ans

Quand elle publie Kindred en 1979, Octavia Butler choisit de placer son récit dans son temps présent à elle, les années 70. Et c'est Dana qui parle. 

Dana vit avec Kévin. C'est un couple mixte. Il est blanc, elle est noire (on l'a dit). Le jour où ils emménagent ensemble, elle disparaît quelques secondes de son salon, pour réapparaître dans un autre espace temps, au pied d'une rivière où un garçonnet du nom de Rufus est en train de se noyer. Dana ne réfléchit pas, elle plonge et sauve le gamin puis, disparaît à nouveau pour revenir dans son salon, trempée, couverte de vase. Que s'est-il produit ? Ni elle, ni Kévin ne sauraient l'expliquer. Mais Dana a l'intuition que ce phénomène va se reproduire. Cette histoire peut paraître tirée par les cheveux, mais c'est là tout son sel. Au fil des pages et d'un récit minutieux, on la suit faire ses allers-retours dans le passé. Un passé précis qui l'emmène toujours auprès de Rufus, à différents âges de sa vie, au cœur du début du XIXème siècle.  

Il m'avait appelé et apparemment, il n'en était pas conscient

Dana apparaît dans le monde de Rufus à chaque fois qu'il est en danger. Le plus fou dans cette histoire, c'est que ce jeune homme blanc dont le père possède une plantation et des esclaves, est sans doute l'un de ses ancêtres. On n'avait jamais dit à Dana qu'il y avait un homme blanc dans son arbre généalogique. C'est donc dans son passé de descendante d'esclave qu'elle plonge irrémédiablement. Et c'est à ce moment de prise de conscience que le récit d'Octavia Butler change de nature. Il quitte la science-fiction pour entrer au cœur de la question de l'esclavage aux Etats-Unis. Damian Duffy et John Jennings sont des fins connaisseurs de l'oeuvre d'Octavia Butler. Ils savent que ses histoires évoquent souvent la domination des plus forts sur les plus faibles. Ils vont donc tout retranscrire. Les coups de fouets, les ventes d'esclaves pour séparer les familles et étouffer dans l’œuf toute velléité de liberté. En replongeant dans ce passé-là, Dana fait corps avec son histoire et apprend.

Liens de sang Planche Ed Presque Lune
Liens de sang Planche Ed Presque Lune / John Jennings & Damian Duffy

J'ai essayé d'être prudente en jouant mon rôle d'esclave.

Au fil du temps, ses séjours dans le passé sont plus longs. Elle devient l'une des esclaves de la plantation. Elle conserve toutefois, un statut particulier, car Rufus et elle se savent interdépendants. Dana essaie de lui inculquer des valeurs de son temps à elle. Mais Rufus reste un homme de son temps à lui : un blanc propriétaire d'esclaves.

Dana ! Ne me tourne jamais le dos ! Reviens ici.

Liens de sang, ce sont leur liens à tous les deux, indissociables. Comme les deux moitiés de leurs visages, accolés l'un à l'autre, que l'on aperçoit dans les dernières pages du roman graphique. John Jennings apporte au scénario de Damian Duffy, un dessin nerveux. Dégradé de marron quand Dana est dans les années 70. Tout en couleurs, criardes parfois quand elle est dans le temps de ses ancêtres. Il y a de la colère dans ce dessin, comme si Octavia Butler expurgeait la sienne.

Liens de sang aux éditions Presque Lune

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