Choisir les mots que l'on retranscrit, choisir le dessin qui colle et oser ! Comme la BD franco-belge, le manga se met à la page et adapte les grandes histoires. "L'Amant" de Marguerite Duras, "Hamlet" de Shakespeare, "Les Frères Karamazov" et "Crime et Châtiment" de Dostoïevski. Trois exemples, trois réussites.

L'Amant Couv. Ed Rue de Sèvres
L'Amant Couv. Ed Rue de Sèvres © Kan Takahama

"L'Amant" chez Rue de Sèvres

Les mots de L'Amant version Duras, c'est une mélodie subtile. Version Kan Takahama, c'est à peu de chose près la même chose. L'Amant, c'est donc ce Chinois avec qui Marguerite Duras, jeune française, va découvrir l'exaltation du corps dans un Vietnam encore aux mains des Français. L'adaptation de Takahama est juste, dans les couleurs, dans le regard de Marguerite Duras, cerné, le même que sur les photos sur lesquelles elles s'est appuyée. Kan Takahama dit y avoir trouvé une forme de mélancolie. 

Ce manga est éditée en France, format européen, en couleur, lecture de gauche à droite, (le même sens de lecture qui avait été choisi au Japon). Et à toutes les pages, ces mots justes, entre le roman et l'adaptation. L'auteur de ce manga s'est glissée dans les mots de Duras, jusque dans son dessin. "Il ne faut pas mettre trop de texte dans une bande dessinée. Alors que le roman n'est fait que de mots. J'ai donc décidé d'ajouter beaucoup de décors, de paysages, sans aucun mot. Les personnes qui auraient lu le livre pourraient retrouver les mots de Marguerite Duras à l'intérieur de ces décors. Et pour ceux qui ne l'ont pas lu, de les imaginer ou d'avoir envie de les lire." Une réussite. 

► L'Amant chez Rue de Sèvres

"Crime et Châtiment" - "Les frères Karamazov" chez Kurokawa

Crime et Châtiment Couv. Ed Kurokwa
Crime et Châtiment Couv. Ed Kurokwa / Hiromi Iwashita

Ce sont de libres adaptations. Elles ne sont pas fidèles dans les mots comme L'Amant. Mais elles sont fidèles à l'esprit de Dostoïevski et ce sur quoi il a écrit, la religion, la philosophie, la famille, la société russe. Crime et Châtiment base son récit sur l'assassinat d'une vieille usurière par un étudiant, sans le sou, Raskolnikov. Il est question aussi de meurtre dans Les Frères Karamazov. Qui a tué le père, ivrogne, cupide, Fiodor ? Mitia, l'aîné, l'ancien militaire, fêtard qui aime la même femme que son père, ferait un coupable idéal.

Te tuer rendrais service au monde.

Dans ces deux adaptations, on voit les hommes chercher des réponses, se morfondre, prier. On voit des coupables se repentir et des innocents apprendre à aimer ce qu'ils sont. Dostoïevski sondent les âmes. Hiromi Iwashita glisse un dessin noir et blanc où les yeux et les décors sont riches. Ces deux mangas sont une première approche de Dostoïevski. A vous donner envie de lire le roman après. 

► "Crime et châtiment" & "Les frères Karamazov" chez Kurokawa

"Hamlet" chez Nobi Nobi

Hamlet Couv. Ed Nobi Nobi
Hamlet Couv. Ed Nobi Nobi / Julien Choy

Les auteurs ici, ont fait un choix très simple. Ils ont pris les mots de Shakespeare, scènes après scènes, acte après acte, et ont ajouté le dessin. Rien ne manque. De l'universel : "Etre ou ne pas être" à "Je suis l'esprit de ton père". Le père d'Hamlet le roi, est mort. Son oncle l'a remplacé, a épousé sa veuve, la mère d'Hamlet. Hamlet crie vengeance. C'est un délice de lecture, avec un dessin dépoussiéré, sur la forme, très dans l'époque sur le fond. Tout y est. La violence, les spectres, la tragédie, les poisons. Shakespeare puissant. Shakespeare tout simplement.

► Hamlet chez Nobi Nobi

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