La femme connaît l'homme, mais qui connaît la femme ? "Gentlemind" la nouvelle BD de Canalès est une ode à la femme qui prend le pouvoir dans un monde d'homme. C'est aussi un regard sur l'histoire de la presse magazine américaine. C'est une fiction enlevée, avec un Lapone au dessin au sommet de son art.

Gentlemind Couv Ed Dargaud
Gentlemind Couv Ed Dargaud © Canalès, Lapone, Valéro

C'est dans le New York des années 40 que les trois auteurs nous plongent. Arch est un dessinateur de presse talentueux mais sans le sou. Il vit avec Navit, jeune femme sublime qui n'est pas plus riche. Arch a le sens des réalités, Navit, le sens des affaires. Ainsi est fait le couple Arch - Navit. Beaucoup d'amour, de magnifiques dessins de Navit, mais peu de gloire. Mais, car il y a un mais, Les choses basculent quand Arch présente ses dessins au magazine Gentlemind.

Présente-la moi et tu as le boulot.

Gentlemind Planche Ed Dargaud
Gentlemind Planche Ed Dargaud / Canalès, Lapone, Valéro

Le patron de Gentlemind, Horace Powell, un vieil homme un brin libidineux, tombe sous le charme des croquis de la belle. De là, s'en suit pour Navit, une séparation d'avec Arch malheureux, un mariage avec le vieil Horace, la mort du vieux et un héritage. Mais Navit n'est pas la scandaleuse que l'on veut bien nous montrer. C'est une femme puissante dans un monde dirigé par des hommes. Ses déboires conjugaux lui donnent l'opportunité de voir plus loin, en particulier pour le magazine Gentlemind au bord de la faillite. Elle va trouver en son avocat, un homme revenu de tout, de sa famille riche dont il désapprouve les méthodes, un porte-voix.

Vous avez travaillé pendant des années dans une revue masculine. Vous êtes tous des hommes, pour l'amour de dieu !

Navit propose à des femmes venues de toute l'Amérique de parler de leurs hommes. Ils aiment rire ? On écrira des blagues. Ils aiment la technique ? On fera une rubrique sur comment les choses fonctionnent. Ils aiment les histoires ? On lancera un concours d'écrivains. D'une idée, on peut révolutionner un magazine. Avec Gentlemind, Canalès, Valéro et Lapone rendent aussi hommage à une certaine presse. Celle qui à l'image d'Esquire ou Life, ont permis de lire Hemingway ou Francis Scott Fitzgerald.

Le dessin de Lapone et le scénario de Canalès et Valéro

Gentlemind Planche Ed Dargaud
Gentlemind Planche Ed Dargaud / Canalès, Lapone, Valéro

Lapone est un virtuose. Dans toutes ces BD, il y a toujours ce trait fin. Ces nez tantôt longs et pointus, tantôt courts et carré, ces courbes longilignes. Un dessin un peu passé, griffonnés, toujours en mouvement. Dans une BD format classique, il casse aussi les codes. Il y a des cases et parfois pas. C'est foutraque, souvent, plein de papiers, de dessins accrochés aux murs, de cigarettes mais comme pouvaient l'être des rédactions de l'époque, ou en tout cas ce que l'on imagine. 

A la lecture de Gentlemind, on se prend aussi à regarder ça sous le prisme de l'actualité, Navit n'est pas forcément féministe mais elle ose, elle bouscule. Canalès qui est aussi le scénariste de l'excellent Black Sad, où tous les protagonistes sont des animaux, vous emmènent dans un monde à la Mad Men. C'est fin, c'est frais. C'est de la BD pour tous. On oublie parfois que la BD c'est aussi ça, un savoureux moment de détente. 

Gentlemind paru chez Dargaud.

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